La débrouille

Linda Hogan

extrait de The Grace of Wooden Birds

The New Native American Novel

edited by Mary Dougherty Bartlett

University of New Mexico Press, Albuquerque. 1986.

 

 

 

1

Lorsque sa fille, Harriet, mourut à l'âge de six ans, Roberta James devint l'une des personnes silencieuses du Comté de Seeker.

Harriet mourut de ce que l'on nommait communément la phtisie.

Après l'enterrement, Grand-mère Addie vint s'installer dans le chagrin de Roberta, comme elle l'avait déjà fait les années passées pour ses enfants et ses petits-enfants. Addie ,en fait, s'était installée avec Roberta lorsqu'elle attendait Harriet, alors qu'elle avait quinze ans et portait le gilet de satin noir de son ami dans le dos duquel était dessiné une carte de Corée. Et elle était venue lui rendre visite plusieurs fois avant, à l'époque où elle portait des jupes longues et des robes blanches quand le soleil franchissait la porte et qu'elle était étendue là dans la chaleur qui traçait des lattes d'acier sur le plancher, et qu'elle se sentait bien, les cheveux propre et la peau nette, et chantonnait pour elle. Il y avait des chênes dehors. Elle attendait. Roberta attendait quelque chose qui l'entraînerait ailleurs. Mais elle n'était jamais allée plus loin que sa peau, que ce gilet noir contre elle avec sa carte de Corée.

Addie ne dit jamais mot à Roberta de ce qu'elle savait  sur les régions divisés et les gens qui les imprimaient dans leurs dos, mais plus tard Roberta comprit que sa grand-mère avait regardé devant elle et l'avait un peu prévenue. Quand elle brossait les cheveux noirs de Roberta, elle lui disait :"Tu étais née pour une autre vie, Bobie."

Après l'enterrement, La mère de Roberta apporta du réconfort à sa manière. "La vie continue," disait Neva, mais elle avait elle-même appartenu longtemps à cette société d'Indiennes silencieuses de Seeker, même si personne n'avait pu le soupçonner de cette femme qui portait du rouge à lèvres Peach Promise, souriait généreusement, embrassait le miroir de la salle de bain pour laisser à Roberta un message signifiant, "A cette après-midi, tendrement."

Grand-mère Addie s'occupa d'Angela, la plus jeune fille de Roberta. Elle donnait au bébé des cuillères de miel, de lait et la portait jour et nuit pendant que Roberta vaquait aux occupations quotidiennes. Les corvées la soignait un peu ; faire le café et nettoyer les traces de rouge à lèvres de sa mère sur le miroir. Elle supprimait les traces d'Harriet avec le balai cassé, prélevait des perles sur sa robe, des cheveux noirs sur sa tête, elle essuyait ses traces de pas.

De temps en temps, Neva venait faire un tour, serrait les fines mains froides de sa fille entre ses mains chaudes, et donnait un conseil. "C'est pour ça que tu aurais dû te marier", disait-elle. Elle enveloppait les épaules de Roberta dans grand un sweat shirt gris. "Tu aurais eu alors un homme pour t'aider dans les haut et les bas de la vie. Comme Ted, tiens. Bon ,de toute façon, Ma chérie," disait-elle les yeux posés sur Roberta, "Tu as sûrement tiré la bonne carte quand Harriet est né. N'est-ce pas, Ted?"

"Oui, un as."

Mais lorsque Roberta ne regardait pas, Neva hochait lentement la tête en gardant les yeux sur le plancher, et pensait que leurs existences étaient toutes sans espoir.

Roberta ne se maria pas comme le conseillait sa mère. Elle passa du bon temps durant les longues nuits où elle fit l'amour avec Tom Wilkins. Chaque nuit elle mettait des morceaux de cèdre dans ses bottes Red Wings, pour le garder auprès d'elle, et les rangeait soigneusement sous leur lit. Elle savait comment plaire à cet homme, comment le garder près d'elle à la place laissée vacante par Harriet. Elle pleurait un peu la nuit après qu'il l'ait prise et il disait, " Là. Là," en lui tapotant le dos.

Il lui rapportait ses cookies Windmill[1] préféré de la ville et il chantait jusque tard dans la nuit pour que le fantôme d'Harriet puisse s'en aller plus facilement, comme lui plus tard quand Roberta arrêta de mettre du cèdre dans ses bottes.

