Les femmes amérindiennes écrivains

Virginie Alba[1]

 

Pour les femmes amérindiennes écrivains, l'écriture est un moyen d'affirmer leur existence en tant que membres d'une communauté, en tant que femmes et en tant qu'individus. C'est une réaction textuelle à leur environnement, dans lequel le blanc et ses valeurs sont imposées. L'écriture est un rituel d'appropriation et de réification du réel, rituel dont la finalité est de permettre une reconstruction identitaire. En ce sens, c'est une contribution à la vie de leur communauté car cette écriture de leur vécu poursuit toujours le but de la survie, la survie individuelle et la survie communautaire.

En effet, il nous faut remarquer que les femmes amérindiennes écrivains dont, pour ne citer que celles que je connais le mieux, Lee Maracle, Jeannette Armstrong, Beth Brant et Maria Campbell, ces femmes écrivent pour soigner, soigner leurs blessures, soigner celles de leur famille et de leur communauté, reconstituer un équilibre. Le commentaire fait par Beth Brant sur le travail qu'elle et ses soeurs ont effectué lors de la rédaction d'une anthologie intitulée A Gathering of Spirit, Writing and Art by North American Indian Women peut éclairer cette remarque.

"[2]Je crois en chacune des femmes dont les mots et les images sont couchées dans les pages de ce magazine. Nous sommes là. [...] Représentant quarante nations. [...] Oui, nous croyons toutes, dans notre capacité à changer de base. [...] Nous avons commencé quelque chose, mes soeurs. Notre testament est écrit maintenant, il est une partie du vent, une partie de l'esprit et du coeur des gens[3]."

Dans cette citation, Beth Brant affirme son individualité par l'utilisation du pronom personnel "Je". Puis elle inscrit cette individualité dans la communauté des femmes autochtones définie par le pronom personnel "nous". La première personne du singulier et la première du pluriel, en termes grammaticaux, sont inscrits l'un dans l'autre. Ce désir de mettre en avant ce lien fractal, sorte d'intersection entre le tout, l'ensemble constitué par les femmes autochtones et l'élément unique qu'est la femme autochtone en tant qu'individu est souligné de plus par l'emploi des adjectifs "chacune" et "toutes", le premier insistant sur la partie ,l'individu, le second sur la partie, l'individu dans le tout.

L'affirmation de l'existence de ces femmes est renforcée par l'emploi d'affirmations telles que "Nous sommes là" qui souligne l'aspect tangible, physique de cette existence ; la tangibilité de leur existence en tant que femmes est passée par l'écriture de cette existence, trace de leur vie, "mots", "images".

Enfin, le collectif des femmes autochtones est agrandi au groupe des nations autochtones d'Amérique du Nord. Les femmes sont les représentantes, les synecdoques[4] de ces nations. De ces assimilations, les femmes ressortent plus fortes, plus confiantes. Grâce à l'écriture de leurs corps et pensée, les femmes peuvent affirmer leur existence ; elles peuvent affirmer leur appartenance aux éléments naturels, à la société humaine.

Par l'écriture, elles renouent les fils liant les individus au groupe, elles redonnent la vie et poursuivent ainsi leur rôle de mères. avec l'écriture, elles démontrent et valorisent la conception faite par leur communauté du langage, langage, mémoire du lignage, langage, chemin de leur histoire, source de vie.

"Les actions créatives sont des liens de continuité. La conscience continue et les savoirs continuent se déployant d'une génération à l'autre. L'esprit immortel de l'humain n'existe qu'aussi longtemps que la fragile existence humaine sous sa forme physique existe. Notre peuple se réfère à ce passé et à ce présent humain collectif comme à "l'ancien qui parle à nous tous". L'ancien est présent dans tout ce que nous partageons en tant qu'êtres humains. Cela est présent dans nos arts et nos langues différents..."[5]

C'est la sacralité dont le langage se voit touché chez les peuples à tradition orale comme le sont les nations de Lee Maracle, Jeannette Armstrong et Beth Brant qui nous permet de comprendre à nous, lecteurs occidentaux, la nature et l'importance des souffrances subies par ces femmes au moment de l'imposition de l'apprentissage d'un langage, d'un système symbolique totalement différents. Cette violence, Lee Maracle, en tant que femme et autochtone, l'aura subie et mal vécue.

