Les amérindiens, les rêves américains,

et la signification du succès

 

Stephen Cornell[1]

 

 

Le 25 février 1987, La Cour Suprême des Etats-Unis s'est prononcée dans l'affaire "California et al. contre "The Cabezon Band of Mission Indians, et al." Il s'agissait de la tentative de l'Etat de Californie et du District de Riverside de réglementer ou de fermer les jeux de Bingo (loto) organisés par les groupes d'Indiens Cabezon et Morongo.

Dans de nombreuses réserves indiennes, le bingo est devenu une source majeure de revenus qui ne proviennent pas des gains, mais des bénéfices obtenus par les tribus en tant qu'organisateurs des opérations de bingo à haute mise. Ces opérations ont été mises en question par les Etats qui ont une jurisprudence sur le jeu à l'intérieur de leurs frontières. Les lois du jeu en Californie, par exemple, mettent un plafond de 250$ par partie sur tout jeu de bingo et exigent que les bénéfices soient utilisés uniquement à des fins caritatives, tout en stipulant que les organisateurs des jeux ne soient pas rétribués.

Le bingo indien, par contre, est typiquement un jeu à haute mise :  la partie peut engager jusqu'à 100 000$ ou davantage, les bénéfices vont aux organisateurs et les employés sont payés. La grande majorité des joueurs sont des non-indiens. Les bingos indiens à Oklahoma, par exemple, attirent les cracks du Tulsa, Okla-City, et même du Texas, qui veulent profiter de ce qui est devenu une organisation de grande envergure.

D'où le conflit avec le tribunal : les tribus indiennes sont-elles assujetties aux réglementations du jeu dans l'Etat? Dans sa décision de février 1987, la Cour Suprême a rendu un jugement en faveur des Indiens, soutenant le droit des tribus à réglementer le jeu en pays indien non soumis à l'intervention de l'Etat et des gouvernements locaux. Grâce à la Cour, les Californiens peuvent continuer à tenter leur chance et empocher le pactole aux tables de jeu de Morongo et Cabezon.

Qu'est-ce que tout cela a à voir avec le Rêve Américain. Indirectement, c'est tout à fait lié.

 

 

Les Indiens et le Rêve Américain

Il est à la fois prévisible et ironique que les citoyens de Californie considèrent le bingo indien comme moyen d'accéder à une version du rêve américain -au sens figuré, un roulement majestueux du dé menant au gros lot.

C'est prévisible dans le sens où les amérindiens en Californie (et ailleurs) ont payé pas mal de sang et d'or pour les rêves d'autres Américains. Mais c'est ironique dans le sens où la chance a changé de camp. Avec le bingo, les Indiens détiennent à nouveau la clé de la réussite, mais cette fois-ci, ce sont eux qui risquent de gagner le plus.

Leurs gains représentent en réalité plus que de l'argent. L'affaire californienne est une étape sur la route qui conduit à un autre rêve américain, plus indien dans le sens classique du terme. C'est un rêve de survie communautaire et de pouvoir politique collectif ; et c'est un rêve américain tout à fait différent de la conception populaire de la réussite individuelle.

Mon but ici n'est pas de commenter la manière dont les premiers Américains ont réalisé le Rêve Américain. Les Indiens d'aujourd'hui, en tant que population unique, sont parmi les plus pauvres d'entre les pauvres du pays de la chance : c'est bien connu. Ce qui mérite un commentaire, d'après moi, c'est le rapport entre les Indiens -en tant qu'acteurs dans la collectivité- et le Rêve Américain -en tant que support de l'action-

Mais d'abord, qu'est-ce que c'est, ce "Rêve Américain"? Il s'est transformé au fil  du temps et, comme tous les symboles puissants, chacun l'interprète à sa guise. En profondeur, il semble confondre la fin et les moyens. D'un côté, c'est le rêve de la liberté individuelle accompagnée de la réussite matérielle. De l'autre, cette réussite doit être atteinte sans primes ni dépenses particulières, mais grâce à un travail individuel. L'image est celle d'une nation de lutteurs où chacun et chacune, à travers l'effort individuel, trace sa voie vers la réussite économique, essentiellement accessible à tous.

