Contenus et aspects des religions

Sam D. Gill

Des vessies de toute taille, tachetées de peinture gris-blanc, étaient accrochées en grappes autour de la lumière tamisée, à l'intérieur de la qasqiq, ou maison communautaire. Une représentation en plumes d'un oiseau était suspendue au plafond de telle façon qu'il glisse de haut en bas comme s'il volait. Au fond de la pièce, derrière l'oiseau : un poteau de dix pieds de haut, peint en rouge et blanc au sommet et à la base duquel étaient liés des branches de céleri. Tel était le décor de la "Fête de la Vessie", célébrée par de nombreux Inuit de l'Arctique.

Un baquet de bois, placé dans un trou au centre de la maison, représentait un trou de phoque, un passage vers la mer sous la glace. Les tambours battaient fortement pendant qu'un homme imitait le cri de l'eider. Le maître de cérémonie chantait; tous les participants -hommes, femmes et enfants- reprenaient le refrain. Alors que le chant progressait, les gens commençaient à danser, imitant les activités courantes des animaux qu'ils connaissaient : huart, guillemot et castors.

Quand la danse s'acheva, un homme portant un plateau entra dans la maison et offrit de la nourriture aux gardiens du gibier et aux "formes vivantes" (ombres et âmes) des animaux abattus pendant les chasses de l'année passée. Ces "formes vivantes" étaient représentées par leurs vessies, qui se balançaient comme des ballons tout autour de la qasgiq. Pour annoncer la danse suivante, une peau de phoque gonflée fut suspendue à un piquet. Des plumes de mouettes étaient accrochées à ses nageoires. Accompagnée par le tambour, la danse, pratiquée par plusieurs groupes de quatre hommes et jeunes filles, imitait des phoques et des morses. Quand la danse finit, les chasseurs distrayaient les participants avec des histoires drôles. tard dans la nuit, le maître de cérémonie éteignit les lumières et juché sur le toit fit un discours aux vessies. On entendait les réponses des phoques. Des torches de céleri sauvage était utilisées pour purifier la qasgiq. A la fin d'un chant entonné par tous, les chasseurs se précipitèrent vers leurs grappes de vessies accrochées au plafond. Ils les attachèrent aux hampes de leurs harpons et les firent passer par le trou à fumée à l'homme qui se tenait sur le toit.

Au point culminant de la fête, les chasseurs couraient alors vers un trou ménagé dans la glace. Leur chemin était éclairé par une énorme torche de céleri. Chaque chasseur déchirait ses vessies d'animaux et, tournant autour du trou, plongeait les vessies et une pagaie dans la mer. Enfin, chaque vessie était poussée sous la surface avec la pagaie. Les bulles qui montaient matérialisaient le chemin de la vessie qui disparaissait. Les "formes vivantes" commençaient le voyage qui les ramènerait chez elles.

Qu'accomplissait cette fête? Pourquoi était-elle pratiquée? Pouvons nous la comprendre comme religieuse ? Quoique il y ait certains éléments de la Fête de la Vessie qui semblent effectivement se rattacher à des contenus religieux (tels les vessies représentant les âmes des animaux) nous voyons rarement de tels événements comme entièrement religieux. Depuis l'arrivée de Colomb, les "religions" amérindiennes ont été appréhendées par les non-amérindiens à travers la perspective des religions traditionnelles occidentales. La religions est définie en termes d'institution semblable à l'église, la présence d'écriture, et de croyance en dieu ou en des dieux. Il est rare de trouver n'importe où en Amérique des institutions qui ressemblent aux religions ecclésiastiques occidentales. Bien que les cultures amérindiennes soient riches en récits traditionnels, les gens (à l'exception des Méso-américains) n'écrivaient pas leur langue; du moins au sens technique, ils n'avaient pas d'histoire, de philosophie, d'écriture ou de doctrine. Même si les entités spirituelles, les divinités et les personnages des récits mythiques sont connues à travers toutes les cultures des Amériques, les postulats théologiques des gens appartenant aux traditions monothéistes occidentales ont souvent masqués ou profondément déformés ses personnages. Aussi, voir la Fête de la Vessie Inuit comme événement religieux nécessite quelque réflexion sur ce que l'on entend par "religion".