"Pourquoi ce Wilkins ne revient pas?" questionna grand-mère. "Un Choktaw, non?"

Roberta haussait les épaules comme si elle n'avait pas omis de poser du cèdre dans ses bottes. "Il était trop bien pour moi." Elle écartait ses cheveux épars de son visage pour faire comprendre à grand-mère ce qu'elle voulait dire.

Un mois plus tard, Roberta était guérie lorsque la compagnie envoya Tom Wilkins en Louisiane pour travailler sur un nouveau champ pétrolifère et elle ne risqua plus de tomber sur lui par hasard au magasin.

Le nouvel enfant de Roberta, un fils qu'elle prénomma Wilkins comme son père, mourut à la naissance, étranglé par le cordon ombilical. Roberta avait porté un châle noir pendant toute sa grossesse. Elle regarda le petit cercueil de bois brut et dit, "Il est mort de vivre et je sais comment ça peut arriver."

Elle attendit la main de sa grand-mère.

Grand-mère Addie et Neva parlaient de Roberta. "Seule une femme peut supporter autant de douleur", dit Grand-mère.

"Et ne croyez pas que je ne le sais pas", répondit Neva.

Roberta émergea de son repliement six mois plus tard, au printemps de 1974, lorsque Angela la regarda comme une petite grand-mère et lui dit, "Maman, je sais que c'est dur, mais il est temps pour moi de te quitter" et elle devint aussitôt fiévreuse. Roberta la frictionna avec de l'alcool et lui fit de la tisane de racines, qu'elle versa entre les deux pétales de sa bouche avec un compte goutte. Elle pria Dieu ou Jésus avec ferveur, elle n'avait jamais vraiment qui était qui, et toutes les pierres, les arbres et les dieux du ciel et de la terre qu'elle connaissait, et les esprits des animaux, et elle porta sa petite Angel à l'hôpital tout en priant que cette maison toute en brique, en fenêtre et en ciment où les mourants étaient maintenus en vie, placerait la fillette à la peau si douce dans une petite chambre décorée en compagnie de fillettes portant des bonnets, et pensait combien il devait être drôle d'emmailloter un enfant mourant avec tant de douceur comme le faisait les filles en coiffes de coton. Elle se reprocha d'avoir négliger Angela dans son chagrin. Angela mourut quatre jours plus tard, portant un petit collier de grains de maïs qu'avait fait Roberta, un bracelet de perles de verre, et couverte d'une couverture piquée.

"Elle à toujours dit à Roberta qu'elle allait mourir, dit Neva à Ted. "Comme une vieille femme, hein, Bert?"

Roberta s'enfonça dans son silence avec ces trois morts, se répétant sans cesse ce qui était arrivé, car la vérité était si laide qu'elle ne pouvait pas y croire. La voix intérieure de sa gorge répétait les mots de la mort et Roberta les écoutait attentivement. "Mon Angel. Mon Harriet. Toute ma vie détruite et je suis si jeune. Je suis trop jeune pour toutes ses morts."

Elle rêva de son dos et même que sa colonne vertébrale était réduite en pièces. Elle rêva de sa maison brisée en quatre. Elle était brisée comme la Corée ou le territoire de sa tribu.

Ils étaient tous brisés, le père de Roberta, la peau sur les os, brisé par la guerre. Neva et lui élevèrent deux garçons dont les parents "s'étiolaient" disaient-ils à ceux qui tombaient sous l'emprise du génie qui surgissait des bouteilles de whisky, et ces garçons étaient certainement brisés. Neva elle-même qui avait été autrefois une gardienne des portes était brisée.

Très tôt elle lit les pensées des gens dans leurs visages et leur corps. Elle était une gardienne des portes, ouvrant et fermant le passage aux gens qui traversaient la vie. "Celui-ci a mangé trop de céréales", disait-elle, ou "celle-là était née trop riche pour son bien et ça lui fait du tort. Celui-là, son désir de vivre est brisé par ceci ou cela." Elle était aussi une gardienne des portes de la famille. Elles fermait la porte à ceux qu'elle n'aimait pas, s'ils étaient malhonnêtes, ou soi-disant malhonnête, ou de peu d'importance. Il n'y avait pas de place pour la mesquinerie dans sa vie, mais elle ouvrait grand les portes à ceux qui l'émouvait ne serait-ce qu'un peu avec des élans d'amour ou de pitié. Elle avait un grand respect pour la belligérance, la rébellion politique et pour le vandalisme dirigé contre les automobiles, les affaires et les patrons, et ces vandales étaient parmi ceux qui était admis dans ses murs.