[...] Lee Maracle ne dispose pas que de jurons pour communiquer ses émotions. Chaque fois que ses amis lui reprochent cette vulgarité, elle conclut "Je ne suis qu'une ignorante" [...] Ce complexe à l'égard de la langue entraîne une révolte virulente chez elle. Petite fille, le même processus l'avait conduite au mutisme. Rejetant l'école dans laquelle elle se voyait contrainte d'entrer en contact avec le monde des blancs, elles s'était réfugiée dans le silence. C'est donc en premier lieu dans son rapport avec le langage qu'elle exprime sa révolte. [...] Ainsi l'autobiographie constitue pour ces autochtones un moyen d'apprivoiser la langue, de trouver une issue à ce ghetto ou les avait relégués leur inaptitude à s'exprimer.[6]

De même Jeannette Armstrong met en exergue la profondeur de la destruction causée par cette greffe historique.

Les mots ont été utilisés pour détruire, pour faire mal, pour causer le genre de choses que nous voyons arriver à travers le monde parmi les peuples, parmi les individus, parmi les races, parmi les sexes [...][7]

Et c'est ce constat, des douleurs et des malheurs résultant de cet apprentissage que, comme Lee Maracle et Beth Brant, elle retire sa force ainsi que la conscience de la nécessité de faire renaître et re-connaître sa culture :

En parlant à travers le vide culturel est devenu pour moi un défi et une façon de parler à ceux de mon peuple qui partage les expériences de notre histoire, de notre culture, d'une manière compréhensive. J'ai appris cette langue [l'anglais] pour pouvoir dire aux peuples indigènes, voilà ce que mon peuple comprend. Voilà commet je l'expérimente à travers les mots que je vous donne. Je choisis de partager ces mots en Anglais avec tous ceux qui parlent Anglais, mais particulièrement avec mon peuple. Je dois écrire pour mon peuple. Je dois tout le temps parler à mon peuple quand j'écris.[...]

Ma responsabilité est d'approcher [...] tout ce colossal mauvais usage des mots par mon intention qui fait partie du processus guérisseur pour mes enfants et mon peuple tellement blessés et brutalisés que leur langages, leurs langues, ont été arrachées de leurs bouches au cours des cent dernières années.[...]

Tout ce que nous disons touche celui, celui qui écoute, celui qui comprend, celui qui va se l'approprier et en faire sa mémoire. Nous sommes tous très puissants, chacun d'entre nous, individuellement. Nous pouvons faire changer les choses, faire que les choses arrivent autrement. Nous avons tous le pouvoir de guérir."[8]

Aujourd'hui, les femmes autochtones écrivent pour reconstituer leur être, leur société mais également pour éduquer les blancs, amener ceux qui les ont méprisées à mieux les comprendre, pour agrandir le cercle de l'Humanité. De fait, leurs messages sont très instructifs, miroirs des excès de notre civilisation et des excès de leurs excroissances modernes comme les mouvements d'émancipation des années 60, nés d'une volonté de voir une individualité tant ethnique que personnelle. En effet, les mouvements pour les droits civiques organisés par les minorités ethniques de l'Amérique du Nord et notamment le Mouvement Indien Américain (AIM ndlr)sont considérés par Lee Maracle comme reproduisant le modèle politique et social occidental dans leur volonté d'affirmation et de valorisation de leur moi. Ce modèle, c'est celui de l'oppression, du mépris de l'autre dérivant d'une affirmation excessive de leur individualité, notamment au détriment des femmes :

Lee Maracle est plus explicite : Culturellement, le pire trait dominant du blanc est accentué. Le machisme et l'esprit de patron furent les critères de base pour choisir les leaders. L'idée de leadership est essentiellement européenne promulguée par les puissants marchands. [...] Toutefois, l'image générale est celle d'hommes en marche qui ont décidé de mettre fin à l'oppression sur les terrains des races et des classes auxquels nous faisons face en tant de Natifs mais en même temps désirant conserver les petits profits qui leurs sont offerts par une société sexiste parce qu'ils sont des hommes. Bien sûr il leur serait impossible de ne pas être affecté par le sexisme de la société, mais, [...] ils sont révélateurs de la haine de soi, résultant de l'oppression interne due au besoin d'être supérieur à l'autre.[9]

Avec ce témoignage, Lee Maracle souligne l'importance des conséquences de la brisure de la cohésion sociale chez les autochtones. De même, elle dénonce l'ethnocentrisme et le manque d'ouverture des mouvements féministes occidentaux, eux aussi excroissances idéologiques d'un modernisme arrogant :

Quand une femme blanche dit, "Et si vous étiez une femme de couleur", elle ne veut pas entendre mon histoire, elle ne veut pas lier son histoire à la mienne, elle désire enterrer mon histoire dans ses propres vêtements. Le monde n'est pas un monde entièrement blanc dans lequel je suis enterré. Si ce pays pouvait réussir à briser le fil de mon histoire, la construction crée serait doucereuse, sans couleur, sans différence.[10]