Cet accent mis sur le travail est, en fait, une des composantes du désaccord avec le bingo indien : les tribus indiennes sont susceptibles de gagner beaucoup d'argent avec relativement peu d'efforts. Il est clair que les états ont un intérêt politique et économique à contrôler le bingo indien ; toutefois, leurs actions et la réticence du gouvernement fédéral à soutenir ce jeu comme stratégie de développement ont aussi un aspect moral. Il est certain qu'un argument semblable a été utilisé dans les années 1880 pour que les territoires riches en ressources naturelles restent hors de portée des Indiens : Nous ne voudrions pas qu'il deviennent riches sans avoir travaillé.

Quelle que soit sa forme précise, ce rêve a longtemps servi de carotte -suivie rapidement du bâton- afin que les Indiens abandonnent la vie tribale et les grandes étendues de territoires pour s'intégrer à la vie américaine. La réussite économique individuelle était supposée être un but commun. Dans le sillage de la révolution américaine (la guerre de cessession) , par exemple,  les jeunes Etats-Unis se sont trouvés incapables de faire face à la violente résistance indienne à l'expansion américaine à la frontière du Nord Ouest. C'est alors que Henri Knox, secrétaire d'état à la guerre, a poussé le gouvernement à négocier avec les nations indiennes : en échange de leurs terres, on leur offrait en prime la civilisation américaine, le rêve du progrès économique et social et de la liberté individuelle. De nombreux politiciens ou autres ont par la suite suivi une semblable voie. Dans les années 1880, la politique de répartition de parcelles de terre a représenté un effort majeur pour en finir avec la propriété tribale et pour casser le patrimoine indien restant ; elle était justifiée par la tentative de créer parmi les Indiens "l'individualisme, la responsabilité, et le désir d'accumuler des biens." Dans les années 1950, le gouvernement fédéral présenta sa soi-disant "politique finale" (termination policy) -une tentative de démantèlement du système des réserves et de la structure tribale- avec les mêmes arguments. dans les années 1980, les comités de citoyens dans le Wisconsin (comme "Equal Rights for Everyone") ont attaqué les droits des Traités Indiens : ce qu'ils ont justifié comme étant un effort pour libérer les Indiens de la tutelle gouvernementale et des liens tribaux et pour faciliter leur participation au Grand Rêve Américain de la réussite individuelle.

De telles offres -ou contraintes- supposaient que cette réussite individuelle matérielle, le coeur du Rêve Américain, était un but commun : c'est oublier les ambitions apparentes de beaucoup d'Amérindiens. Nombre d'entre eux ne suivent pas le mode de vie américain parce qu'ils ne partagent pas le rêve lui-même ; ou, s'ils le font, c'est en lui accordant une place secondaire, dépendante d'un réseau plus vaste de préoccupations.

Que les Indiens aient rejeté cette "carotte" particulière n'est pas le plus intéressant ; d'ailleurs, ils ont été nombreux à la suivre. Mais elle a rarement été le centre des relations indiennes avec le reste de la société.

 

Le rêve américain et l'action collective indienne

Ce fait apparaît clairement dans l'action collective indienne, dans deux domaines en particulier : la politique activiste indienne -qui a nettement émergé dans les trois dernières décennies, et l'effort majeur de développement économique fourni depuis 20 ans par de nombreuses nations indiennes.

La politique ethnique des années 60 et 70 était essentiellement une politique de répartition. Son but : accéder au gain, avoir la chance de participer librement à la course à l'emploi, à la santé, au statut social, au pouvoir ; ou avoir simplement la chance d'obtenir davantage de ces biens.

Les Amérindiens, comme d'autres Américains, ont connu ces problèmes. Ils ont bien été obligés de les connaître, "étant donné le degré extraordinaire de pauvreté, de chômage, et de pathologies sociales qui se trouvent dans tant de communautés indiennes. Mais quand on regarde la politique activiste croissante des Indiens depuis les années de l'après-guerre, ce qui frappe, c'est la force persistante des projets qui n'ont aucun lien direct avec la vision américaine du succès. A chaque fois, trois problèmes intimement liés se répètent : la souveraineté tribale, les droits des traités, et le territoire. Tous les trois sont indissociables du maintien et de la protection des personnes et de la communauté, phénomènes qui distinguent les nations tribales d'autres groupes de la société américaine. Cela a été une politique de survie nationale qui n'est pas simplement, dans ce cas, une question d'économie : il existe un enjeu plus important.

