Monographie d'un chanteur du peyotl :

Asa Primeaux, Sr.

un article de Wicazo Sa review

 

 

Introduction par Elisabeth Cook-Lynn

 

Asa Primeaux Sr, un porteur de la pipe sacrée et un chanteur peyotl Ihanktowan sioux, nous raconte cette histoire d'origine:

"au début du siècle, vers 1904, cette médecine (le peyotl) a été introduite dans notre réserve, la réserve yankton dans le Sud Dakota central. Pendant plusieurs années, de 1904 à 1916, on a essayé de la comprendre. De 1916 à 1922 on l'a étudié en profondeur et finalement on a pu en enseigné ses bienfaits

Il y avait beaucoup de maladie.

Le B.I.A. est venu et les arrêté pour troubler l'ordre public.

Et la police a été jusqu'à confisquer les objets religieux et alors finalement les gens se sont unis pour défendre leurs droits à la liberté de religion, chose que les Sioux avaient toujours possédé.

En 1922 dans le comté Charles Mix au Dakota du Sud cette plante médicinale fut acceptée comme une religion et bien que beaucoup s'en était éloignés à cause des persécutions et nombreuses arrestations, les plus forts ont acheté une maison d'un étage dont ils ont démoli tous les murs intérieurs, et un lopin de terre et en ont fait notre église. A quelques pas de là se trouve notre cimetière. C'est à 8 miles de Greenwood au Dakota du Sud. C'est là que vivent nos esprits.

 

Chants et textes

 

Parmi ceux qui chantent avec PRIMEAUX on trouve Joe Abdo Sr., Quentin Bruguier, Lorenzo Dion, Duane Shields, Joseph Shields, Asa Primeaux Jr., Philomene Dion, Clarence Rock Boy et beaucoup d'autres. Ils chantent quelques uns des plus beaux textes sacrés de la tradition littéraire amérindienne, unissant leurs voix dans une harmonie chorale probablement unique à la tradition Ihanktown.

Ces chanteurs sont gardiens des traditions sacrées historiques et culturelles des Sioux Yanktons ainsi que compositeurs d'oeuvres contemporaines profondément émouvantes. Comme les chanteurs hébreux ils transmettent les traditions de génération en génération, de père en fils, consolidant les liens sanguins et la lignée ancestrale Les femmes chantent comme les hommes, ce sont les femmes, soeurs et filles des anciens de l'église

Cette plante médicinale a apporté un son au peuple, explique Primeaux. Et beaucoup de nos chants se concentrent sur ce son, essayant d'en comprendre la signification. De ce fait beaucoup de chants commencent par "HEY NA", mot intraduisible mais utilisé par le chanteur pour exprimer le sacré "qui est au-dessus de lui et de tout autre"

Les légendes et ce que Primeaux appelle "les témoignages" ont accompagné l'émergence des développements religieux chez les Ihanktowans. Voici une de ces légendes telle que la raconte Primeaux:

"La musique des Peyotistes Yanktons provient des sons émis par une herbe spéciale qui pousse dans la prairie. Cette herbe pousse au bord des falaises et au mois d'août, quand les collines sont sèches et chaudes, l'herbe fait un bruit particulier quand on marche dessus. Quand les Dakotahs se déplacent, et surtout a l'époque ou les transports n'étaient pas développés comme maintenant, ils prenaient cette médecine avant de partir et tout en marchant ils réfléchissaient sur le sens du pouvoir dans l'univers. Ils reconnaissaient les voix de l'herbe et on connaît beaucoup de versions sur ce qu'elles disaient et comment elles le disaient. En Août l'herbe est sèche et une petite touffe pousse dessus avec une corne épaisse dans laquelle se trouve une graine séchée. Parfois le vent soufflait, faisant un bruit,...ils l'entendaient...s'arrêtaient, et alors le son venait de l'herbe. Parfois aussi un oiseau vocalisait. Et les chants Dakotapi viennent de tout cela

 

Un bref résumé

 

Depuis la fin du 19ème siècle, quand l'anthropologiste américain James Mooney décrivit les cérémonies peyotistes des indiens du sud-ouest, quatre points

essentiels ont dominé l'étude de la religion peyotiste et des amérindiens.

Les études initiales suivant cette ligne de pensée ont associé cette religion à un "culte" et en ont étudié les traits généralement apparentés aux cultes tel que la notion de secret, l'accès à l'extase comme moyen de connaître le divin et les contraintes géographiques, ces dernières étant considérées comme un des facteurs dominants. Ensuite les chercheurs s'intéressèrent à la nature dilatoire de cette médecine et à ses effets sur ses utilisateurs. Troisièmement, un groupe important d'études se consacra essentiellement à l'expansion du Peyotisme, identifiant quelles tribus l'avaient utilisée en premier, quels groupes culturels l'avaient partagée avec d'autres, et comment elle fut introduite dans les régions d'Amérique où la plante ne pousse pas naturellement. L'influence du Christianisme et l'oppression politique sont invariablement étudiées comme raisons possibles de l'expansion du peyotisme. Et quatrièmement, le rapport entre la liberté de religion concept inhérent à l'idéologie américaine et l'attitude prise vis à vis de l'utilisation du peyotl dans la religion et les cérémonies des Amérindiens.

Comme tout sujet d'étude concernant la vie et l'histoire des Amérindiens, ces idées et thèmes sur le peyotl ne préoccupent peut-être que les Blancs et n’ont jamais été d’aucun intérêt, pour les peyotistes eux-mêmes. -Cela illumine néanmoins la nature troublée des relations entre blancs et indiens et en dit plus sur les conflits profonds de nature politique et culturelle de ces rapports que sur la religion elle-même. Cette monographie d'un peyotiste ihanktowan et la traduction de plusieurs chants qu'il interprète nécessite une explication succincte des points énoncés plus haut.

 

Problèmes de définition

 

Peut-être l'aspect le plus troublant des toutes les études faites sur le sujet est l'explication continuelle de cette religion comme culte et le fait que la discussion intellectuelle persiste dans ce contexte. Le fait que les intellectuels du début du siècle aient insisté sur les traits les plus frappants du cultisme, comme l'intérêt dans l'hypnose ou la fantaisie pour faire face à la nature spirituelle de chacun, la notion de secret, la rigidité des contraintes géographiques, le caractère charismatique du chef, l'intolérance et la rigidité de la doctrine aussi bien que la nature et l'effet de la plante médicinale (Lophophora williamsii "peyotl" du peyotl aztèque, ou le Sophora secundiflora, "Mescal") a peut-être instauré un climat qui a favorisé la description de cette religion en termes péjoratifs.

Alfred L. Kroeber qui au début du siècle étudia les Arapahoes fut l'initiateur du vocabulaire, toujours en usage d'ailleurs, utilisé pour décrire la nature pan indienne du développement de cette pensée religieuse. Le travail de Weston LaBarre qui est considéré comme la meilleure étude du peyotisme depuis les années 30, ne cesse d'utiliser le mot culte pour expliquer la nature du peyotisme. La nature péjorative d'une telle terminologie s'infiltre dans toutes les études du mouvement religieux, cela explique aussi l'attention démesurée payée à la "propagation" de la connaissance peyotiste ou l'intérêt manifeste des chercheurs dans la façon dont elle est transmise. On serait amené à penser que le peyotisme s'est "propagé" comme la peste ou la grippe, tandis que d'autres religions "apparaissent" ou "sont établies" ou "se développent".

De nombreux facteurs ont contribué à accentuer l'aspect "culte" du peyotisme mais les deux plus frappants furent: (1) l'influence du christianisme, à la fois sur les chercheurs et le grand public (indien et non-indien), et (2) ce qui est considéré comme les effets pernicieux de l'utilisation de la plante médicinale, le peyotl.

Dans le premier cas l'argument entre les valeurs chrétiennes concernant la fonction de révélation comme un moyen d'acquérir le savoir n'a jamais été réglé. Ce sujet d'inquiétude pour les chrétiens a été alors établi comme tel pour la pensée religieuse indigène et a provoqué des questions regrettables et non-pertinentes concernant le rôle de la médecine, de même que le rôle des soi-disant prêtres, chamans et visionnaires. Comment est-il possible de comparer le peyotisme à l'occulte ? La pensée chrétienne sur la nature apocalyptique de l'univers et de la vie humaine fait-elle aussi partie de l'élan peyotl ? Comment pouvons-nous en venir à des définitions précises en utilisant cette méthode de comparaison ?