La Fête de la Vessie est fondé sur la croyance que toute chose vivante porte en elle, ou avec elle, une forme vivante ou ce que l'on pourrait appeler une âme (inua chez les Inuit de Bering Strait). Cette âme était invisible, bien que conçue et parfois représentée selon une apparence humaine. Parce qu'elle perçait l'identité de toute chose vivante -humain ou animal- elle permettait à la forme visible extérieure d'être transformée sans perte d'identité. Les animaux et les humains qui changeaient d'apparence sont très répandus dans les récits inuit. L'origine des êtres humains était rapporté dans une histoire de Corbeau. En changeant sont apparence de corbeau pour révéler la forme humaine qui sommeillait en lui, Corbeau donna naissance au lignage humain. Cette croyance est à l'origine de l'usage des masques par les Inuit qui dépeignent cette relation entre un humain ou un animal et son inua. De même, dans la Fête de la Vessie, les vessies de tous les animaux tués lors de la saison de chasse sont préservées, parce qu'elles représentent l'inua de ces animaux. La Fête de la Vessie honorait l'inua des animaux et pratiquait un cérémoniel permettant à celle-ci de retourner chez elle. Le maître de cérémonie de la Fête de la Vessie était une personne possédant des qualités spirituelles particulières, connu sous le terme sibérien de "chaman". Dans certaines parties de la fête, le chaman conduisait réellement les vessies/inua vers chez elles en entrant dans la mer par le trou dans la glace, réapparaissant après un temps considérable. Traitées convenablement et rentrées chez elles, l'inua pourra retourner dans les animaux de chair et de sang et redevenir une proie possible pour les chasseurs inuit. Ainsi, Bien que la Fête de la Vessie ne puisse pas rejoindre nos attentes conventionnelles en tant qu'événement religieux, il ne fait aucun doute qu'elle a un caractère religieux, qu'elle est porteuse d'aspects et de contenus religieux.

Le Fête de la Vessie est l'un des milliers d'actes ou d'événements ayant des aspects et des contenus religieux qui étaient probablement accomplis à la fin du quinzième siècle par les Amérindiens à travers les Amériques. En considérant les religions de ces cultures telles qu'elles existaient en 1492, nous devons garder certaines choses à l'esprit.

Les centaines de cultures amérindiennes des Amériques ont commencé à être connues de façon graduelle seulement au cours des siècles. Des enregistrements de leurs fêtes et rituels aussi bien que de leurs visions du monde sont sporadiques. Souvent les meilleurs enregistrements des aspects de la culture chargés de contenus et d'aspects religieux n'ont pas été fait avant la fin du dix-neuvième ou même le vingtième siècle. A cette époque même les cultures qui apparaissaient comme traditionnelles, qui semblaient n'avoir pas variées, avaient néanmoins reçu une grande altération pendant les siècles précédents. Malheureusement, nous pouvons souvent guère mieux faire que de deviner les proportions de ces changements. Seules les religions de quelques rares cultures peuvent être décrites avec précision telles qu'elles étaient à la fin du quinzième siècle. Nous présenterons des exemples d'aspect et de contenu religieux qui existaient probablement à cette époque, mais furent connus seulement plus tard. Ces contenus et aspects étaient intégrés à des religions qui sous de nombreux rapports étaient différentes d'une tribu à l'autre. Il y avait des centaines de religion dans les Amériques.

Nous emploierons le passé, non pas pour nier que de nombreux exemples que nous citerons perdurent, mais uniquement dans le but de montrer que le contenu ou l'aspect religieux était très certainement important à l'époque de Colomb.

Nous comprendrons la religion en termes qui puissent englober à la fois les Amérindiens et les traditions religieuses occidentales, même si elles s'opposent souvent fortement. La religion est constituée de ces aspects et contenus qui expriment et définissent à la fois l'étendue et le caractère du monde, particulièrement celles qui fournissent le cadre cosmique dans laquelle la vie humaine trouve sens et accomplissement.

Les Amérindiens racontent des récits de toutes sortes. Beaucoup rapportent la création du monde. D'autres parlent de héros qui montrèrent aux humains comment vivre leur vie. Les traits essentiels de l'homme sont expliqués dans les récits. Ceux-ci conservent des traces de l'histoire, de la tradition, de grands ou de moins grands hommes. Il y a des récits de bouffons, de fous qui défient chaque système ordonné, chaque semblant de stabilité, et semblent toutefois ironiquement vitaliser le monde de leur roublardise.

Les récits de création et d'origine sont ceux que l'on définit souvent comme "mythe". Parce que les personnages sont souvent imaginaires et parce qu'ils sont en opposition avec la compréhension scientifique moderne du monde et des origines universelles, nous avons souvent écartés ou relégués ces récits dans le domaine du divertissement. Et même pire encore, nous les avons vu comme l'évidence d'un état de naïveté primitive. Mains nous devons considérer ces récits, établis à l'aube des temps, comme décrivant ce qui était le plus fondamental pour un peuple à l'époque où ils étaient racontés. Ces récits fondent la vérité et la compréhension.