Et maintenant elle était brisée, par ses morts et sa solitude.

Roberta pleurait contre l'épaule tiède d'Addie et Grand-mère Addie restaient là, emménageait, des cartons de conserves, un cheval de porcelaine bleu, ses robes et ses tabliers sombres, des photos de ses petits-enfants et de ses arrière-petits-enfants, des cierges parfumées à la rose de la vierge de Guadalupe, même si elle n'avait jamais été catholique, et les bois d'un chevreuil.

Roberta ignora ses cousins des églises des frères de ceci ou cela quand ils vinrent la consoler à leur manière, lui disant que c'est le destin et que le Seigneur donne et reprend.

Oncle James était plus vieux aussi ne disait-il rien, et elle s'asseyait avec lui, deux silences réunis.

La mère de Roberta laissait des messages sur le miroir de la salle de bain. "Il y a un temps pour chaque chose dans les cieux."

Grand-mère présente pour veiller sur Neva et la maison, Roberta décida un jour de charger sa vaisselle, ses couvertures et ses vêtements dans la vieille Chevy[2] qu'elle avait rachetée à Ted, et elle quitta les petites tombes carrées portant les noms d'Angela, Wilkins et Harriet bien que cela lui brisa le coeur de les laisser. Elle s'éloigna de ceux qui tentaient de la consoler avec leurs propres consolations. Le chagrin en elle était comme une source trop profonde pour une jeune terre; les berges érodées par la colère, mais Roberta projeta pourtant de revenir pour grand-mère Addie. Elle s'arrêta une fois, dans la région plate et neutre de Goodland au Kansas et téléphona.

"Tu es sûre de ne pas vouloir venir avec moi? C'est un endroit charmant, grand-mère" mentit-elle. De la cabine téléphonique, elle sentait les effluves des camions et elle regardait passer les hommes de grande taille au visage rougeaud , ces jeunes hommes qui avait mangé tant de boeuf qu'ils commençaient à leur ressembler.

"Je vais aller m'installer. Le temps que tu accroches la première corbeille de linge sur la ligne, je viendrai te rendre visite."

Roberta sentit sa grand-mère sourire. Elle raccrocha le téléphone et retourna  vers la voiture blanche surchargée et poussiéreuse.

Elle prit la direction de Denver, mais elle obliqua à l'ouest avant d'y arriver, vers une ville de montagne appelée The Tropics. Son nom ressemblait à du vocabulaire de politicien; un mensonge. En vérité, The Tropics était aride. C'était une ville minière, dernièrement d'uranium. De sinistres tourbillons arrachaient le sable des montagnes. Même après les plus grosses pluies, l'eau s'infiltrait dans le sol, entre les pierres, et la terre se desséchait à nouveau. Pourtant, Tropics évoquait des visions de grandes herbes dans des savanes infinies, des rivières noires, des brumes, et de profondes forêts vertes emplies de fougères et d'arbres croulant sous les lianes opulentes. Parfois on aurait pu le croire.

Roberta se dit que c'était les terres du Seigneur, que c'était le destin si elle avait manqué l'embranchement de l'autoroute pour Denver, qu'ici elle pourrait pardonner et oublier ses morts et reprendre goût à la vie. Elle loua un bungalow, prit un travail a mi-temps à l'épicerie de Tropics où elle vendait des articles courants à des clients qui voulaient pas aller jusqu'à la ville. Elle vendait un paquet de farine à l'un, une boîte de pâté pour chien à l'autre et des bonbons aux enfants de l'école l'après-midi. Le matin, elle vendait des beignets emballés et des cigarettes aux le matin et des bières après cinq heures aux équipes d'ouvriers. Elles époussetait et approvisionnait les rayons, et elle avait le temps de tailler des petits oiseaux en bois comme le faisait autrefois son oncle James. Elle les taillait et les considérait comme des jouets pour les esprits de ses enfants et elle les accrochait dans les vitrines pour les protéger et pour qu'ils les voient. "Celui-là c'est pour Harriet", dit-elle d'un oiseau parmi d'autres.