Aka Hultkrantz dont l'ouvrage de 1967, les Religions des Amérindiens, réédité en 1979 par l'University of California Press, révèle l'ambiguïté de l'utilisation du mot culte dans son chapitre sur "l'organisation des cultes" de cette façon: "La société secrète dans sa forme la plus poussée est une assemblée de guérisseurs rituellement initiés qui célèbrent les rites annuels dans un cadre ésotérique et sélectif. Dans sa forme secondaire la société secrète est une association d'individus qui obtiennent certains privilèges dans cette vie ou dans l'autre grâce à des rites d'initiation et à qui l'on confie des fonctions médicinales et "cultuelles". Dans les deux cas les guérisseurs contrôlent le développement et leurs idées et objectifs sont fondamentales aux aspirations de la société."(p 121). la plupart de ce genre de spéculations concernant la fonction du chef religieux en tant que membre de la société secrète est probablement sans intérêt pour les peyotistes car une telle dualité est considérée comme un don.

Les caractéristiques du cultisme qui ont été soulignés dans l'étude du peyotisme ont surgi dans un contexte chrétien. Il semble bon de dire que l'intérêt suscité par les rôles antagonistes des chefs religieux ,la concentration sur le côté secret et autres traits de ce genre du peyotisme ont crée l'idée que le peyotisme est une aberration de la pensée religieuse amérindienne traditionnelle. Même les indiens finissent par le croire

Il semble raisonnable de noter que toutes les religions utilisent une forme quelconque d'hypnose et de fantaisie pour atteindre le divin mais elles n'en sont pas pour cela des "cultes". Serait-ce l'utilisation seule du peyotl qui donnerait à cette religion son côté culte ?

Il n'est pas faux de dire que toutes les religions ont un côté secret en ce sens que certaines informations sont réservées aux initiés, mais ce ne sont pas pour cela des cultes. Serait-ce alors une question de degré?

 En général les intellectuels sont de l'avis que les cultes sont confinés géographiquement comme c'est le cas pour le peyotisme amérindien, mais l'histoire prouve que toutes les religions sont définies localement et qu'il n'y a que le christianisme qui se soit délocalisé par le prosélytisme

Les autres caractères de culte tel que le chef charismatique, le fanatisme, l'intolérance et la rigidité de la doctrine sont des traits que l'on retrouve dans toutes les religions à des degrés différents.

C'est la connotation péjorative de la définition qui est la plus décevante dans l'étude du peyotisme bien que certains chercheurs se soient efforcés de venir à la défense à la fois légale et théorique des pratiquants ces dernières décennies, admettant ainsi que les attaques judiciaires et législatives étaient discriminatoires.

 

Un vent d'hostilité et quelques questions sans réponse

 

En lisant les études empiriques faites sur le Peyotisme on perçoit une attitude collective très hostile envers cette religion indigène ,de la part d'indiens et de non-indiens, et en même temps de grands efforts ont aussi été  faits pour essayer de la comprendre. Les groupes qui se sont efforcés de supprimer le Peyotisme à ses débuts, comme le gouvernement américain, les politiciens et les réformateurs, les missionnaires chrétiens, les agents indiens, les écoles et des groupes tels que le Lake Mohonk Conference of Friends of the Indians, et des indiens eux-mêmes comme Gertrude Bonnin, une Sioux Yankton qui fut secrétaire de l'organisation intégrée la Society of American Indians, l'ont fait de façon organisée et soutenue.

D'énormes controverses ont éclaté concernant le caractère péjoratif de la religion et cette attitude a imprégné pratiquement tout ce que nous savons aujourd'hui sur cette religion qui est devenue une partie très importante de la pensée religieuse amérindienne.

Le Peyotisme est pratiqué dans tous les Etats-Unis, au Canada et en Amérique du Sud par des dizaines de milliers de personnes.

Il ne revendique aucune des basses qualités du cultisme et possède toutes les caractéristiques d'une religion très profondément indigène, basée sur des systèmes de croyances historiques et mythologiques aussi anciens que toutes les principales religions du monde. Il réprouve les évaluations courantes de certains écrivains et investigateurs du début du siècle que le peyotl est une drogue dangereuse à effet d'accoutumance et nocif au pratiquant de cette religion.

Les attaques faites sur les pratiquants du Peyotisme continuent toujours malgré l'Acte des Droits Civils Indiens (Indian Civil Rights Act) voté par le congrès américain en 1968, un décret qui apparaît aux yeux de certains cyniques comme une limitation sur les gouvernements tribaux. La loi sur la liberté de religion pour les Amérindiens de 1978 (the American Indian Religious Freedom Act(Public Law 95-341))ne fait qu'alimenter ces controverses.

Comme l'ont dit Vine Deloria Jr et Clifford Lyttle dans leur livre, Indiens d'Amérique, Justice d'Amérique (American Indians, American Justice)(University of Texas Press, 1983):"Si les Indiens pensaient que le passage de la résolution sur la liberté de religion des amérindiens éclaircirait leurs droits de liberté de religion et les aideraient à interpréter devant les tribunaux les bases de leurs croyances et rites ils se sont trompés. La résolution a fait de la pratique des religions indiennes la cible de plus de harcèlements et n'a pas réussi à leur fournir un bouclier contre les intrusions."(p.239).Leur enquête montre clairement des exemples de persécutions religieuses. Il est sûr que ces affirmations et les enquêtes qui les accompagnent engendrent des questions sur ce que les Peyotistes peuvent espérer dans le futur de la part du gouvernement américain et de leurs propres gouvernements tribaux en matière de protection.

Le harcèlement des groupes chrétiens pourrait être cependant un souci plus concret. Un pamphlet religieux qui fut distribué par l'American Indian Crusade Tracts, Box 21210, Oklahoma City, OK.73156, sur plusieurs réserves entre 1987 et 1988 utilisa la parole d'Isaac "l'herbe se dessèche, la fleur se fane": La parole de Dieu est éternelle", imprimée sur fond de dessin du tambour, de la fanne et de la hampe du peyotl. Puis en caractères gras "le peyotl n'est pas éternel", "La volonté de Dieu n’est pas que les Indiens le vénérant à travers le peyotl” "Croire au peyotl ce n'est pas croire en Dieu", "la Bible ne nous parle pas du peyotl" et "Quel chemin allez-vous suivre, celui du peyotl ou celui de Dieu ? Jésus-Christ ? Il faut choisir." N'était-ce pas Red Jacket des Senecas qui avait peur que l'homme blanc enseignât à l'homme rouge les querelles de religion ?

Il est ironique bien sûr, que les peyotistes aient prouvé être ni rigides, ni fanatiques dans leur doctrine comme on les en a parfois accusés et, en fait se montrent très ouverts au changement et toujours prêts à recevoir de nouvelles idées. Les Peyotistes Sioux ne se sont jamais attaqués aux Peyotistes Kiowa à cause des différences, changements et emprunts qu'ils ont apporté à leurs pratiques de la religion, et pourtant les religions au travers de l'histoire de l'humanité ont provoqué ce genre de réactions. Les principales religions du monde sont généralement anti-chismiques, c'est à dire qu'elles ne tolèrent pas que des groupes se détachent et se développent indépendamment, cependant cela semble être une caractéristique essentielle du Peyotisme. Il n'exige même pas (comme les chrétiens le font) que le participant renonce à toute autre croyance.

De même pour l'utilisation de la médecine, le participant en consomme autant qu'il le désire et c'est un fait que beaucoup de membres de la Native American Church ne l'utilise pas du tout. On entend souvent dire que les membres de cette congrégation sont différents des catholiques en ce qu'ils n'obligent personne à consommer la médecine afin d'être membre à part entière. Mais il est impératif que le chef religieux connaisse la médecine et l'utilise. Les femmes enceintes n'en consomment pas sauf en cas de maladie, les enfants non plus. Souvent la consommation se réduit ou stoppe avec l'âge. Tout ceci est généralement un choix individuel non dicté par l'église.