les Achomawi de Californie attribuaient le pouvoir cosmique de création à la parole. Dans les récits de création des Navajos, à la fois la pensée et la parole étaient personnifiées comme personnages masculin et féminin inséparables des forces vitales du monde. Dans la création chez les Acoma Pueblo telle que rapportée aujourd'hui dans le sud-ouest, la pensée est personnifiée sous les traits d'une créatrice. Le dieu créateur, Moma, est un personnage majeur dans les récits des tribus Witotoan, qui vivent le long de la rivière Putumayo, à la frontière entre la Colombie et le Pérou. Le mot "Moma" signifie "père, et Moma, identifié avec la lune et peut-être sous une autre forme avec le soleil, est à la fois créateur et héros culturel. Les Witoto considèrent que "le monde" précéda Moma et même qu'il en fut à l'origine. Moma était compris comme la personnification du pouvoir du monde. En tant que héros, il transmit son pouvoir aux premiers êtres humains. Pour les Witotos, comme pour de nombreux peuples dans les Amériques, le monde est identifié comme une force créatrice. Les Inuit Amassalik de l'est du Groenland reflète cette croyance dans leur langue, dans lequel le mot "respirer" signifie aussi "faire de la poésie" et provenait du monde en référence à la force de vie. Avec un pouvoir du monde contenant un tel potentiel créatif, toutes paroles (particulièrement la prière, le chant et le récit) ont un potentiel créateur.

Toutes les tribus des Amériques parlaient de la création du monde à travers des récits qui disaient qu'au commencement il n'y avait rien que l'eau. Les premiers êtres vivants étaient perchés sur le dos d'une tortue d'eau. Parmi ces êtres vivants il y avait des animaux qui plongeaient dans l'eau pour essayer d'atteindre le fond, où elles devaient prendre un morceau de sol afin de créer la terre. Les animaux essayèrent les uns après les autres d'accomplir cette tâche. chacun plongeait de plus en plus longtemps. Tous revenaient exténués, presque mort et sans rien. Un animal était enfin capable de remonter un toute petite pincée de sol entre ses griffes. Le "faiseur de terre" prenait cette parcelle de boue et en faisait naître la terre. Mais la terre entière restait sur le dos de la tortue.

Quelques tribus rapportent des récits sur l'accomplissement de la création par une union sexuelle entre un homme et une femme, quoique cela se trouve rarement, pour ne pas dire jamais, identifiés comme la terre et le ciel. L'oeuvre du soleil et de la lune comme couple fécondant est commun a tous les peuples andins d'Amérique du Sud. Dans l'art péruvien, le soleil et la lune apparaissaient comme dieu et déesse sous des formes humaines accompagnés par des serpents à deux têtes représentant la pluie et les éclairs. Ce couple était soutenu par des plantes et des animaux connus pour leur fertilité, comme les caroubiers et les singes.

Plutôt que de rapporter des récits de création du monde, certaines tribus, comme celles originaires de ce qui est aujourd'hui le sud-ouest des Etats-Unis, parlaient de voyage à travers des mondes souterrains conduisant à leur émergence à la surface de la terre. Le monde et les êtres vivants existaient déjà au commencement de ces récits. Les êtres vivants vivaient loin sous l'actuelle surface de la terre. Des guides héroïques étaient envoyés pour les guider à travers les mondes d'en bas. Tout ceux qui vivaient sous la terre n'émergeaient pas, mais ceux qui le faisaient, ordinairement les êtres humains, étaient connus sous le nom de peuple de lumière ou comme peuple de la nourriture sèche -ou dure. Ceux qui n'émergeaient pas, qui restaient sous la surface de la terre, souvent des êtres surnaturels, n'étaient pas mûrs ou, comme les appellent les Tewa, étaient la "Nourriture Sèche Qui Ne Devait Pas Advenir".

Les héros culturels sont centraux dans tous les récits rapportés à travers les Amériques. les Apaches et les Navajos ont migré de l'ouest du Canada vers le sud-ouest des Etats-Unis à la fin du quinzième siècle. Ils apportèrent des récits de héros chasseurs, souvent deux frères (un cadet et un aîné), parfois des soeurs, qui vivaient dans la période intermédiaire qui suivit la création mais avant le commencement de la période humaine. Le monde navajo nouvellement créé était un monde de règles et de restrictions, un lieu d'ordre. Mais c'était un monde sans expérience. Ce qui adviendrait si les règles étaient transgressées, ou comment réparer l'ordre rompu si cela arrivait, ils ne le savaient pas. Pourtant la vie pouvait rarement se dérouler sans enfreindre les règles ou violer les restrictions. Les héros de ces récits avaient le courage de vivre même s'ils devaient en subir les conséquences. La souffrance qu'ils expérimentèrent, résultat de leur courage, leur ouvrit la connaissance et les pouvoir de guérison et de re-création. Ces héros étaient à l'origine du mode de vie navajo, et aussi du grand nombre de rituels qui étaient la marque distinctive de la religion navajo.