Dans les quinze dernières années, le développement économique des réserves est devenu l'axe principal de la politique et de l'action des Indiens. D'ailleurs, la chance d'un développement pour de nombreuses tribus n'a jamais été aussi grande, grâce à certaines tendances politiques récentes vers une autodétermination indienne et à la valeur importante des ressources naturelles trouvées sur certaines réserves.

Les projets de la plupart d'entre elles semblent avoir deux aspects. Premièrement : construire des économies viables qui assureraient un niveau de vie correct aux populations des réserves. Deuxièmement : autant que possible, et dans le même temps, maintenir une autonomie politique -ou une souveraineté- et une continuité sociale et culturelle. Cela signifie que la plupart des groupes dans les réserves, consciemment ou inconsciemment, imposent d'importantes contraintes socio-politiques au processus de développement. Peu de groupes indiens semblent vouloir sacrifier sciemment l'autonomie politique ou l'intégrité culturelle au profit des gains économiques. En d'autres termes, et en règle générale, les nations indiennes continuent à militer en faveur d'une amélioration de vie matérielle pour leur peuple, mais seulement si ce n'est pas au dépens de l'identité du groupe, de l'autonomie politique, et de la liberté du choix culturel.

Cette philosophie apparaît par exemple dans la décision par les Cheyenne du Nord (Nebraska), à la fin des années 70, de mettre fin au développement de l'exploitation du charbon sur la réserve. L'administration Peterson Zah de la tribu Navajo, qui n'est plus en fonction, a essayé de diluer certains plans de développement : non parce qu'ils s'inquiétaient de gains économiques inadéquats -comme c'est souvent le cas- mais parce qu'ils s'inquiétaient des conséquences politiques et culturelles d'un développement rapide. D'autres tribus ont refusé l'autorisation d'activités minières ou autres sur des terres considérées comme sacrées ou importantes, selon les concepts tribaux et la continuité culturelle. D'autres encore ont fait opposition aux projets de développement, s'inquiétant de savoir qui allait contrôler le rythme et la direction de ce développement.

On ne peut donc pas mesurer la réussite du développement indien simplement en termes d'augmentation individuelle des revenus ou des emplois. L'essentiel est finalement le succès de la communauté, qui n'est ni purement économique, ni simplement la somme des succès individuels des membres de la communauté.

Dans d'autres parties du monde, en particulier le Tiers-monde, une telle distinction ne paraîtrait pas anormale. Mais aux Etats-Unis, c'est peu commun : c'est en pleine contradiction avec l'image idéalisée de l'individu solitaire se libérant des catégories de toutes sortes, et qui fait fortune en tant que membre d'une société plus ou moins unifiée, même si elle est multiforme. Par contre, ce point de vue définit la conservation du groupe comme la critère ultime avec lequel le développement -comme la politique- doit être mesuré.

 

 

L'ordre du jour indien

Cette argumentation suggère trois réflexions. d'abord, bien que le rêve américain soit un rêve d'accomplissement ou de succès individuel, les Amérindiens ont eu tendance à penser en termes collectifs : ce collectivisme s'étend même jusqu'au comportement économique individuel. Dans de nombreuses tribus, l'accent est mis non sur l'accumulation mais sur le partage : certaines maintiennent des interdictions presque normalisées contre l'accumulation des biens. des mécanismes de "nivellement" conduisent à une répartition plus ou moins permanente des biens : ainsi le "potlatch", fête rituelle où l'hôte distribue des cadeaux qui appellent une réciprocité ; ou bien des règles communautaires qui encouragent ceux qui possèdent à donner à ceux qui ne possèdent pas.