L'acceptation du dogme chrétien, de ses idées et symboles par les Peyotistes et leur refus de lutter contre d'autres croyances suggèrent que l'hostilité mentionné dans la discussion du Peyotisme est unilatérale. Cependant selon beaucoup de peyotistes, les agressions du christianisme et l'importance qu'il pourrait  prendre et éventuellement éclipser les éléments originels de la religion doivent être abordés par les chefs religieux comme des éléments troublants et contentieux. C'est un fait que certains chefs religieux peyotistes sont dévoués à Jésus-Christ et aux éléments chrétiens de l'église. "Nous avons rangé la pipe et l'avons remplacé par la Bible" a dit le peyotiste Oglala Emerson Spider (p191, Sioux Indian Religion, edit. Raymond J DeMallie et Douglas R.Parks, 1987, University of Oklahoma Press). Citons aussi "Avec le temps, nous avons remplacé la pipe par la Bible"(p.197)"Je suis un chrétien du renouveau" dit-il (p.208)

Omer C. Stewart, l'anthropologue de l'université du Colorado qui connaît le peyotisme aussi bien que tout autre intellectuel non-indien, nous éclaire sur beaucoup de points concernant le Peyotisme dans son très bon livre "la religion peyotl" (1987, University of Oklahoma). En prévoyant de futurs malentendus des observateurs du peyotisme il mentionne les histoires et travaux de ses collègues qui disent que les peyotistes "s'assemblent quand ils veulent et où ils veulent" avec très peu de commentaires sur la signification de ces remarques par rapport à la nature médicinale de l'usage du peyotl. Il consacre aussi beaucoup de temps sur "l'expansion" de la religion.

Les peyotistes eux-mêmes quand ils parlent de leurs propres églises (la plupart d’entre elles furent déclarées au début du siècle) vont fouiller dans des histoires se référant à l’enregistrement de leurs lieux de culte, leur reconnaissance par les organismes officiels de leurs états respectifs et d’autres détails minutieux concernant cette reconnaissance légale.

Cette documentation est la conséquence directe de l’hostilité pénétrante des profanes. La plupart des pratiquants peuvent parler de procès, de harcèlements juridiques, de coups montés par le F.B.I et des pratiques clandestines auxquelles ils ont recours afin de pouvoir exprimer leurs croyances religieuses et influencer leurs propres communautés. Toute cette masse d’informations est sans cesse mise en avant pour éclipser certaines questions irritantes digne d’être étudiées, questions plutôt  philosophiques que pratiques: s’il est vrai que les indiens ont habité ce continent depuis des milliers d’années,  pourquoi continuons-nous à croire que les Sioux du Dakota du Sud ou les  Otos d’Oklahoma  ou les  Winnebagos du Nebraska n’ont connu cette plante médicinale, le peyotl,(et tout autre plante de ce genre)  qu’au siècle dernier ? Pourquoi continuons-nous à penser que les tribus des plaines du Nord et du Sud, par exemple, l’ont  ignoré jusqu’au 19 ème siècle, époque à laquelle Mooney a noté son utilisation initiale par les Kiowas d’Oklahoma ? Pourquoi continuons-nous à penser qu’il soit important que ce soient les Winnebagos qui l’aient découverte en premier, puis les Otos, puis les Sioux et éventuellement les Indiens du Nord-Ouest dans l’état de Washington et en Oregon, ou toute chronologie soigneusement conservée dans pratiquement tout historique sur le sujet ? Pourquoi cette information est-elle importante aux yeux des universitaires ? L’est-elle pour les Indiens ? Peut-être est-il l’heure pour une nouvelle approche intellectuelle de cette religion indigène, car beaucoup de ces idées n'ont aucun sens si nous sommes convaincus que ces tribus aborigènes sont anciennes et indigènes et relativement familières avec le continent qu’elles habitent depuis des milliers d’années. L’homme blanc aurait-il été le seul à traverser rivières et montagnes, à explorer les terres des deux Amériques ? Aurait-il été le seul à “découvrir”  les Yaquis et à en informer les Comanches ? Que penser de ces notions d’isolation des tribus et de leur ignorance les unes des autres ? Cette notion a-t-elle eu une influence négative sur l’étude du Peyotisme ?

Bien qu’une attention particulière ait été payée aux dates de “l’expansion” du peyotisme dans une région précise, on entend rarement parler de la possibilité qu’il y ait eu une grande connaissance tribale de cette plante médicinale et d’autres du même genre préalable à ce qu’observèrent les anthropologues et ethnologues du 19ème siècle. Si vraiment cette possibilité existe, les idées religieuses inhérentes au peyotisme sont primordiales et indigènes dans tous les sens du  mot, donc la religion dans plusieurs régions ne fut pas forcément une réponse au christianisme ou à l’oppression religieuse ou à la venue de l’homme blanc. Ces idées religieuses auraient donc pu se développer même si les européens n’avaient jamais mis pied sur ce continent en apportant leurs doctrines chrétiennes. Nous pouvons alors élargir nos perspectives concernant l’analyse raisonnée sur la grande influence que le  Peyotisme a eu sur les indigènes au travers du continent.

 Les réponses à ces méditations sont en général alourdies par le manque de preuves enregistrées sur lesquelles on puisse s’appuyer pour faire de telles affirmations. Donc les notions originelles de l’histoire écrite que les tribus du continent n’avaient pas beaucoup de rapport entre elles avant l’arrivée des blancs, que les Sioux ne connaissaient pas les Hopis, que les tribus des plaines du Nord n’avaient pas “découvert” les Kiowas et les Zunis, que les montagnes et les déserts n’avaient pas été traversés, que le Quiche d’Amérique du Sud ne connaissait pas le Kwakiutl, prédominent dans le milieu intellectuel et la pensée moderne.

Ces notions sont absurdes et déraisonnables si nous croyons que les peuples indigènes de ce continent ont un minimum de curiosité en ce qui concerne leurs vies et leur géographie. Quels lourdauds ont ils du être s’ils ont attendu les européens pour les découvrir et leur expliquer la religion et les coutumes de leurs voisins !

L’étude des littératures locales et des traditions orales des tribus et les langues parlées par les peuples du continent américain suggèrent très clairement l’apparence trompeuse de l’argument que les tribus se connaissaient très peu avant l’invasion européenne. Dans l’étude de la littérature indigène, les connections philosophiques, mythologiques et linguistiques sont signifiantes et pénétrantes.

Les notions primordiales sur l’univers sont partagées par tous les peuples indigènes du continent et de là émerge une variété de théories pour expliquer ces connections de façon plus approfondie, et affirmer que les tribus avaient peu ou pas de contact entre elles sur des sujets importants est insoutenable.

Par exemple, le Popol Wuh, le texte des Mayas, décrit en détail le concept de l’univers en quart, concept commun à tous les indigènes d’Amérique et certainement un concept important pour les Peyotistes. En fait dans certains groupes ce concept est plus important à leurs yeux que le fait qu’ils honorent ou non Jésus-Christ

Cependant on se doit de dire que l’insistance de poser le christianisme en précurseur du peyotisme dans les plaines du Nord n’est peut-être pas justifiée. Donc la formation qui nous a été donnée par les anthropologues du 19ème siècle des nations colonisantes va peut-être s’avérer moins utile que prévu pour nous aider à comprendre le choix du peyotisme par les Amérindiens.

Afin de remettre nos pensées en ordre il serait peut-être important de reconnaître que les peuples indigènes du continent se connaissaient et étaient intimement liés au continent bien avant l’arrivée des européens. En admettant cela, l’on peut trouver d’autres raisons pour expliquer l’adoption du  peyotisme par les amérindiens

L’explication péjorative du peyotisme s’explique en partie par le fait que presque toutes les études sur le sujet considèrent que le mouvement religieux du Nord est né en réaction à l'oppression politique, sociale et religieuse. Les chercheurs insistent sur l’idée que les religions anciennes furent supprimées et interdites à la fin du 19ème siècle et que par conséquent l’expérience visionnaire si importante aux peuples indigènes était de moins en moins courante dans la pratique habituelle à cause de l’altération du style de vie et des déplacements géographiques, ce qui a obligé ces peuples opprimés à adhérer au peyotisme. C’est en fait de cette façon que l’on explique l’adhésion des Sioux au peyotisme. Le succès du peyotisme est souvent attribué aux persécutions génocidaires et pandémiques plutôt qu’à la vitalité mythologique et philosophique de la perspective spirituelle vis à vis de l’univers ,inhérente à cette religion. Dire que le peyotisme s’est épanoui à cause de la persécution c’est dire qu’il y a quelque chose de négatif, de non-traditionnel, ce qui résulte en un refus d’accepter la possibilité d’une continuité dans le développement de la pensée religieuse. Et le plus grave et de ne pas admettre son importance comme une quête indigène continuelle concernant les mystères de la vie, de la mort, de l’amour, de l’impuissance, des origines et de la signification, questions qui ont toujours été d’importantes préoccupations philosophiques pour les indigènes du continent depuis plus longtemps que l’on pense.