Les héros culturels sont fréquemment des jumeaux. Les peuples iroquoiens du nord-est de l'Amérique rapportent des récits de frères jumeaux qui apparaissent dans les derniers épisodes d'un long et compliqué récit de la création. Le récit commençait dans un monde des cieux, un monde parfait qui fut bientôt contaminé par l'introduction des émotions humaines, l'amour partagé par un jeune homme et une jeune femme. Leur amour, comme c'est souvent le cas, s'accompagnait de souffrance et de peine. Pour mettre fin à leur souffrance, la femme fut poussée dans un trou du ciel et se retrouva ainsi séparée de son amant. Bien que bannie du monde des cieux, elle aidait à la création du monde humain d'en bas. Un épisode de plongeur à la recherche de boue établit la terre ferme. La femme, fécondée par le vent, donna naissance à une fille qui, à son tour, fécondée par l'eau, donna le jour à deux jumeaux. L'un des jumeaux était né de façon naturelle; l'autre incapable d'attendre patiemment, sortit par le flanc de sa mère. Le déroulement de ces naissances est le reflet des caractères des deux jumeaux. Le bon jumeau arrangea le monde pour en faire un monde idéal pour préparer l'arrivée des humains. Le mauvais jumeau s'ingénia à anéantir le bon pour introduire le mal. La lutte des jumeaux est caractéristique de la nature du monde iroquoïen. Le sens de la vie est intimement lié à la lutte sans fin entre les forces positives et négatives.

Les Warraus, ou "peuple du bateau", du delta de l'Orénoque et des régions marécageuses voisines du nord de l'Amérique du Sud, dont les pirogues creusées servent non seulement de moyen de transport mais aussi de lieu pour dormir, cuisiner, manger et jouer, racontent des récits du premier homme, Haburi. Haburi errait sur la terre à la recherche de nourriture. Son fils qui n'était pas né d'une femme était avec lui. Haburi trouva la maison d'une femme, mais il fut incapable de l'emmener à partager sa nourriture avec lui tant qu'il ne lui eut pas montré son enfant. Plus tard, la femme fit un bateau de cire avec lequel elle partit avec Haburi, laissant l'enfant derrière eux. Seul maintenant, l'enfant se sculpta un garçon dans du bois pour se faire un compagnon. La sculpture se transforma en une fille et prit vie. Ce garçon et cette fille devinrent les ancêtres du peuple Warrau. D'autres récits Warrau attribuait la création du bateau à Haburi. Un long parcours sous l'influence de Grenouille, une femme qui affirmait être sa mère, Haburi apprit par la suite l'identité de sa véritable mère et décida d'échapper à Grenouille. Il construisit une pirogue, mais elle fut volée par un canard. Il construisit des pirogues sans relâche, et chaque fois il les perdait au profit de différents canards (justifiant ainsi l'origine de leur flottabilité). Finalement, il en construisit une qui ne fut pas volée, et avec elle, accompagné de sa mère, il se sauva. Il contrecarra Grenouille en la persuadant d'entrer dans un arbre creux pour manger le miel d'une ruche. Lorsqu'elle le fit, le trou se referma sur elle. Emprisonné dans l'arbre, elle devint une grenouille arboricole.

Un personnage astucieux, robuste, sexuellement confus, égoïste, glouton, apparaît dans les récits des cultures de toutes les Amériques. Le personnage prend de nombreuses apparences (vison, raton laveur, lièvre, araignée, geai, vieil homme) mais aucune n'est aussi répandue que celle du coyote, qui inspira les dessins animés de coyote et du roadrunner. Autant coyote pouvait être cruel et impitoyable, autant il pouvait être gentil, réfléchi, et héroïque; il était énormément sexuel et érotique, mais il pouvait aussi être prude et méticuleux; il était destructeur et dangereux, mais il pouvait tout aussi bien être créateur.

Lors d'un événement largement répandu, Coyote (ou une autre de ses apparences) rencontra par hasard quelqu'un qui pouvait faire sortir ses yeux de ses orbites et les envoyer au sommet d'un arbre puis les rappeler en disant, "Yeux accrochés a une branche, Yeux revenez à votre place." Coyote voulait désespérément être capable de faire cela. Le jongleur-avec-ses-yeux refusait sans cesse de lui apprendre comment faire, mais les appels pathétiques de Coyote le firent finalement céder. Coyote ne tint pas compte de l'avertissement : Il ne devait pas pratiquer le tour plus de quatre fois par jour. Quand il fit sortir ses yeux e ses orbites pour la quatrième fois, ils ne revinrent pas. Quoi qu'il fit, ils ne voulurent pas revenir. Rapidement ils commencèrent à gonfler et à pourrir. Des mouches tournaient autour. Mais Coyote ne s'avouait pas facilement vaincu. Il s'allongea calmement dans l'herbe jusqu'à ce qu'une souris arrive et tente de couper un poil de la fourrure de Coyote pour l'emmener dans son nid. Coyote bondit sur la souris et fit un marché : un oeil contre sa liberté. Avec son oeil de souris, Coyote put localiser un bison. Il réussit à le convaincre de lui donner un oeil. Coyote retrouva ainsi la vue, mais il était ridicule avec un oeil minuscule qui roulait dans une orbite et l'autre si gros qu'il faisait saillie.