La critique du monde moderne faite par Lee Maracle n'amène pourtant pas à un éloge de l'organisation des société traditionnelles indiennes, notamment en ce qui concerne le statut de la femme. Lee Maracle, contrairement à Jeannette Armstrong par exemple, met les femmes en garde contre l'idéalisation d'un passé, qui pour meilleur qu'il ait pu être, n'en reste pas moins imparfait:

Nous nous faisons des illusions en tant que femmes en pensant que traditionnellement nous étions ceci ou cela. La réalité n'est pas facile à affronter. Combien de fois avons-nous été dans un cercle, la seule femme autochtone, et avons-nous vu notre contribution  ne pas être reconnue? Nous sommes majoritaires dans presque toutes les organisations autochtones et au plus bas de la hiérarchie. Nous sommes celles qui nous exprimons le moins, les moins entendues, et jamais les leaders. nous avons été balayés de nos propres vies.[11]

Face à ce pragmatisme, résultant sans doute du métissage culturel dont Lee Maracle est issue, un métissage dur à assumer et démystifiant, le témoignage de Jeannette Armstrong semble moins amer. Elle valorise un héritage culturel et spirituel dans lequel elle puise sa force et son amour de la vie et des autres. Si Lee Maracle a emprunté aux traditions européennes certaines formes littéraires comme l'autobiographie ou le roman, Jeannette Armstrong s'est cantonnée à l'écriture d'histoires, d'essais, transcriptions des récits oraux traditionnels. Les récits reprennent leur fonction éducative puisqu'ils s'adressent essentiellement aux jeunes autochtones et se proposent de donner une nourriture à leur réflexion. Héros et héroïnes autochtones avancent à tâtons dans la vie, très humains, et par leurs erreurs, leurs maladresses, amusent, captivent l'attention, l'admiration et servent de modèles à ceux-ci. Les essais, quant à eux, amènent l'ensemble de la communauté autochtone adulte à la réflexion et interpellent les éventuels auditeurs/lecteurs occidentaux.

Ainsi les femmes autochtones utilisent la transcription de leur vécu, du savoir qu'elles ont hérité des aînés pour l'accouchement d'une société consciente et responsable :

Notre réponse au racisme, au sexisme et à l'homophobie est en train de devenir une réponse culturelle, d'abord parce que nous sommes écrivains, des travailleurs culturels, et ensuite parce que le phénomène est exprimé culturellement dans le monde dans lequel nous vivons. Si la culture dans laquelle nous vivons ne peut s'accommoder de nouvelles pensées, de nouvelles sensations, de nouvelles relations, alors nous avons besoin d'une révolution culturelle. En tant qu'écrivains, que travailleurs culturels, nous nous y engageons. [...]

Le changement concerne le fait d'être différent ; ce n'est pas soutenir cette lutte ou une autre, c'est être différent. C'est individuel, dans le sens où vous vous prenez en charge, vous vous appropriez vos convictions ou le manque de convictions et que vous les approfondissez. Le changement c'est ne jamais permettre à personne d'être silencieux quand il est là pour parler. Le changement ce ne pas de tolérer l'injustice. Ce n'est pas l'amitié, ou le soutien d'individus parce qu'ils sont des amis. C'est personnellement s'engager dans une vision différente du monde. Personne ne me soutien parce que j'en ai besoin, mais parce qu'ils sont contre les iniquités raciales installée dans ce système, et ces iniquités violent à la fois les blancs et les gens de couleur. L'iniquité institutionnelle, et l'acceptation passive de celle-ci [...] vous interdit d'adhérer à mon travail. L'iniquité vous dénie le droit d'accéder à notre savoir différent et à notre expérience différente; il condamne les amis blancs à être à demi-accomplis, à demi-humains.[12]

Sans aucun doute, la lecture des écrits des femmes autochtones écrivains amène le lecteur occidental à reconsidérer ses certitudes. A la lumière de leurs éclairages, hommes, autochtones et occidentaux et femmes occidentales voient les contradictions sur lesquelles ils se sont construits décortiquées et analysées. Les préjugés qui en constituent la base sont mis en avant. Ainsi, la remise en question devient nécessaire. Ces femmes écrivains nous proposent une reconstruction sociale sur des bases autochtones comme le respect de l'autre, le respect de la parole, du mot, le respect pour la vie. L'écriture est utilisée comme la fondation de cet édifice. L'écriture dépasse les limites du papier sur lequel elle se couche pour devenir acte social, acte politique. Elle retrouve sa valeur de phénomène social, manifestation d'un système symbolique et du réel.