La religion, au sens le plus large, est une réponse psycho-spirituelle au mystère pas à l'oppression politique. Elle existe surtout parce que l’homme craint et respecte

ces mystères, de même que l’amour de la création de la vie, l'amour du soleil et de la terre, son engagement et sa responsabilité envers les autres. Pour les Sioux, leurs origines en tant que peuple est un phénomène sacré relié étroitement aux mystères de l’univers et cette initiation qui explique leur religion, qu’ils soient traditionnels ou non. Tout ce qui est connecté aux manifestations politiques nées de l’invasion du continent par l’homme blanc est bien sur important, cependant les considérations sur toute pensée religieuse et coutumes doivent être liée aux origines. Seule une infime partie de la religion peyotl des Sioux est liée à l’oppression de l’homme blanc. Quand ils chantent “Wakan tanka unship wa whn yedo, wah, mai, ya, kai yo, we, ”(Grand Esprit, je suis lamentable. Prends pitié de moi. Je viens à toi),  ils ne parlent pas de l’homme blanc et de la pauvreté économique et politique dont ils souffrent. En fait en tant qu’êtres humains dans le processus de la création ils cherchent à ressentir le divin et le désespoir exprimé dans les paroles et sons de ce chant demande à ce que ce besoin humain primordial soit exhaussé. Réduire ce besoin humain, cette impulsion des peyotistes et l’expliquer en tant que culte chrétien, ou même culte tout court né en réaction à l’oppression est  diminutif et néfaste.

Les intellectuels qui ont étudié ces pratiques religieuses ont souvent été catastrophés par les conditions de pauvreté qu’ils ont rencontrés en visitant les réserves et communautés indiennes. Même Joseph Epes Brown qui a rendu accessibles les religions amérindiennes au monde académique avec des ouvrages tel que “The Spiritual Legacy of the American Indian”(1982, the Crossroad Publishing Company), dit; "Nous réalisons que nous sommes les témoins actifs d’une grande tragédie, dont le dernier acte n’a pas encore été joué”. Cette attitude affligeante, présente dans presque tout écrit sur le peyotisme est absente des cérémonies peyotistes, qui sont pleines de joie intense, de bonheur et d’amour, mais contribue à renforcer l’idée fausse que cette tragédie(identifiée, on suppose, aux persécutions historiques des tribus) explique la continuité de la pensée religieuse chez les Sioux.

Parmi les nombreux chants d’une cérémonie peyotistes Ihanktowan on peut citer les chants aux Mahpiyato, Anpao et Anpao Wichakpi, Wakan Tanka, les chants aux grand-parents, les chants d’anniversaire et les chants de louanges et de remerciements ainsi que des chants , comme par hasard à Jésus, La reconnaissance des parentèles dans l’univers, les expressions d’amour de respect et de crainte envers les mystères du monde présent et prochain, et surtout le renouement des valeurs du  tiospaye prennent de l’ampleur au fur  et à mesure que la vigile nocturne progresse.

Il semble important de se concentrer sur les aspects de “parenté” de la religion afin de vraiment comprendre la dévotion profonde des indiens envers le peyotisme.

La grande anthropologue sioux Ella Cara Deloria écrivit en 1944 dans son ouvrage “Speaking of Indians” publié à l’époque par The Friendship Press of New York: “Quelle que soit les disciplines respectives, les indiens de ce continent ont développé un éthos presque universel qui les unifie culturellement malgré les variations tribales”. Bien que Deloria, comme d’ailleurs beaucoup de Dakotapis, ne fut ni un participant, ni un défenseur de la religion peyotl, elle écrivit abondamment sur la société Dakotah, et malgré le fait que beaucoup s’accordent à croire que son oeuvre a surtout un point de vue social plutôt que religieux, elle clarifie la nature compulsive du tiospaye comme étant le mécanisme essentiel de survie des Sioux.

Apparemment beaucoup de peyotistes, et surtout les Ihanktowans ne limitent pas l’éthos du tiospaye à la définition sociologique du mot. En fait, ils semblent s’appuyer sur le tiospaye en tant que concept religieux et leurs prières, chants et témoignages, en général non enregistrés, fonctionnent pour renouer les liens de leur monde religieux à leurs réalités ancestrales maintes et maintes fois.

“On doit obéir aux règles de la parenté” a écrit Deloria “on doit être un bon parent. Aucun Dakota ne contestera cela. En dernière analyse, tout autre considération devient secondaire...la propriété, les ambitions personnelles, la gloire, les bons moments, la vie elle-même. Sans ce but et la lutte constante pour l’atteindre, les hommes ne seraient plus de vrai Dakotas. Ils ne seraient plus humains. Etre un bon Dakota voulait dire être civilisé, humanisé. Et être civilisé voulait dire respecter les règles imposées par la parenté pour achever la civilité, les bonnes manières et un sens de responsabilité pour vivre en communauté avec succès, c’est à dire avec un minimum de friction pour un maximum de bienveillance.” Quiconque a chanté avec les Yanktons et partagé leur médecine rejettera cette explication du concept tiospaye comme un simple contrat social. La parenté et les relations du sang sont renouvelées, remémorées et inlassablement retracées à chaque occasion de façon religieuse.

 

Biographie

 

Samuel Necklace, le grand-père d’Asa Primeaux Senior,(avec des notables tels que Johnson Goodhouse, Charles Jones et Charles Iron Hawk) devint une importante figure religieuse de la tribu sioux Yankton dés la fin du siècle dernier. Il a souvent été dit qu’il fut l’un des fondateurs de la Native American Church ihanktowan au Dakota du sud dans les années 20 et qu’il eut une grande influence.

Necklace, ainsi que beaucoup d’hommes de sa tribu de cette époque, était diplômé de l’Institut Carlisle de Pennsylvanie où il étudia la constitution américaine et les amendements de 1791, ainsi que le sujet de la liberté de religion, cependant il fut arrêté maintes fois dans les années 20 et 30 par la police fédérale de la réserve yankton parce qu’il pratiquait sa religion.

“Mon grand-père m’a dit que le christianisme s’est infiltré dans le peyotisme parce que certains de nos ancêtres n’étaient pas éduqués et avaient peur de la police, et pour qu’on les laisse tranquille ils ont du adopter les coutumes chrétiennes.” a dit Asa Primeaux Sr, un des chefs actuels du peyotisme yankton. Il pense que ce ne fut pas le cas de son grand-père qui sut résister aux influences chrétiennes.

“même l’autel de la Croix de Feu (Cross Fire)” dit-il, “ce n’était pas le Nord, Sud, Est et Ouest comme dans nos traditions sioux. C’était le signe de la croix pour que la police du BIA nous laisse tranquille. L’histoire orale de notre église raconte que c’est à cause de Charles Iron Hawk que les coutumes chrétiennes furent introduites dans le peyotisme.”

A l’époque où les harcèlements religieux étaient effrénés et que des lois contre le peyotisme étaient instaurées, Necklace était marié à Mary Chin dont le père était Ee-coo-sha (Red Chin, Menton Rouge) et ils étaient membres du Tiospaye de Choteau Creek, à Wagner, au Dakota du Sud, que l’on appelait Ee-hoo-gha- Paha. Le tiospaye était le peyotisme de mon grand-père” raconte  Primeaux “et nous en faisons tous partie. On insistait à l’époque pour que les Yanktons, les Santees et les Hunkpatis restent ensemble” remarque-t-il “parce que les gens étaient mis dans des réserves un peu partout et on perdait contact les uns avec les autres.”