Les personnage comme Coyote étaient connus à travers les Amériques pour leurs pouvoirs de transformation. Ils étaient capable de changer leur apparence pour n'importe quelle forme et pouvaient ainsi satisfaire leur appétit sexuel en bernant un femme pour se marier avec elle. Ils changeaient aussi leur apparence pour duper quelqu'un afin qu'il lui donne un repas. Sexe et nourriture sont les intérêts fondamentaux de ces personnages partout où leurs récits sont contés. Toutefois ils sont roulés aussi souvent qu'ils roulent les autres. Renard, un personnage dans les récits de la tribu des Toba en Argentine, rencontra Jaguar. Jaguar aimait le hochet de Renard. Pour le duper, Renard persuada Jaguar que le hochet était en fait son coeur et que Jaguar en avait un aussi. Jaguar permit à Renard d'extraire son coeur pour qu'ils aient tous les deux un hochet. Renard extrait le coeur de Jaguar par son anus, ce qui convenait à son caractère de Renard, et tua Jaguar. renard dépeça Jaguar et entreprit de rôtir sa viande. Alors qu'il attendait, il prit soif. Chunga, un oiseau, montra à Renard où il y avait de l'eau. Il fut aussi d'accord pour nager avec lui. Mais pendant que Renard croyait que l'oiseau nageait avec lui, celui-ci s'éclipsa et vola la viande de Jaguar rôtie. Renard poursuivit Chunga et, déguisé en son ami, put récupérer un peu de viande. Cependant, Pigeon, qui avait des yeux rouges qu'admirait Renard, finit par obtenir cette viande en dupant Renard. Il lui frotta du poivre rouge dans les yeux pour qu'il deviennent rouge.

Des personnages érotiques, gloutons, indignes de confiance tels Coyote et Renard semble bien loin du religieux, pourtant la plupart des cultures amérindiennes l'ont placé très haut dans l'échelle des valeurs. A certains égards, au moins, les récits de ces personnages montre puissamment comment ne pas agir. Les enfants pouvaient écouter, et les adultes raffermir, leur propre conduite à travers ses contes amusants et excitants. A travers ces récits, des sujets sensibles comme l'égoïsme et la conduite sexuelle pouvaient être abordés. Plus profondément, l'absurdité, et même la façon d'aborder l'impensable avec lequel les récits flirtent souvent, fait surgir chez l'auditeur la question du sens lui-même. Ainsi, selon eux, ils montraient que l'ordre et les règles étaient d'une certaine manière liées à la création du sens, en contraste avec les soubresauts et le chaos expérimentés à travers les violation de l'ordre parfois sans retenues pratiquées par ces personnages. Le rire et la religion ne font qu'un dans ces récits.

Alors que dans les Amériques, les récits de la fin du quinzième siècle n'ont pas survécu sinon à travers les familles dans lesquelles elles existaient, d'autres formes culturelles ont une telle santé qu'au moins quelques traces résistèrent aux forces destructives de la conquête. Avec le secours des fouilles archéologiques et des techniques de reconstruction, des villes et des villages peuvent être reconstitués à partir des ruines laissées par les conflits et les ravages du temps. Les formes architecturales (des énormes pyramides et temples jusqu'aux modestes maisons) laissent une empreinte durable sur le paysage.

Agissant ensemble en tant qu'acteurs culturels, les Amérindiens construisirent des maisons et des temples, fondèrent des villages et des villes. En agissant ainsi, ils nommèrent des lieux en relation avec des activités domestiques, politiques et cultuelles. Ces formes d'architectures sont le reflet des hiérarchies et des structures de leurs religions et de leurs sociétés.

La capitale aztèque, Tenochtitlàn, dont le site est actuellement celui de Mexico, était l'une des plus grandes villes des Amériques à l'époque de Colomb. L'univers aztèque était constitué de treize ciels et neuf mondes souterrains. Chaque région, caractérisée par des couleurs et des attributs, était le domaine des dieux. La structure horizontale du monde était conçue comme un fleur à quatre pétales ou une croix avec une perle de jade au centre. Chacune des quatre régions se distinguait par un arbre avec un oiseau perché à sa cime et par une divinité qui soutenait les régions célestes. Tant verticalement qu'horizontalement, la compréhension aztèque du cosmos était centrée sur un lieu central, la capitale. La ville était donc un microcosme de l'univers. A son centre se tenait un important complexe cultuel comprenant les écoles, les bâtiments administratifs, un terrain de jeu de pelote cultuel, des ossuaires, contenant les squelettes des écorchés lors des sacrifices. Au centre du complexe cultuel s'élevait un temple construit au sommet d'une grande pyramide. Ce centre cultuel était entouré par un mur de dix pieds de haut. La ville était divisée en quatre quartiers par les rues principales qui se croisaient au grand temple, dans le centre cultuel.  Ces quatre régions étaient elles-mêmes subdivisées en des microcosmes orientés autour d'un centre secondaire. Tenochtitlàn n'était pas seulement le centre du monde aztèque; elle portait l'empreinte de la totalité de l'ordre de l'univers aztèque.

