Notes de lecture

Un siège pour les aigles.  Alcatraz Press. Hervé Merlot. 23 rue de Bourgogne, 89000 AUXERRE 5 n° 60F le n°15F. La raison du titre de cette revue se trouve dans les paroles d'Oren Lyons : Je ne vois pas de délégation/De nos frères à quatre pattes/Je ne vois pas de siège pour les aigles. Nous trouvons dans cette revue des textes de poètes et écrivains européens s'exprimant en écho aux problèmes amérindiens, mais pas seulement. (Y a-t-il un siège pour les poètes dans notre XX° siècles agonisant?) Nous y remarquons entre autres dans le n°3 le troisième chapitre d'un texte d'Alain Jégou, Paroles de Coyote, traitant de la colonisation, un compte rendu de la venue de Lance Henson en Bretagne par Mathias Le Bayon.

Lune d'Ambre Anita Endrezze Editions Rougerie. L'auteur définit sa poésie comme lyrique, sensuelle, visuelle, spirituelle, passionnée. Les éditions Rougerie continuent leur travail de publication de cet auteur qu'elles suivent depuis de nombreuses années. Les traductions de Louis Olivier sont toujours aussi belles et proches de la sensibilité de l'original.

Brûler les champs

S'essuyant le visage avec un foulard rouge

le fermier brûle ses champs.

Quelque part vole l'épervier à la queue rouge

négation de toute maladresse dans l'air fumant

 

Mon ombre appartient à la fumée :

le fermier est perdu dans sa brume

l'herbe se replie devant les flammes qui arrivent au petit galop

 

Au bord des champs fumants

l'herbe sauvage ne tient aucune promesse

vidée de la trace des pas, pleine

de squelettes qui laissent perplexes les racines.

 

Nous espérons tous des ténèbres

visibles. Quelque part un engoulement

rêve de la promesse du vent maigre.

 

Charlie Hebdo n°184 mercredi 27 décembre 1995: Nous notons l'article sur le Chiapas et l'interview par Wolinski et Cyran du sous-commandant Marcos, leader de l'E.Z.L.N.(armée zapatiste de libération nationale). L'événement est suffisamment rare pour être noté. Ici, après avoir retracé l'historique du mouvement, on laisse la parole au sous-commandant Marcos, et l'on voit, si besoin était, que cette lutte est bien celle des Indiens pour leurs droits..."Le Mexique n'est plus un pays, mais une société anonyme avec quelques secteurs rentables et beaucoup de secteurs déficitaires. Les Indiens ne produisent pas de bénéfices, il faut donc les virer. Mais comme on ne peut pas les licencier du Mexique, on essaie de les anéantir. Si on ne peut pas les anéantir par balles, on les anéantit par l'oubli. Il suffit simplement de faire comme s'ils n'existaient pas. Voilà l'origine de notre soulèvement. C'est une guerre contre l'oubli."... "Nous pensons que le zapatisme offre une ouverture suffisante pour que s'y retrouvent tous les mouvements opposés au pouvoir( ...) Au Mexique, les zapatistes peuvent permettre d'enlever son passe-montagne au néo-libéralisme, de le montrer dans toute son injustice. Au niveau mondial, notre rôle est de rappeler que l'histoire n'est pas finie, qu'il est toujours possible de se battre, que c'est nécessaire et que ça en vaut la peine." Une suite à cette article est prévue dans le N° 185.

Le chemin de la montagne de pluie. N. Scott Momaday. Editions Nuage Rouge. Enfin, ce livre dont la traduction était parue il y a si longtemps chez Sterne, maison aujourd'hui disparue, est de nouveau disponible. Nous ne pouvons qu'encourager nos lecteurs à se le procurer. Reportez-vous au numéro 15 de la revue et relisez l'essai de Scott Momaday intitulé "l'homme est fait de mot" avant d'aborder la lecture de ce recueil à trois voix.