Nos orateurs savent que les mots qui donnent les orientations humaines sont sacrés, des présentations emplies de prière de l'expérience humaine, de sa direction et le besoin de transformation de la condition humaine qui surgit de temps en temps. Comment considérer la présentation de la condition humaine dans une langue séparée de l'expérience humaine : passion, émotion et caractère?[13]

L'écriture est mimétique, elle est la transcription des paroles, elle est un élément du réel. Elles n'en est pas l'émanation symbolique et abstraite. Elle est une partie de ce réel auquel elle a un devoir de fidélité. Avec ces femmes autochtones écrivains, le mot se voit restituer toute sa valeur. Leur héritage culturel explique sans doute cette restitution dans leurs écrits, un héritage culturel qui confère à la parole la responsabilité de la transmission identitaire, de la construction des liens entre individus appartenant à la même communauté, de la construction des liens entre communautés, entre êtres vivants. Cette tradition attribue au langage une valeur de vérité.

Les autochtones ont une grande maîtrise de la langue orale. Tout d'abord, ils veulent la vérité brute, toute nue, et ensuite, ils la veulent aussi énergique et belle que possible.[14]

Ainsi le mot se voit restituer toute sa valeur du fait de ce dont il témoigne c'est à dire de l'utilisation faite de la parole même pour emprisonner les femmes autochtones dans des représentations humiliantes et étrangères à leur compréhension et perception du monde, de l'utilisation de la force du mot écrit et de sa sacralité à des fins de création et de reproduction de rapports de domination et non plus de rapports d'équilibre et d'harmonie. Jamais auparavant, je n'avais pu pressentir le pouvoir de l'outil qu'est le mot et des dangers de son asservissement aux besoins d'une minorité soucieuse d'asseoir sa domination plus que d'assurer les droits de chacun à la survie et au respect. A travers les écrits de ces femmes autochtones, on peut comprendre combien précieux sont les pouvoirs de la parole, combien est importante la démocratisation de l'utilisation de cette parole pour éviter la monopole de certains sur les représentation et construction du réel permises par les mots, pour éviter les meurtres culturels commis auparavant, pour éviter le mensonge.

On peut également saisir la valeur de l'acte de parole, d'écriture comme miroir du tout dont il est le produit, comme instrument de reproduction de continuité de la vie qui le génère. C'est parce que l'écriture, la parole est perçue comme un phénomène total par les femmes autochtones que j'ai tenu ici à souligner le lien entre l'écriture et ces femmes, leur vécu et leurs prises de position politiques et culturelles en tant que mères de nations, en tant que femmes. Mères et femmes en effet, elles sont doublement victimes : victimes d'une destruction culturelle, victimes de la dévalorisation de leur rôle et de leur statut du fait de leur sexe. Aujourd'hui, du fait de ce vécu, en tant que mères et femmes, elles sont doublement actives et actrices de la production et reproduction des sociétés autochtones. La survie des valeurs des sociétés autochtones passent par la revalorisation des principes de respect de la vie, des principes d'harmonie et d'écoute. J'ajouterai qu'à mon avis, la survie des sociétés humaines implique l'adoption de tels principes, implique que les grandes nations dites développées remettent en question leur philosophie, leur manichéisme, leur hiérarchisation du réel selon laquelle l'homme est l'être quasi suprême, favori de Dieu ou être supérieur de par son intelligence. Aujourd'hui, l'on commence à payer les conséquences de cette volonté d'émancipation du réel avec, par exemple, la destruction de l'équilibre écologique et, inhérente à cette destruction, la programmation de la disparition de nombreuses espèces végétales, animales (dont l'homme) que certains persistent à appeler évolution ou adaptation.

Plutôt que d'éradiquer une partie de cette réalité qui parfois nous dérange et pour la survie des générations futures, il faut accepter la responsabilité qui nous incombe en tant qu'habitant de cette planète. Pour cela, il faut accepter notre diversité et la valeur de chacun d'être nous. Il faut redonner aux femmes, aux mêmes titres que les autres individus, la considération qu'elles méritent : il faut leur rendre la vie qu'on leur a pris :

...Et je me m'interroge sur une partie de ce que le vieil homme [un prêtre] m'a dit sur les voix : le langage n'a pas de Mère, le peuple n'a pas de Mère ; il voulait dire que la Chrétienté les avait écarté, mais pas seulement la Chrétienté, on peut remonter jusqu'au Judaïsme, quand ont commencé les changements. [15]

