Grave pénurie de peyotl

à la Native American Church

 

Telluride Daily Planet, Colorado. 22 Mars 1995

 

Quand la Native American Church d'Amérique du Nord a tenu récemment sa conférence bisannuelle dans le Texas du Sud, la priorité qui s'imposa aux dirigeants de l'église n'était pas une question de loi, de doctrine ou de liturgie mais une pénurie critique de leur sacrement ; le cactus hallucinogène peyotl.

25 ans après la légalisation par le Texas de l'usage religieux du peyotl par les Indiens, la transformation des pratiques agricoles dans une partie de l'Etat connu par les Indiens sous le nom de "jardin du peyotl" a seulement laissé aux membres de la Native American Church une partie des cactus sauvages nécessaires aux cérémonies.

Et comme la loi interdit la culture de la plante, la soudaine pénurie de peyotl (prononcer pé-yo-ti) est une "crise" dit Franck Dayish jr. président de la  Native American Church, qui revendique 250000 membres répartis sur les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

"C'est la caractéristique de la Native American Church" dit Dayish. Sans le sacrement, il n'y a plus de Native American Church. Quand nous étions là-bas, c'était par chance que nous en trouvions. Beaucoup n'en trouvèrent pas du tout."

Le cactus gris-vert du désert pousse seulement dans une bande étroite du sud du Texas, à l'est de Laredo et dans certaines parties du nord du Mexique. D'après la loi texane, il peut être récolté et vendu par une douzaine seulement "peyotlros", les vendeurs autorisés par l'état, des mexicains-américains qui perpétue une tradition commerciale familiale avec les indiens depuis le dix-neuvième siècle.

La loi spécifie également que seuls les personnes possédant au moins un quart de sang indien peuvent l'acheter et seulement pour un usage religieux. Pour les non-indiens, le peyotl reste une drogue illégale dans les 50 états des Etats-Unis.

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Pour de nombreux fidèles, la région où pousse le peyotl a également une signification spirituelle. Chaque mois de février, des centaines d'Indiens venant de tout l'Ouest effectue un pèlerinage et tiennent des réunions dans la "terre sainte" du sud du Texas.

Mais cette contrée broussailleuse autrefois renommée pour son abondance en cactus à pousse lente a grandement changé en trente ans. Aujourd'hui, les membres de la Native American Church disent qu'il devient au fil des ans de plus en plus difficile de trouver du peyotl sauvage pour lui dédier des prières et en ramener suffisamment chez eux.

"Il y a longtemps, quand j'étais encore enfant, mes parents venaient et le cueillait au bord de la route," dit Emerson Jackson de Window Rock en Arizona, un ancien président du culte. "Bien sûr, à cette époque, les gens de la région ne savait pas à quoi il servait et puis les hippies débarquèrent dans les années 60 et commencèrent à le récolter et à en abuser."

En 1970, le Texas légalisa l'usage du peyotl pour les Indiens mais ce n'est que l'année dernière que ceux-ci obtinrent une protection fédérale complète pour l'usage du peyotl dans les cérémonies religieuses avec une loi signée par le président Clinton. Jusque là, les Indiens détenteur de peyotl pouvaient être arrêté dans 22 états. Mais il n'y a pas de quoi pavoiser.

"Tout le monde était obnubilé par l'obtention de ce laissez-passer, qui reconnaissait notre Native American Church et rétablissait nos droits d'utiliser ce sacrement," dit Dayish dans une interview récente, "et maintenant nous en sommes là et nous voyons que nous sommes dans une situation de crise pour obtenir du peyotl."

Les raisons de la pénurie sont facile à voir. l'immense expansion des terres d'élevage, autrefois non clôturées et ouvertes au cueilleur ont été mises hors des territoires de cueillette. D'autres territoires encore sont perdus lorsqu'on transforme des régions de broussaille en pâturage en retournant la terre en profondeur détruisant la végétation, qu'il s'agisse des grands mesquite (arbres) ou du minuscule cactus peyotl.

Simultanément, la demande en peyotl augmente légèrement avec l'augmentation des membres de la native American Church. Un enquête de l'état montre que la récolte et la vente de l'an dernier a atteint 2,1 millions de "boutons", le nom donné à la rondelle de cactus coupée à ras du sol.

Il en résulte une hausse des prix, une pénurie et parfois une absence totale.

"Certains vendeurs ont commencé à découper les boutons," dit Dayish. "Ils les vendent par milliers et maintenant, au lieu d'avoir des milliers de boutons entiers, ils vendent des milliers de morceaux."

Lors de la conférence du mois dernier, un avocat de la Native American Church a été chargé de rechercher d'autres sources d'approvisionnement, que ce soit par la culture ou l'importation du Mexique.

Jackson, président de la congrégation de 1978 à 1991, croit que la réponse est au Mexique, où il tenta de trouver un approvisionnement complémentaire dans les années passées. Mais, parce que le peyotl est classé comme substance sous contrôle, la loi fédérale interdit son importation. La seule exception concerne les drogues dont on peut prouver qu'elles sont uniquement à usage médical ou scientifique et qu'on en a un besoin urgent.

J'ai avancé avec les mexicains lors de rencontres que nous eûmes à Mexico mais je n'ai pas avancé d'un pas avec notre gouvernement," dit-il. Je suis allé sur les lieux où pousse le peyotl au Mexique. Les cactus sont gros comme des pommes, trois à quatre fois plus gros que ceux qui poussent au Texas. Je suis très optimiste mais nous devons avancer prudemment.

"C'est un problème épineux."

traduction MVT