Quand elle ne travaillait pas, elle passait son temps au lit, totalement immobile, les yeux fixés au plafond. On disait que si on restait immobile, l'âme sortirait du corps, et Roberta l'espérait. On dit que lorsque une âme a décidé de partir, on ne peut pas la rappeler. Roberta était étendue dans cette pièce aux murs bleus et sur une couverture à fleurs bleues. Elle était couchée là, ses cheveux rejetés en arrière. Elle tenait son chapeau de soleil écossais à la main et restait immobile.

A son grand désespoir, elle restait en vie. Chaque nuit elle priait pour mourir et rejoindre ses enfants, mais chaque matin elle était encore vivante, elle respirait. Certains matins, elle se pinçait pour être bien sûre, elle était si étonnée et désespérée d'être toujours vivante.

Son âme refusait de la quitter. Elle avait sa propre conscience. Alors Roberta se leva et commença une marche forcée. Il y avait des nuits dans The Tropics où elle hantait les rues poussiéreuses comme un fantôme à forte carrure, aux hanches frêles, comme une fille coriace, les épaules relevées pour protéger son coeur brisé.

Roberta Diane James avec ses cheveux noirs devenus fragiles à cause des heures passées allongées à tenter de faire sortir son âme. Roberta, avec ses yeux couleur de rivière sombre d'après l'orage lorsque l'or remue en elle. L'oeil gauche gardait toujours la trace d'un éclat, malgré la finesse de la peau tendue sur le front, l'odeur de savon qu'elle portait toujours sur elle tant elle essayait sans relâche de laver les chagrins collés à sa peau.

 

2

Quand j'ai entendu dire pour la première fois combien les choses allaient mal pour Roberta, j'ai d'abord pensé rentrer, mais ma voix intérieure me dit qu'il n'était pas temps. "Il y a un temps pour chaque chose", avait l'habitude de dire maman, et je savais que maman aurait dit cela à Roberta, et que Roberta aurait fulminé intérieurement comme je le faisais moi-même quand j'entendais ses paroles de quatre sous.

Je le savais bien : Roberta aurait besoin de se raccrocher à ses chagrins et à ses peines.

Nous les Chickasaws, nous avons tant perdu que nous nous accrochons à tout. Même nos muscles se cramponnent à leur douleur. Nous aimons nos amants longtemps après qu'ils soient partis, mieux que lorsqu'ils étaient présents.

Quand nous étions petites filles, Roberta et moi gardions les capsules de coke et nous les recouvrions de tissu violet comme le raisin. Nous en faisions des tas, assises sur le porche, ou sur les fauteuils à bascule dans la chaleur, et nous cousions les grains ensemble. On se débrouillait. Nous buvions du thé dans des bocaux à cornichons. Nous utilisions l'eau de lavage des pommes de terre pour empeser nos vêtements. Nous utilisions même nos jambes basanées comme papier pour jouer au morpion. Aujourd'hui les fillettes transforment les sachets de Javel en chapeaux en les coupant en quatre et en les crochetant ensemble.

Notre Tante Bell est réputée pour tout conserver et pour sa débrouillardise. Il y a un clou planté dans sa cuisine pour les anneaux de plastique qui retiennent les canettes de bière, une boîte pour les vieux bocaux, une étagère ou une boîte pour tout, y compris les chaussures noires et blanches qu'elle ne porte plus depuis qu'elle est adulte. Ne croyez surtout pas que ces boîtes et ses clous signifient qu'elle est ordonnée. Elle ne l'est pas. Elle a des centaines de salières et de poivrières poussiéreuses que les gens lui ont donnés, et des piles de vieux magazines et de vieux papiers, des années d'histoire jaunie entassées dans les pièces de sa maison, et je l'aime pour ça, pour tout conserver. J'ai passé des heures de ma jeunesse à regarder ses salières et à lire ces journaux. Ses propres enfants lui disait que c'était un miracle si les virus de la science ne se développaient pas là dedans.