Le langage doit, non plus masquer le réel, le détourner au profit des intérêts de certains, mais représenter ce réel que chacun perçoit. Il ne doit plus constituer les mythes de surhommes et de sous-hommes, qui n'existent pas, mais simplement montrer la réalité de la vie de l'être humain, constituée des éléments les plus divers de l'échelle des valeurs humaines, du plus beau au plus vil. Ce langage, on le trouve dans les mythes autochtones :

Les mythes fondateurs aborigènes[16] d'Amérique du Nord ont eux aussi leurs messages codés. Dans le répertoire de certains peuples de la côte nord-ouest, on voit apparaître obstinément la même version : Corbeau, personnage androgyne à la fois héros et coquin, découvre par hasard dans un buisson une nouvelle variété de baies, gonflées de jus et pourpre à souhait. La tentation est trop forte. Corbeau les engloutit sans autre forme de procès. Puis il (elle) se dirige avec son plumage maintenant tâché et la panse bien pleine vers le prochain promontoire, pour y prendre son envol. Soudain, Corbeau est victime d'épouvantables coliques et, pendant le vol, se soulage un peu partout au hasard. Une fois que Corbeau se sent mieux, il regarde en bas et qu'est-ce qu'il aperçoit? Les premiers humains! quand son regard se pose sur ces créatures bizarres issues de ses excréments, il ne peut s'empêcher de rire. Mais voilà qu'en bas les créatures lèvent les yeux vers Corbeau et rient à leur tour.[17]

La sagesse et l'humilité qui imbibent ce mythe, tout comme la sagesse et la simplicité des histoires que Lee Maracle, Beth Brant, Jeannette Armstrong et Maria Campbell ont bien voulu donner à lire aux lecteurs non autochtones m'ont beaucoup appris sur la vie et l'être humain. Parce qu'elles nous interpellent dans notre humanité, leur message est puissant et l'identification avec leurs personnages ou avec leur propre vie est possible. L'apprentissage est possible, la communication, le partage aussi. Femmes autochtones écrivains, elles nous montrent la grandeur de leur espoir, leur amour de la vie, l'importance qu'elles donnent à leur féminité et leur autochtonité qui nourrissent leur volonté. Elles nous montrent la force de leur désir de faire progresser leurs nations, l'humanité par leur témoignage, leur poésie et leur amour, formidable message, la coopération étant le maître mot de ce projet qu'elles esquissent.

 

 

 



[1] Auteure d'une maîtrise sur la littérature amérindienne féminine à l'Université de Toulouse le Mirail

 

[2]Nous avons pris le parti de traduire les citations pour une meilleure lisibilité. ndlr.

 

[3]Beth Brant, A Gathering of Spirit, Writing and Art by North American Indian Women, N.Y. Sinister Wisdom Books, 1984.

 

[4]Synecdoque : Figure de réthorique qui consiste à prendre le plus pour le moins, la matière pour l'objet, l'espèce pour le genre, la partie pour le tout, le singulier pour le pluriel ou inversement.(ex :les mortels pour les hommes, un fer pour une épée.). Le Petit Robert. ndt

 

[5]Discussion entre Douglas Cardinal et Jeannette Armstrong dans The Native Creative Process, Penticton : Theytus Books, 1991

 

[6]Caliban n°XXXI, 1994. L'autobiographie dans la littérature autochtone au Canada : de l'acculturation à la révolte par Michèle Kaltemback.

 

[7] Telling It, Women and Langage Across Cultures, Press Gang Publisher, Vancouver.

 

[8] id..

 

[9] Extrait de I am a Woman, par Lee Maracle, dans Native Writers and canadian Writing, Vancouver : UBC, 1990.

 

[10] Extrait de "Ramparts in Hanging in the Air" de Lee Maracle dans Telling it, Women and Language Across Cultures

 

[11] Extrait de "Excerpts from a Journal" par Lee Maracle dans Kinesis. September 1995.

 

[12] Extrait de "Just Get in Front of a Typewriter and Bleed" par Lee Maracle dans Telling it, Women and Language across Cultures.

 

[13] extrait de "Oratory : Coming to Theory" par Lee Maracle dans Give Back, First Nations Perspectives On Cultural Practice, Vancouver, Gallerie Publications 1992.

 

[14] extrait de "An Infinite Number of Pathways to the Centre of the Circle" par Lee Maracle dans Janice Williamson, Conversations with seventeen Canadian Women Writers, University of Toronto Press, 1993.

 

[15] Maria Campbell, "Half-breed." Halifax : Goodreadbiographies, 1983

 

[16] rappelons ici le sens de ce mot : personne originaire du pays où elle vit. ndt

 

[17] Géo n°164, Octobre 1992. "Cultures si riches et si fragiles", fécit de Michaël Dorris; anthropologue américain.