“Nous connaissons nos liens de parenté” dit-il “et beaucoup d’entre nous connaissent encore l’emplacement des anciens tiospayes”

Ma mère était une des filles de Samuel Necklace et Mary Chin. Elle s’appelait Jennie et elle épousa Harry Primeaux de Milk’scamp dont la mère était une sioux rosebud et le père Mitchell Primeaux, un Ponca qui dépendait des peyotistes d’Oklahoma.”

“Cette religion est une affaire de famille” dit-il “et est très ancienne. Je peux faire remonter la participation de ma famille à six ou sept générations, en incluant mon petit-fils.”

“Vers 1880 quand nous sommes allés à Ghost Dance” dit Assa “pendant le Wovoka, on a dit à nos ancêtres qu’un autre événement sacré nous arriverait, que ce ne serait pas quelque chose de nouveau mais quelque chose de continuel. Mon grand-père nous disait que ce serait à la fois traditionnel et chrétien mais que ce serait différent, que ça deviendrait notre style de vie, que les aveugles verraient et les infirmes marcheraient.”

 “En tant que Road Man maintenant” ajoute-t-il “je sais que beaucoup de ce que mon grand-père avait prévu pour le futur peut arriver. Les Sioux savent comment les choses doivent être et comment Dieu a désiré qu’elles soient. Mais il y a beaucoup de problèmes.”

“Il y a un embouteillage culturel” dit-il “il y a des gens, des non-sioux dont le but est de nous exterminer. Ils veulent encore faire cela, après toutes ces années, c’est leur but.”

Une des façons de le faire, affirme-t-il est de continuer à utiliser la terre de façon non-sacrée. “Tout extraire de la terre, le gaz et le pétrole” dit-il c’est rendre le monde creux, déséquilibré. Un de ces jours les gaz vont s’enflammer et la planète explosera”

 “Les nourritures naturelles que nous utilisons dans la religion peyotl et dans la religion sioux , le Wasna, le mais en poudre et la  nourriture faite avec l’aronia, tout cela symbolise les voies naturelle de la terre et les indiens. Nous, les Yanktons savons que nos légendes nous disent que nous ne seront entendus que dans le Cercle Sacré. Tout se passe dans le Cercle Sacré dans la religion sioux, peu importe où vous allez. Le peyotl, la pipe, C’est la même chose.” Le débat au sujet du soi-disant antagonisme entre l’utilisation du peyotl et l’utilisation de la pipe ne l’intéresse que parce ce que certains le considère comme élément de discorde. “Nous sommes tous de la même  famille” dit-il “moi aussi j’ai une pipe.”

“Je n’ai jamais dit, comme certains, que les Sioux ont rangé la pipe” dit-il “je n’y croirai jamais.”

Ce qui est plus troublant pour ce représentant de la religion yankton est l’agressivité émergeant des éléments chrétiens dans la religion peyotl. Il prétend que cette agressivité n’est pas nouvelle mais ne cesse d’augmenter. Pour lui cela remonte à la rupture entre son grand-père Samuel Necklace et Charles Iron Hawk. “Il était évident, même à  l’époque” dit-il “que le christianisme était une religion agressive qui éventuellement deviendrait un problème.”

“Fais comme l’homme blanc, c’était la méthode d’Iron Hawk. Essayez de faire ce que font les autres religions , ça c’est la méthode  d’Emerson Spider” dit Primeaux en secouant la tête. “Non, pas moi, il n’y a ni chose sacrée, ni Jésus , entre nous ici et Dieu là haut.’

La question a éclaté pour Primeaux lors d’une réunion peyotl, la veille de Noël 1987 à Porcupine, au Dakota du Sud. Primeaux avait été invité par le frère d'Emersion Spider, un Oglala, chef de la Native American Church de Jésus-Christ au Dakota du Sud, un homme profondément respecté par Primeaux, quelqu’un qu’il appelle “oncle”.

Il a eu une attaque pendant la réunion qu’il conduisait. Il se rappelle clairement de l’incident mais fut incapable de parler et de marcher pendant un certain temps. Ses fils et sa femme conduisirent toute la nuit pour le ramener chez lui. On leur avait conseillé d’aller voir un docteur occidental mais ils ne l’ont pas fait .A la place ils ont tenu des sweats lodges et des cérémonies peyotls pendant deux semaines. Il a retrouvé la parole et l’utilisation presque totale de son côté droit et maintenant mentionne cet incident comme un wanagi kte.

“Cette nuit-là” dit-il “je savais que j’allais être frappé mais je ne savais pas où et quand cela arriverait.”  Voilà ce qu’il a raconté dans un interview à Rainbow Paradise en Février 89:

INTERVIEWER : On vous avait invité à Porcupine ?

ASA: Oui, Emerson Spider a un frère. Et c’est lui qui avait organisé la cérémonie. Et ils m’ont invité à tenir la cérémonie. Ils m’ont invité à venir.

INTERVIEWER : Et ensuite.

ASA: Et bien il a aussi un beau-frère. Un mormon. Et c’est lui qui a construit le bâtiment

INTERVIEWER : il a construit le bâtiment. Vous voulez dire le bâtiment où a eu lieu la cérémonie?

 

ASA: Oui. Et c’est moi qui ai découvert que quelque chose n’allait pas dans ce bâtiment.

INTERVIEWER : Et c’est là que c’est arrivé ?

ASA: Et comment se fait-il que les gens s’intéressent maintenant à ce que je dis et ce que je fais. Pourquoi ? C’est la jalousie vous savez. Et cette religion moi je l’appelle un style de vie. Le wicon vous savez. Le style de vie. C’est ce que j’ai choisi. De moi-même, d’après mon éducation. J’ai été élevé en tant que chrétien et on parlait de Jésus et quelqu’un m’a vu et ils sont venus. Mais, mon esprit. Mes moyens J’étais différent. Et je récitais le Tunkashina. Le wakan tanka. Et en utilisant le Chanu(n)pa et en jeûnant j’ai découvert qu’il n’y avait personne, rien de sacré entre nous et Dieu, wakan takan. Personne. Personne n’est supérieur à Dieu. Embrassez wakan tanka.

Mais voyez-vous pendant mon enfance, mon grand-père a vécu ça aussi. J’ai grandi et j’ai fait le tour des choses. J’ai eu des enfants et des petits-enfants et j’ai découvert alors que ce sont les chrétiens qui se trompent. Il vous critiquent. Ils se moquent de vous. Ils vous accusent d’être vous-même.  Et alors j’ai commencé à réfléchir sur moi-même. Je vis de la façon que dieu a voulu que je vive. J’ai une femme. Et c’est quelqu’un de bien. Une seule famille. Une maison. Tout ce que Je fais c’est de vivre comme un indien. C’est ce que je crois. Mon esprit  quand j’ai choisi le chanu(n)pa c’est de la que ce sentiment est venu.

Je sais ce qui se passe vous savez. Tout juste comme la nuit où j’ai été atteint. par ce Wanagi. Je savais que quelque chose allait se passer.

On avait l’impression que les gens ne cessaient d’arriver. Et j’étais inquiet. Que va-t-il m’arriver ? Cet esprit, c’est ainsi qu’il agit.

C’est tombé au bon moment. Juste là , ils parlaient de Jésus-Christ. C’est le seul, disaient-ils ! Et moi je pensais et wakan tanka alors! Nos pensées s’opposaient. Et ils m’ont eu. Il m’ont touché pendant que j’étais moi-même. Voilà où nous en sommes. En pleine collision. Mais quant à moi, et ceci je l’affirmais pas plus tard qu’il y a deux semaines, ...vous ne me ferez jamais croire que Jésus-Christ est unique. Impossible. Les adorateurs de Jésus-Christ ne sont que  des assassins, des fanatiques, des voleurs. C'est vrai. C’est comme ça. Et ils dirigent le monde. Disons qu’ils essayent de le diriger. Le parlement dirige notre pays. ils ont un gouvernement. et c’est eux qu’ils écoutent. Ils ne veulent pas écouter les indiens. Donc le peuple  c’est eux. Ils ont récupéré Jésus. Ils l’exploite. Vous le voyez dans les journaux. Ils s’attaquent en justice. Ils veulent plus d’argent. Ils se font des procès. C’est ça la religion de Jésus-Christ.