D'autre part, là où le succès du rêve américain est devenu surtout économique, les Amérindiens, précisément à cause de cette orientation collective ont une notion du succès différente et de plus en plus complexe. Cette notion maintient l'idée de peuple en des termes politiques, économiques et culturels.

Troisièmement, il y a un certain scepticisme dans des communautés indiennes à propos des orientations institutionnelles de la vie américaine : surtout la tendance à considérer les critères de marché comme essentiels pour mesurer toute valeur et la tendance à encourager une politique individualiste et amorale. Ces orientations institutionnelles sont largement acceptées dans certains domaines, mais sont considérées avec soupçon dans d'autres, en particulier en ce qui concerne la sauvegarde de la communauté.

Bien sûr, comme dans toute chose indienne, ce schéma est soumis à de notables variations. Elles prennent probablement racine dans une foule de facteurs, et particulièrement dans l'irrégularité du rythme de changement dans les sociétés indiennes et les organisations culturelles indigènes de longue date.

Les Crows et les Cheyennes du Nord nous en offrent un exemple. Leurs réserves, voisines dans l'est de l'Etat du Montana, s'étendent sur des gisements de charbon qui valent beaucoup d'argent. Mais ces deux tribus ont choisi des stratégies de développement différentes. Les Crows ont poursuivi une politique de développement rapide. Les Cheyennes, eux, ont d'abord rejeté tout développement, et finalement s'y sont engagés sans enthousiasme. Les raisons de cette différence sont complexes, mais l'une d'elles pourrait être une différence de culture.

Dans la culture traditionnelle des Crows, le succès individuel entraîne statut et honneur. Par contre, dans la culture cheyenne le succès individuel est minimisé par rapport au bien-être communautaire. La survie des Cheyennes en tant que peuple distinct reste, même aujourd'hui; la préoccupation primordiale de leur société. Crows et Cheyennes continuent à exploiter le charbon de façon différente, chacun affirmant des identités différentes, mais traditionnelles.

Cependant la tendance générale sépare les Amérindiens de la plupart des autres ethnies américaines. Cela ne veut pas dire que les préoccupations communautaires ne sont pas importantes dans les autres groupes. La survie de la communauté a souvent été l'objet de mobilisation dans la politique américaine. Mais les préoccupations politiques les plus courantes des non-indiens ont été des affaires d'acquisition et de distribution. Leur but était un engagement total dans le flux économique et politique, afin que les frontières entre les groupes aient moins d'influence dans la formation des fortunes individuelles.

C'est seulement depuis la deuxième guerre mondiale, avec l'urbanisation massive, qu'un grand nombre d'Indiens a commencé à quitter le contexte institutionnel de la tribu et la protection de la communauté tribale pour adopter cette conception plus habituelle du Rêve Américain.

Expliquer la différence : travail contre territoire

On devrait pouvoir expliquer les différences sociologiques des différents groupes de la vie américaine. Elles ne sont pas évidentes.

Prenons l'exemple des Noirs et des Indiens. On a systématiquement exclu les Noirs d'une grande partie de la vie américaine ; et on a souvent "invité" les Indiens. Un aspect persistant des relations Indiens-Blancs a été son orientation assimilationniste : l'effort du groupe dominant, a transformé les Indiens en Blancs. Un fait mérite d'être noté, en tant qu'indicateur de valeur sociale de ces deux groupes : les Blancs d'origine indienne sont en général fiers de l'être tandis que ceux d'origine noire essaient de le cacher. D'une certaine façon, le chemin vers le rêve américain a toujours été plus ouvert aux Indiens qu'aux Noirs. On aurait donc pu attendre des Indiens une participation plus forte. Cependant, cela n'a pas été généralement le cas.

On en trouverait peut-être l'explication dans l'historique des liens entre les ethnies ou races diverses -Indiens, Noirs, immigrants européens- et de la formation de la société américaine. Aussi bien pour ces Noirs que pour les immigrants européens, l'essentiel de ces relations reposaient sur le travail. Les européens ont choisi de venir aux Etats-Unis. On a obligé les Noirs à venir. Mais dans les deux cas, ce qui intéressait la société était leur force de travail. Finalement, chacun était intégré dans le marché du travail comme individu, et non comme groupe solidaire. Pour les européens, à l'exception de certains réfugiés politiques ou religieux, le migrant-type cherchait une promotion individuelle et participait comme individu au marché urbain du travail. Il en était de même dans le cas des Noirs où des populations d'ethnies différentes transportées d'Afrique étaient dispersées par la force dans le marché de l'esclavage où ils n'étaient traités que comme des objets à posséder.