Nous nous préservons de notre perte de toutes les manières possibles, collectionnant, allant à Danceland, nous saoulant, lisant des westerns ou trouvant de nouveaux amants, mais l'autre face de ce salut est notre refus de la vérité. quand un homme de la ville vole nos terres, nous disons, "Oh, il ne ferait pas ça. Jimmy Slade est un bon gars. Je connaissais ses amis. J'ai travaillé pour les Slade pendant la dépression." Qu'importe alors que les Slade soient les cupides de retour.

Certains d'entre nous, parmi les Indiens du sud possédaient des fermes d'élevage. Elles furent toutes perdues morceau par morceau, ou vendues pour payer les impôts sur des terres qui était aussi perdues. De temps en temps quelqu'un vient et nous dit que nous devrions faire fructifier nos terres comme nous l'avions fait auparavant. Ou il nous disent de disparaître de la face du monde. Nous hochons la tête et nous leur sourions.

De temps en temps des jeunes de chez nous provoquent un raz de marée dans l'océan de notre histoire, une poussée d'angoisse sur le contrôleur cardiaque de notre race. Nous piquons une colère et nous hurlons. On apparaît dans les journaux. Nous nous mettions nus dans les collèges qui nous recrutaient comme quota minoritaire et nous nous précipitions dans la tempête de neige nus et on parle de nous pendant des années comme de l'Indien fou qui fit ceci ou cela, celui qui passait à la station service et filait tout droit au Canada, la fille qui sortit la poubelle et ne rentra jamais. Nous nous débrouillions.

Je connaissais des gens venus du nord. Vous saviez à coup sûr qu'ils étaient du nord parce que l'ami de ma fille avait un walleye[3] et un hameçon tatoué sur son avant-bras. Une fois nous sommes allés à un pow wow ensemble et quelques femmes du Peuple portaient des robes à clochettes. "Qu'est-ce que c'est?" Demandais-je à mon ami.

C'était des capsules de canettes. Ces femmes des forêts et des bois, se débrouillaient tout comme nous, comme lorsque nous utilisons des boîtes à sel argentées dans nos danses à la place des hochets en carapace de tortue. nous faisons de la musique avec ses paquets de sel, bien que de temps en temps quelque étranger décide que nous n'avons pas de culture parce que nous utilisons des produits de consommation qui n'ont vraiment rien de traditionnel.

Je les mets au défi : le sel est un composant de notre sang, de notre sueur, de nos sécrétions, de notre semence. C'est notre océan.

Un jour je vis un chapeau d'ingénieur des chemins de fer dans un musée. Il était entièrement perlé. J'ai pensé que c'était une nouvelle mode comme les chaussures de tennis perlées ou les dernières casquettes de camionneurs perlées. Mais il avait été fait à la fin du dix neuvième siècle lorsque l'on interdit aux Lakotas de pratiquer leur artisanat traditionnel. Les mères perlèrent tout ce qui était possible, jusqu'aux chapeaux d'ingénieur de mort. Ils recouvrirent le coton de la colonie de leur art.

Nous extrayons de l'art de notre perdition.

C'est pourquoi quand j'appris que Roberta était dans le Colorado et sculptait des oiseaux de bois, je compris que cela avait un sens. En outre, nous descendons d'une longue lignée de sculpteurs et de graveurs, des gens qui travaillaient le bois, y compris le grand-père mexicain qui fit des saints et un masque de bois qui fut interdit par les prêtres. Sa présence fut la cause de son excommunication.

Oncle James sculpte des chaînes dans les arbres. Nous rions et disons que cela ressemble à quelque chose qu'ils pourraient faire.

Roberta taillait des oiseaux de bois, des corbeaux, des colombes, et même un scissortails[4] ou deux. Elle envoya quelques oiseaux chez elle pour que Tante Bell les mettent sur les tombes de ces petits.

Je crois qu'elle essayait de sculpter les âmes de ses enfants dans les oiseaux. Elle se débrouillait.

 

traduction Manuel Van Thienen

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1]Windmill : marque de biscuit américain

 

[2]Chevy : abbréviation de Chevrolet

 

[3]walleye : poisson de lac recherché par les pêcheurs.

 

[4]scissortail : Muscivora forficata, oiseau du sud des Etats-Unis, du Mexique, d'Amérique centrale et du Sud ayant une longue queue fourchue