Mais me voilà. Dans cet état. C’était dans l’intérêt de personne. Donc il y a autre chose. Il y a un problème C’est comme ça que je le vois. Pendant une des cérémonies quand ils ont apporté la nourriture et ce son s’est manifesté. Je me suis mis à penser à ce que pensaient les autres. Et c’est alors que c’est arrivé.

Et un oncle est venu me voir plus tard. Joe Shields. C’est un indien mais aussi un chrétien. Il m’a demandé: "qu'est-ce qui s’est passé ?

“Et bien” ai-je-dit, “c’est une question de croyance”.

Et alors je lui ai raconté. J’ai parlé de mes grands-parents. Ils étaient indiens comme moi. Et j’ai dit que je croyais en Dieu. En la spiritualité. Ce que font les Indiens. “Par exemple” je lui ai dit “imagine que nous quatre présents allons être nourris pas des gens importants. On a été invité, on y va et on va regarder ce qui se passe. Peut-être que moi je suis curieux. Et je vais penser que je vais être le premier servi. Mais, en fait, ils servent quelqu’un d’autre d’abord, peut-être toi d'ailleurs. Et alors je me mets à penser  Mais je suis l'aîné. Ou bien, je suis le chef. Pourquoi ne suis-je pas servi le premier ? Des idées de ce genre viennent de l’esprit Wanagi. Ils sont comme ça les esprits. Dès que la nourriture arrive il faut faire très attention. J’en ai déjà fait l’expérience.”

C’est ce que je disais à mon oncle. Je lui disais que l’esprit Wanagi souvent on ne le voit pas. Mais on peut le sentir. Et ils sont là. Les gens de ce genre. Si tu mets la pagaille, quelqu’un va avoir cet espèce de sentiment, la jalousie. Les esprits font ça. Et donc c’était l’un d’entre eux. L’un d’entre eux est venu. A cette église. La Native american Church de Porcupine. Dans cet endroit même. Il y avait deux Anciens, qui ne croyaient pas vraiment. En agissant ainsi on cause des problèmes. Le wasna était là. S’ils sont chrétiens pourquoi font-ils cela ? Comment se fait-il qu’ils apportent le wasna Vous voyez, des tas de choses de ce genre ont eu lieu et ces deux choses sont entrées en collision. Je suis un traditionnel et ils m’ont demandé de venir dans une église chrétienne et la pression est montée et j’ai été atteint par les esprits.

J’ai été vaincu. Mais du côté indien je ne suis pas vaincu. Et je vais continuer à sortir. Et voyez-vous, c’est ce que je disais à mon oncle, il faut faire attention quand on apporte la nourriture. En faisant cela vous pouvez faire mal à quelqu’un et c’est ce qu’ils m’ont fait. Ils m’ont fait mal. Et je ne vois pas en quoi Emerson Spider est responsable.

Ca a commencé vers minuit. C’est à ce moment là que je sors et que je prie dans les quatre directions. Avec l ‘Eagle Whistle. Je l’ai vu venir.

Le feu a bougé. S’est arrêté.

J’ai pensé’ il y a quelque chose qui ne va pas. Je ne suis pas spirituellement bienvenu.

J’ai besoin d’aide, ai-je dit.

C’est alors qu’ils ont apporté la nourriture. Et là-dedans les esprits sont réels et l’esprit lui-même, peut-être wokiya ..(abri) ..ou no ..wo ki ca hni ga to...(ce qui veut généralement dire détecter ou voir au travers ou comprendre, la tromperie, le manque d’honnêteté de quelqu’un.)...dès que la nourriture arrive. On peut  le mettre là-dedans. Ou vous pouvez le traduire par “sorcellerie”. Je chante beaucoup de chants faits pour aider les gens à vivre en harmonie. De très vieux chants. Quand nous nous sommes initiés à ces pensées religieuses c’était dans l’intention d’unir les gens. Toutes les pensées religieuses Dakota  sont comme ça.

INTERVIEWER : C’est la première fois que j’entends le wanagi expliqué de cette façon.

ASA: Toute ma famille fut touchée. Tout au cours de l’été qui vient de se terminer ma famille entière a été atteinte. Tous nos enfants. A l'époque où ils conduisaient les cérémonies pour me permettre de lutter contre cette chose, mon fils était marié à une indienne d’une tribu californienne. Elle ne connaissait pas nos coutumes mais elle s’est fâchée et elle est rentrée chez elle en avion et a quitté mon fils. Et c’est comme ça que ça a commencé. Et tous mes enfants ont commencé à être atteints par des tas de choses. Même les aînés, ils se sont battus entre eux. Et le petit là, Mitakoja, a été attaqué et tabassé par trois garçons plus grands que lui. Tout ça est arrivé et on a du le supporter. Nos enfants ont embêté ma femme et ont été désagréables avec nous deux. Et mon fils m’a humilié alors que j’étais malade.

Et ce que je dis de tout ça maintenant c’est qu’il y a une chose telle que Dieu. Et les coutumes indiennes ...sont vraies. Et si vous voulez suivre les coutumes indiennes il faut le faire du fond du coeur Si vous ne le faites pas du fond du coeur, à l’indienne, ne le faites pas du tout Parce que vous allez faire mal à quelqu’un.

INTERVIEWER : Asa, vous dites que cette chose vous a attaqué

ASA: o-Hanh!  Et on a commencé à voir des rats dans la maison. Selon les coutumes sioux , quand des choses commencent à arriver, c’est que quelqu’un vous en veut et ils vont se venger. Les rats et les chouettes envahissent la maison et les serpents sont juste dehors. Même dans le milieu de l’été

INTERVIEWER : Quand vous êtes monté à l’autel à Porcupine, vous savez, Emerson quand il monte à l’autel il utilise la Bible. Et vous ?

ASA: Non, pas moi. Tout ce que j’ai c’est le feu, le peyotl, le sifflet et la plume d’aigle. Le tabac, le cèdre, le tambour, la hampe. Les autres ils ont la Bible.

INTERVIEWER : Pensez-vous que peut-être les gens qui étaient là se sont sentis mal à l’aise parce que vous n’avez pas utilisé la Bible?

ASA: Oui, en effet.

INTERVIEWER : Mais ils connaissent vos méthodes ?

ASA: Oui,

INTERVIEWER : Pourquoi vous avaient -ils invité?

ASA: Je ne sais pas. J’ai beaucoup de respect pour tous les peyotistes. Peut-être que quelqu’un n’avait pas exprimé ses sentiments. Peut-être que certains d’entre eux ne savaient pas ce que pensaient les autres. Peut-être qu’ils l’ont fait exprès pour se débarrasser de moi. Il va falloir qu’ils s’en expliquent. un homme médecin est venu du Canada récemment et m’a dit que je n’étais pas censé être vivant aujourd’hui. Peut-être qu’ils ne veulent pas que je vive. J’étais supposé tomber raide mort sur le champ.

INTERVIEWER : Etait-il peyotiste?

ASA: Non. C’était un homme médecin sioux du Canada. Un porteur de pipe

INTERVIEWER : Et maintenant comment allez-vous?

ASA: Je me rétablie à ma façon. En ce moment ça me fait plaisir de voir d’autres chefs religieux. Et certains essayent de m’aider. Et je respecte Emerson mais je m’attache à mes croyances.

Je n’ai pas perdu l’esprit, j’ai toute ma tête et j’essaie de comprendre. Il y a des gens qui n’aiment pas ce que je dis sur le christianisme et beaucoup d’entre eux pensent que je devrais changer d’attitude. Que je dois changer d’attitude. J’ai découvert que personne ne peut m’aider car ils sont devenus chrétiens. Mais moi et ma famille nous nous en sommes sortis. On est plus fort que jamais.

INTERVIEWER : Qu’essayez-vous de dire au sujet de la chrétienté dans le peyotisme?

ASA: Ce que je pense c’est qu’il y a un...Que dites-vous quand on ne sait pas, quand on ne comprend pas, je sais... ?

INTERVIEWER : Un malentendu?

ASA: Oui. Ce que j’essaie de dire c’est qu’un malentendu est en train de se créer. Ce que je veux dire c’est qu’ils pensent que Jésus-Christ est entre nous ici, nus sur cette terre et wakan tanka. Mais sur ce sujet je suis sur de moi. Il n’y a rien entre Dieu et nous.