Le long du Rio Grande au Nouveau Mexique il y a un village Tewa Pueblo fondé il y a longtemps, nommé San Juan. Les frontières du monde Tewa étaient matérialisées par des montagnes situées à plus de soixante miles du village de San Juan, chacune étant à un des quatre points cardinaux et identifiées par un nom et une couleur. Quand le peuple Tewa émergea de son domaine primordial, sous Sandy Place Lake, loin dans le nord de San Juan, certains de ceux qui restèrent en dessous furent consacrés divinités. Les Tewa pensaient que leurs résidences étaient dans des lacs correspondants aux quatre montagnes. Tout près du village dans chaque direction cardinale se trouvent des plateaux. Chacun de ces plateaux, considéré comme noir et de mauvais augure, recèle une grotte ou un tunnel, le domaine des êtres surnaturels qui jouaient un rôle de médiateur entre les humains et le monde spirituel. Tout près du village, dans chacune des quatre directions se trouvaient des lieux saints, connus sous le nom de "centre de la maison des âmes", chacun de ceux-ci associé avec un personnage surnaturel spécifique. Le village lui-même, dans l'organisation des Pueblos (maisons) et des plazas de danse où les rituels publics ont longtemps été pratiqués, répliquaient cette structure à signification religieuse. mutuellement avec ces nombreux lieux appartenant au paysage Tewa, le peuple a participé a un processus continu de création et de maintien de l'ordre. Cet ordre soutenait et donnait du sens aux dimensions sociales, politiques, économiques et cultuelle de leurs activités communautaires. De cette manière, la religion autorisait toutes les dimensions de la vie des Tewa. L'orientation et le dessin des structures architecturales à travers les Amériques, même ceux qui n'ont pas de destination religieuse, porte l'empreinte d'une signification religieuse.

 

La religion est une activité humaine, une façon de créer et de découvrir les mondes de la connaissances. Cette fonction de la religion se retrouve dans de nombreux objets rituels dont la forme apparente est inséparable de son usage. De tels objets survivent souvent pour raconter l'histoire de leur importance religieuse. Les pipes sont supposées être fumée. Les masques sont sculptés et préparés pour être portés, les flûtes pour être jouées, et les rhombes pour siffler. Dans la Mesoamérique les livres illustrés qui survécurent à la conquête où furent réalisés peu après décrivent souvent des activité religieuses. Les pétroglyphes et les pictogrammes, les tertres et les gravures, sont des témoignages de l'activité humaine, parfois à caractère religieux, bien que la signification de beaucoup d'entre eux reste extraordinairement opaque. Certains tertres et gravures sont tellement épars dans le paysage qu'on ne peut pleinement les apprécier sinon par la voie des airs, un point de vue évidemment possible depuis peu de temps. Les dessins de Nazca qui s'étendent sur des miles à travers la vallée de Ingenio au Pérou furent réalisées longtemps avant l'arrivée de Colomb. Certains de ces dessins, comme beaucoup de tertres, prennent la forme d'animaux et de figures mythiques, probablement en relation avec l'histoire et les traditions religieuses.

Les Aztèques et les Mayas vivaient dans des cultures hautement développées et possédaient un système d'écriture glyphique. Beaucoup d'objets d'importance religieuse ont survécu. Le fameux disque connu comme le calendrier des Aztèques fut découvert dans un fossé de drainage, un rebut de la conquête du Mexique. Ce disque se trouvait apparemment dans un temple de Tenochtitlàn, où il jouait un rôle majeur dans les cérémonies de sacrifices humains. Les glyphes de la pierre ne retracent pas seulement les cinquante deux années du calendrier cyclique mais aussi les époques traversées par le monde. La pierre reflète la place centrale du soleil et la croyance selon laquelle la force du soleil dépendait de son alimentation en sang et en coeurs humains. Les Aztèques utilisaient cette lourde pierre pour conserver leur place dans l'histoire et dans les cycles solaires, célestes et cosmiques où ils vivaient. D'après la pierre, ils nourrissaient le soleil par le sacrifice d'êtres humains afin de remplir leur rôle de maintien de la continuité de la vie.

A l'achèvement de chaque cycle de cinquante deux ans, une cérémonie majeure assuraient le début du nouveau cycle. Pour préparer ce rituel de renouveau tous les feux de Tenochtitlàn étaient éteints. La vaisselle et les ustensiles de cuisine étaient détruits. Les maisons et les temples étaient nettoyés de fond en comble. Au sommet d'une montagne située à l'extérieur de la ville, une victime était sacrifiée. Dans sa poitrine, un nouveau feu était rapidement allumé. Le nouveau feu était transporté avec une torche dans la ville jusqu'au Grand Temple et de là vers les autres temples de Tenochtitlàn. De ces temples, le nouveau feu était transporté dans les foyers et dans les villes de l'empire. Seuls restaient après la cérémonie, les os de la victime, les ruines de l'emplacement du sacrifice, et un livre de chronique, c'est ainsi que le drame sanglant et le feu donnaient de la force à la continuité du temps aztèque.