Les deux groupes ont participé à la formation des institutions et continuent à le faire. Mais ces institutions ont toujours fonctionné en favorisant les membres individuels du groupe. quelques exceptions : c'est parce que les membres individuels ont rencontré des obstacles dans leur tentative d'accomplir ce que la société promettait sans jamais donner, que les Nationalistes Noirs -et plus récemment les Séparatistes Noirs- se sont développés.

Par contre, au coeur des relations Indiens-Blancs, c'est le territoire qu'on trouve. Sauf au début, (au moment du commerce de la fourrure), la société américaine a toujours été davantage intéressée par le territoire et ses ressources que par les Indiens eux-mêmes. Les Indiens ont toujours joué un rôle mineur dans le marché urbain du travail. Au lieu de s'intéresser à eux, on les a déplacés sur des terres dont personne ne voulait à cette époque là. Et malgré une politique d'assimilation, l'identité collective, les institutions et la culture indigènes ont survécu. D'ailleurs, ce procédé de transfert impliquait la signature de traités entre les Etats-Unis et les nations souveraines autochtones. Mais ces traités établissaient des droits totalement non-conformes dans la mesure où dans le système politique américain, la plupart des droits ne concernent pas les groupes mais les individus. Cette situation s'est auto renforcée depuis et a permis le développement de programmes indiens débouchant sur l'action.

Nous avons donc deux cas : les Noirs et les Européens dont l'histoire s'est forgée en s'orientant vers le travail : et les Amérindiens, dont l'histoire reste tributaire du territoire, et qui ont dirigé la plupart de leurs efforts vers la survie du groupe.

Les procédés et les rêves sont différents.

 

Les rêves indiens et le pouvoir indien

Les rêves sont une forme de pouvoir. Selon la conception anthropologique, les rêves de l'individu dans de nombreuses cultures amérindiennes sont sources de pouvoir individuel et communautaire. Mais selon Steven Lukes, un des aspects du pouvoir est la liberté et la capacité d'imaginer des avenirs alternatifs ou des conceptions différentes du monde.

Dans ce sens, les Indiens ont toujours eu ce pouvoir. Le conflit ente l'Indien et l'Euro-américain a toujours été en partie idéologique, c'est un conflit entre les différentes conceptions de l'effort humain, ses modes de fonctionnement, de relations et de motivations.

Ce qui rend les dernières années particulièrement intéressantes, c'est que les Indiens ont acquis une autre sorte de pouvoir. Depuis les années 70, grâce à leur action politique, ils s'organisent autour d'un pôle d'autodétermination, les tribus devant alors prendre la plupart des décisions concernant les communautés et leurs biens. Cette politique a été soutenue par une série de lois et de décisions juridiques qui ont contribué à une augmentation sensible du pouvoir indien.

La décision prise dans l'affaire du bingo en Californie est un exemple de la reconnaissance du droit et du pouvoir des nations Indiennes à contrôler et transformer à leur guise leurs propres communautés.

La question posée au sujet des Amérindiens est la suivante : ayant enfin le pouvoir, quels rêves vont-ils poursuivre?

La société américaine, elle, se pose maintenant un problème quelque peu différent. Il ne s'agit plus de savoir si le rêve américain peut contenir tous ceux qui veulent y jouer un rôle, mais plutôt si les Etats-Unis peuvent tolérer ceux qui ont un rêve radicalement différent, en leur accordant la liberté sans conditions de poursuivre ce rêve.

 

traduction R.Lees H. Galibardi



[1] Stephen Cornell est enseignant au département de sociologie de la Harvard University et chercheur à la Harvard's John Kennedy School of Governement. L'article est extrait du American Indian Culture and Research Journal 11:4 (1987).