Le peyotl pousse sur ce continent, dans ce monde indien, en Amérique du Sud, le long du Rio Grande, peu importe où, mais il vient du monde indien. Et il y a des tas d’histoires. Ils racontent qu’à l’époque où les indiens ont été évangélisés, quand on les a forcés à se convertir au christianisme, à cette époque les gens partaient vers l’Ouest, ils s’enfuyaient. Parmi eux il y avait une femme enceinte qui à un moment s’allongea sur le sol. Elle entendit une voix dans son esprit lui dire “prends-en” et la voix ajouta “profites-en car tu as encore une chance”. “Mets le dans ta bouche.” dit-elle. Et elle le fit. Elle l’avala et elle retrouva ses forces. Elle regarda par terre ,vit quelque chose de vert et reconnut ce que c’était. Elle en cueilli, l’emporta avec elle et continua dans la direction qu’avait pris son groupe. Elle marcha, marcha. Elle s’arrêta dans un grand village de teepees. Ils utilisaient le langage des signes. C’étaient des Apaches.

Les Apaches commencèrent à l’utiliser. Ils en ont apprécié l’usage. Mais ils devaient se cacher dans leurs caves pour le consommer. Le BIA intervint, força leurs caves et c’est alors que cet autre sentiment apparut. A ce moment là. Et c’est comme ça qu’ils furent conquis. Cet esprit s’installa. Donc vous voyez il n’y avait pas que le peyotl. C’était autre chose. et alors ils se sont organisés pour le combattre.

Quel mot utilise-t-on en anglais quand on veut dire que l’on vous humilie?

INTERVIEWER : Opprimer? Oppression?

ASA: Oui, c’est ça. C’est alors qu’ils se sont sentis opprimés. L’oppression provoque cet autre sentiment, vous savez. et c’est bien réel, vous savez. Je ne dis pas que ce n’est pas quelque chose de concret. Mais je ne veux pas y succomber. La façon dont mon grand-père me l’a expliqué, le peyotisme existait déjà, c’était une coutume indienne mais les Sioux constatèrent qu’ils devaient évoluer. Ils me le disent encore. “Asa", ils me disent “il va falloir que tu changes”. Mais ils ne peuvent pas changer parce que toutes ces coutumes sont censées protéger tout le monde. Ils disent qu’il n’y a pas de fin. et alors avec mon grand-père ils se sont mis à étudier et ils croyaient vraiment et ils disaient que si un homme-médecin partait il serait vite remplacé. Mais déjà la plupart des gens étaient trop impliqués dans le nouveau style de vie. Ils ne pouvaient plus retourner en arrière. Et ils avaient des hommes-médecins. Et à cause du nouveau style beaucoup d’entre eux étaient des imposteurs. Et il y en a encore beaucoup comme ça de nos jours. et donc c’est pour ça que ceux d’entre nous qui sommes peyotistes depuis toujours savons que c’est la vraie voie. C’est de cette façon que les Yanktons découvrent et redécouvrent le vrai chemin. A chaque fois pendant mon jeune annuel je retrouve mon style de vie. Je suis autodidacte. C’est pendant un de ces jeunes que tout ceci m’est apparu. Cette attaque, comme ils l’appellent... j’en faisais l’expérience d’une autre façon et j’avais une prémonition que ça allait m’arriver mais je ne savais ni où ni quand.

Vous voyez, le changement est perpétuel. Les Yanktons en parlent. Il y a un changement perpétuel dans le monde. Par exemple, vous connaissez les ordinateurs de l’homme blanc, n'est-ce pas ?

INTERVIEWER : Oui, enfin un peu, Mais oui.

ASA: et bien ils disent que ça va diriger le monde. C’est ce qu’ils disent. Même l’esprit vous le dira. Un jour ça sera le gouverneur suprême. alors ils me demandent: “Pourquoi jeûnez-vous ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Peut-être faudrait-il arrêter et changer d’attitude “.  Un homme est venu et un halo de lucioles a escorté cet esprit malfaisant hors de vue. Et pour sur. Maintenant dès que vous naissez vous devez avoir un numéro de sécurité sociale. Les chiffres, voyez-vous sont utilisés de façon néfaste. Ils n’ont rien compris. Mais les lucioles ont entraîné l’esprit malin au loin. Et c’est pour ça que je jeune. C’est pour ça que je crois au chanu(n)pa. Je crois au peyotl. C’est ça qui est important.

INTERVIEWER : Que va-t-il se passer si tout ceci s’incruste de plus en plus dans le peyotisme. L’agressivité du christianisme dans le peyotisme?

ASA: L’autre jour les Omahas étaient là. Et le chef qui n’est pas en bonne santé est tombé malade pendant la réunion. son fils a apporté des calmants, des pilules. Voilà ce qui se passe

INTERVIEWER : ça doit vouloir dire qu’il ne croit pas vraiment à la médecine traditionnelle?

ASA: Oui, il y avait un homme qui parlait comme ça. Il disait que le peyotisme est le droit chemin. Plus vous en consommez plus vous apprendrez de choses Il guérit corps et âme. Il est tombé malade et au lieu d’utiliser le peyotl ils l’ont emmené aussitôt chez le docteur.

Nous avons mieux que ça. Le père de ma femme a eu un accident de voiture et il a guéri. Nous n’utilisons que les méthodes indiennes. Cette année juste avant Thanksgiving, une jeune fille de 17 ans est arrivée d’Eagle Butte. elle avait été violée et jetée par dessus un pont. Ils sont venus ici. La famille. On a consommé la médecine et je me suis mis dans la loge de sudation et j’ai prié et elle a commencé à bouger, elle est sortie de l’hôpital et ils l’ont amenée ici. On a tenu une cérémonie et vous savez, on avait besoin d’un chiot et on a fait la cérémonie et elle a guérit. C’est ce que je sais. L’esprit nous avait dit qu’elle irait mieux. et vous voyez vous devez défendre votre peuple et être aux côtés de Dieu. Il n’y a rien d’autre que ça.”

En 1992 Asa Primeaux Sr a reçu un doctorat honoraire en Sciences Humaines de l’université Capitol de Columbus en Ohio. Une reconnaissance qui montre le dévouement qu'il consacre à son enseignement ainsi que le respect que lui témoigne ses collègues.

 

Les chants du peyotl ihanktowan

 

Ces chants ont été enregistrés sur cassettes en au moins huit volumes par Indian House, P.O BOX 472, Taos, New Mexico 87571.

L’enregistrement original a été fait à Lake Andes au Dakota du Sud en 1976 avec les interprètes suivants: Joe Abdo Sr, Quentin Bruguier, Lorenzo Dion, Asa Primeaux Sr, Francis Primeaux, Duane Shields, Joseph Shields Sr et Philomène Dion. Depuis d’autres enregistrements ont été publié.  Dans ce bref manuscrit seulement quelques uns des chants enregistrés ont été écrits et traduits bien que les chanteurs mentionnés en connaissent des centaines, peut-être même des milliers, composés par eux-mêmes et par d’autres et qui sont partie intégrante de la pratique de leur foi. Grâce à ces enregistrements et traductions, les non-initiés peuvent être amenés à comprendre la nature du peyotisme chez les Sioux yankton mais l’on peut dire que le chant peyotiste n’est pas seulement un style de chant religieux mais une tradition profonde de croyance spirituelle ainsi qu’un style de vie. Ces chants sont le résultat d’une rencontre entre peyotistes. C’est indigène, spontanée, non-préparé et flexible. Beaucoup de peyotistes disent que ce n’est pas une tradition que l’on apprend mais que c’est dans le sang. Tous les compositeurs sont croyants et Indiens. Certains intellectuels blancs préconisent qu’ils possèdent “leurs propres chants” mais cette notion est ridiculisée par ceux qui insistent sur la primauté de cette tradition en grande partie orale. Auprès des chanteurs on trouve aussi les joueurs de tambour, les responsables du feu, les aides et assistants indispensables pendant la vigile nocturne. Exténuante.