La forme convexe de l'intérieur du masque et les trous des yeux montrent à) l'évidence que les masques étaient fait pour être porté sur le visage. Les masques servent à des représentations; ils manifestent la présence des êtres qu'ils évoquent. Les masques sont des objets religieux puissants que l'on trouve dans toutes les Amériques. Les Inuits de l'Alaska sculptent à partir de bois flotté des masques parmi les plus complexes et les plus créatifs du monde. Les tribus iroquoïennes sculptent des masques dans des arbres vivants, les détachant du tronc en prenant soin de laisser l'arbre vivant. Ceux-ci représentent les visages des esprits utilisé d'abord dans les rituels de guérison. Le plus connu est probablement celui qui représente le pouvoir d'un frère malveillant dans le récit de la création iroquois. Quand les deux frères, le bon et le malveillant se rencontrèrent à la fin de l'ère de la création pour déterminer qui était le plus fort (selon le récit) ils se défièrent en déplaçant une montagne. Le mauvais frère réussit à déplacer légèrement la montagne. Comme il se retournait pour juger de l'effet produit sur son frère, celui-ci plaça la montagne sur le dos de son vantard de frère. Quand le mauvais frère se retourna, il baissait le nez et la bouche pour toujours sur la montagne. Comme perdant, il réclama de pouvoir utiliser ses pouvoirs pour soigner les maladies dont il avait été la cause. Les Iroquois portaient des masques à nez crochus et bouches tordues pour endosser le pouvoir curatif du frère malveillant. Le pouvoir de guérison de ces visages masqués démontrait la croyance selon laquelle même les pouvoirs malveillants pouvaient être utilisé pour des effets bénéfiques.

Les tribus du nord-ouest de la côte Pacifique de l'Amérique du Nord sculptaient des masques élaborés pour représenter les ancêtres animaux des lignages humains. Les plus remarquables étaient ceux qui s'ouvraient et se refermaient révélant leur identité plurielle. Ces masques qui se transformaient correspondaient aux récits des origines des lignages humains. A l'origine, tous les êtres vivants étaient des animaux, mais certains changèrent leurs apparences animales pour révéler leurs formes humaines. Dans les représentations masquées, par les volets extérieurs du masque matérialisant les apparences animales étaient ouverts mécaniquement pour révéler l'apparence humaine, reproduisant ainsi les événements de l'origine du lignage. Les tribus Pueblo de sud-ouest des Etats-Unis ont également longtemps utilisé des masques dans des cérémonies cycliques complexes.

En Amérique du sud, les masques représentant les esprits des animaux et des oiseaux, dont on parle dans les récits, étaient utilisés par de nombreuses tribus en relation avec la chasse. Des costumes-capuchons descendant jusqu'aux genoux fait d'écorce et décoré de peintures géométriques étaient utilisés comme des masques par les Cuebo et les Cauà de la région de Vaupés dans le nord ouest de l'Amazone. Les visages à représentation humaine avec des décors animaux particuliers qui apparaissaient sur ces costumes représentaient les esprits des animaux. Ces costumes-masques étaient employés dans des rites dans l'intention de maîtriser les ennemis des chasseurs.

Les instruments à vent (trompettes, flûtes et mégaphones) étaient utilisés largement sous les tropiques de l'Amérique du Sud pour évoquer les voix des divinités. Au nord de l'Amazone, les instruments étaient associés avec les divinités de la végétation; au sud de l'Amazone ils étaient joués dans des rites ésotériques d'hommes. Les Tucano de la haute Amazone avaient un mégaphone de bois (toki), que l'on disait inventé par le héros culturel, Dyoi, et qui servait de voix pour les esprits qui pénétraient dans deux visages sculptés dans le bois. On jouait d'une trompette d'écorce (bu-bu) pour accompagner les voix des esprits.

Les rhombes sont des instruments qui produisent un son unique construit en attachant une corde à une pièce de bois plat dans laquelle on perce un trou. Un ronflement ou vrombissement est produit en faisant tourner la pièce de bois au bout d'une corde. On trouve des rhombes dans toutes les parties du monde. Dans l'est du Brésil, les sons des rhombes sont interprétés comme les voix des morts. Les Baicari, une tribu du centre du Brésil, possèdent un rhombe en forme de poisson qui à l'origine, selon leurs récits, est un don du chien de mer (un squale ndt). Appelé yélo ou iyelo, les mots pour tonnerre et éclair, ces rhombes étaient utilisé dans des rituels pour faire venir la pluie.