Chant 1

 

Heciya ya yo wicono yedo

Heciya ya yo wicono yedo

Heciya ya yo wicono yedo

Cekiya ya yo wiconi yedo heyana hededo we

 

Anpa'o wicahpi wiyakpakpa ki he miye i yedo

He wanikiya ye yedo o do

Heciya ya yo wicono yedo

Cekiya ya yo wiconi yedo heyana hededo we

 

Heciya ya yo wicono yedo

Heciya ya yo wicono yedo

Heciya ya yo wicono yedo

Cekiya ya yo wiconi yedo heyana hededo we

 

Anpa'o wicahpi wiyakpakpa ki he miye i yedo

He wanikiya ye yedo o do

Heciya ya yo wicono yedo

Cekiya ya yo wiconi yedo heyana hededo we

 

Là-bas est la vie éternelle

Là-bas est la vie éternelle

Là-bas est la vie éternelle

Prions pour qu’il y ait la vie éternelle dans l’au-delà

 

Etoile du Matin m’a dit ainsi, c'est moi.

Ainsi l’a dit Mon Sauveur

 

Là-bas est la vie éternelle

Prions pour qu’il y ait la vie éternelle dans l’au-delà

 

 

Là-bas est la vie éternelle

Là-bas est la vie éternelle

Là-bas est la vie éternelle

Prions pour qu’il y ait la vie éternelle dans l'au-delà

 

Etoile du Matin m’a dit ainsi, c'est moi.

Ainsi l’a dit Mon Sauveur

Là-bas est la vie éternelle

Prions pour qu’il y ait la vie éternelle dans l'au-delà.

 

Chant 2

 

Wana ampa'o u we yo

Wana ampa'o u we yo

Wana ampa'o u we yo

Wana ampa'o u we you heyana hede do we

 

Ampa'o wicahpi wiyakpakpa kihemiye i yedo

He wanikiya he yedo o do

Cekiya ya yo wiconi yedo

Wana ampa'o u we heyana hede do we

 

Wana ampa'o u we yo

Wana ampa'o u we yo

Wana ampa'o u we yo

Wana ampa'o u we you heyana hede do we

 

Ampa'o wicahpi wiyakpakpa kihemiye i yedo

He wanikiya he yedo o do

Cekiya ya yo wiconi yedo

Wana ampa'o u we heyana hede do we

 

Voici maintenant l’aube arrivant

Voici maintenant l’aube arrivant

Voici maintenant l’aube arrivant

Voici maintenant l’aube arrivant de l'au-delà

 

 

 

Etoile du Matin m’a dit ainsi, c’est moi

Ainsi l’a dit mon Sauveur

Prions pour qu’il y ait la vie éternelle

Voici maintenant l’aube arrivant de l'au-delà

 

Voici maintenant l’aube arrivant

Voici maintenant l’aube arrivant

Voici maintenant l’aube arrivant

Voici maintenant l’aube arrivant de l'au-delà

 

Etoile du Matin m’a dit ainsi, c’est moi

Ainsi l’a dit mon Sauveur

Prions pour qu’il y ait la vie éternelle

Voici maintenant l’aube arrivant de l'au-delà


Chant 3

 

De ampetu ihake wayasu y a o ki heye

wanikiya miksuya u wo wiyuana he ne no we

 

Wa'ka ta'ka ito kob yai he ogdigde ke

Hena wa waceca ha hiya yapi kte do

 

He wanikyia miksuya ya wiyana yo we

He wanikyia miksuya ya wiyana yo we

He wanikyia miksuya u wo heyana he de do we

 

Wa'ka ta'ka ito kob yai he ogdigde ke

Hena wa waceca ha hiya yapi kte do

 

He wanikyia miksuya ya wiyana yo we

He wanikyia miksuya ya wiyana yo we

He wanikyia miksuya u wo heyana he de do we

 

De ampetu ihake wayasu y a o ki heye

wanikiya miksuya u wo wiyuana he ne no we

 

Wa'ka ta'ka ito kob yai he ogdigde ke

Hena wa waceca ha hiya yapi kte do

 

He wanikyia miksuya ya wiyana yo we

He wanikyia miksuya ya wiyana yo we

He wanikyia miksuya u wo heyana he de do we

 

Wa'ka ta'ka ito kob yai he ogdigde ke

Hena wa waceca ha hiya yapi kte do

 

He wanikyia miksuya ya wiyana yo we

He wanikyia miksuya ya wiyana yo we

He wanikyia miksuya u wo heyana he de do we


Chant 3

 

Au jour du jugement dernier

Mon Sauveur, souviens-toi de moi.

 

Devant Dieu, les anges

Entonneront un chant nouveau

 

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi quand il vient de l'au-delà

 

Devant Dieu, les anges

Entonneront un chant nouveau

 

 

 

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi quand il vient de l'au-delà

 

Au jour du jugement dernier

Mon Sauveur, souviens-toi de moi.

 

Devant Dieu, les anges

Entonneront un chant nouveau

 

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi quand il vient de l'au-delà

 

 

 

Devant Dieu, les anges

Entonneront un chant nouveau

 

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi

Ce temps venu, Mon Sauveur, souviens-toi de moi quand il vient de l'au-delà


Chant 4

 

Wa yai yai he yana heya na he-e-e

Jesus, Wanikiya de ta ha wiu siu a da ye do

He ya na he you he ne no we

He-e-e he yana he wi he-e-e-e

Jesus, Wanikiya de ta ha wiu siu a da ye do

He ya na ho hi na he ne no ne

Jesus, Wanikiya de ta ha wiu siu a da ye do

Jesus, Wanikiya de ta ha wiu siu a da ye do

He ya na ho hi na he ne no ne

 

Nitho wo wa u shi da ki u washa g maya yo

Jesus, wanikyia nishnana wa u shiye da ye do

Jesus, wanikyia nishnana wa u shiye da ye do

Ye do heya na ho hi na he ne ne

Jesus, wanikyia nishnana wa u shiye da ye do

He ya da ha hi ba he ne ne

Jesus, wanikyia nishnana wa u shiye da ye do

He ya no ho wi da he de yo wa

 

Là-bas le Sauveur connaît la compassion

He ya na he you he ne no we

He-e-e he yana he wi he-e-e-e

Mon Sauveur, toi seul connaît la compassion

He ya na ho hi na he ne no ne

Mon Sauveur, toi seul connaît la compassion

Mon Sauveur, toi seul connaît la compassion

He ya na ho hi na he ne no ne

 

Par ta miséricorde, rends-moi fort

Mon Sauveur, toi seul connaît la compassion

Mon Sauveur, toi seul connaît la compassion

Ye do heya na ho hi na he ne ne

Mon Sauveur, toi seul connaît la compassion

He ya da ha hi ba he ne ne

Mon Sauveur, toi seul connaît la compassion

He ya no ho wi da he de yo wa


Chant 5

 

Wa'ka ta'ka waonshia nai do

Woshia o hi day yo ee ah na

Ah ho ee yea

 

Wa'ka ta'ka waonshia mai no wonshii

Maka daeao we ya da he yea do way

a ho ee day ah yea

a ha ee day

 

Wa'ka ta'ka waonshia nai do

Woshia o hi day yo ee ah na

Ah ho ee yea

 

Wa'ka ta'ka waonshia mai no wonshii

Maka daeao we ya da he yea do way

a ho ee day ah yea

a ha ee day

 

Dieu tu es miséricordieux pour chaque être

Aussi prends pitié (aime-moi) de moi

Ah ho ee yea

 

Dieu tu es miséricordieux pour chaque être

Je vis dans le monde du péché

a ho ee day ah yea

a ha ee day

 

Dieu tu es miséricordieux pour chaque être

Aussi prends pitié (aime-moi) de moi

Ah ho ee yea

 

Dieu tu es miséricordieux pour chaque être

Je vis dans le monde du péché

a ho ee day ah yea

a ha ee day


Chant 6

 

Pezuta osimakiya yo hiyo wana ho wa ni hiya

Yo e pezuta osima ki ya ho hi yo wana ho wana

Deta ha he you wa na ho wana hi ya na yo

Pezuta osimakiya yo hi yo wa do ho wan hi yana

yo hi wa na ho wa ni niya heyo hiyo wana ho wa

na niya wa yo! Pezuta osima kiya yo

he yo wa da ho wada hi ya da he de yo wa

 

 

 

 

Traduction : équipe de la revue "Storm Belt".