Les Amérindiens expriment parfois leur conception du cycle de la vie sous la forme d'un mouvement traversant le paysage, comme une route, une route de vie. Beaucoup de choses, des maisons aux circuits de danses cérémonielles, étaient fait religieusement selon cette définition. Les Piman du sud ouest des Etats-Unis représentaient le chemin de la vie sous la forme d'un labyrinthe qui serpentait dans et hors d'un cercle, et atteignait parfois le centre. Les Pimans comprenaient qu'en suivant leur héros culturel, I'i'toi, le long de ce sentier, ils atteindraient le but de leur vie.

Au travers du cycle de la vie amérindien, beaucoup de transitions, beaucoup de nouveaux départs, étaient célébrés et effectués par le rituel religieux. Les rites de passage qui initiaient à la vie religieuse formelle et qui conduisaient un enfant dans la vie adulte étaient largement pratiqués. Quand les enfants atteignaient l'age de raison, ils étaient souvent initiés dans des sociétés religieuses ou dans le statut d'adulte de leurs cultures. Les rites de puberté pour les filles étaient ordinairement en corrélation avec leur maturité biologique -l'apparition des menstrues. Isolées de leurs communautés, ces filles devaient observer de nombreuses restrictions personnelles, comme de ne pas toucher leur propre chair de crainte de gâter leur beauté; de ne boire qu'avec une paille pour prévenir les excès de pluie; éviter la nourriture et la compagnie des hommes, particulièrement des chasseurs, de peur de les affaiblir; et d'observer la bienveillance, l'humilité, et une conduite irréprochable. Dans leur isolement, les filles étaient soutenues par des femmes exemplaires qui leur apprenaient les chemins de la féminité, y compris les responsabilités de femme et de mère. Les garçons passaient à l'âge d'homme plus facilement en s'accomplissant à la chasse et à la guerre ou à travers des visions obtenues par le jeûne.

Une des approches utilisée pour initier les enfants à leur vie religieuse consistaient à les désenchanter de leur perception enfantine. Les enfants étaient encouragés à accepter une réalité naïve, pour créer une vision du monde tel qu'il apparaissait. Chez les Hopis du sud-ouest des Etats-Unis, on utilise toujours ce type d'approche. Les enfants sont encouragés à voir les êtres spirituels masqués, les kachinas, comme les esprits eux-mêmes. Les enfants ne voient jamais les acteur sans leurs masques, ou les masques lorsqu'ils ne sont pas portés. Cela fait partie intégrante du processus d'initiation que les enfants voient pour la première fois les personnages des masques costumés mais sans leurs masques. Reconnaissant les kachinas comme leur parents masculins, ils sont douloureusement désenchantés. Beaucoup pleurent et croient qu'ils ne pourront plus jamais accorder leur confiance aux adultes. L'effet à long terme de cette approche initiatique de la vie religieuse est un choc. Pour apprécier pleinement le monde spirituel, pour voir la dimension totale de la réalité, ils apprennent que le monde est beaucoup plus que ce qu'il apparaît. Les Hopis et d'autres cultures tribales amérindiennes utilise la technique de création d'un monde naïf pour le détruire, utilisant le pouvoir du désenchantement qui accompagne la perte de la naïveté pour inculquer une profonde perspicacité et une recherche.

Les Onas de la Terre de Feu à l'extrême sud de l'Amérique du Sud faisaient le même usage des masques dans les rites d'initiation des garçons. Les hommes initiés entraient dans le village sous l'apparence d'esprits, leurs corps peints de dessins roses, noirs et blancs et portant des masques de peau et d'écorce. Ils effrayaient rapidement les femmes, puis se concentraient sur l'initiation des jeunes, centrées sur la révélation que les esprits, tels qu'ils apparaissaient, étaient des humains masqués.

L'isolement et la vision par le jeûne étaient largement pratiqués dans les Amériques. Parmi les Ojibwas et d'autres tribus des régions des woodlands et des Grands Lacs de l'Amérique du Nord, les adolescents étaient conduits dans les bois au printemps pour jeûner afin d'obtenir un rêve ou une vision. Dans les branches d'un pin rouge un ancien construisait une plate-forme à dix ou vingt pieds du sol. Là, l'adolescent restait sans manger ni boire jusqu'à ce qu'il ait un rêve ou une vision. S'il avait une expérience infructueuse, le jeune homme retournait chez lui; il essayerait de nouveau une l'année suivante. Les expériences de vision étaient mémorisées, et servaient de guide pour la vie à celui qui l'avait eue, elle révélait une vocation ou un destin. Les objets de pouvoir apparaissant dans les visions étaient acquis comme témoignages pour rappeler les visions et les pouvoirs. La quête de la vision était aussi pratiquées par quelques tribus aux époques douloureuses, en tant que moyen pour acquérir des pouvoirs chamaniques et pour accomplir des voeux.

Les rêves et les visions, bien qu'apparaissant dans le monde entier comme moyen d'accès au monde spirituel, étaient si importants chez les iroquoïens qu'ils étaient intégrés dans des rituels. Les Iroquois soutenaient que certains aspects de la forme humaine vivante pouvaient quitter le corps pendant le sommeil pour avoir des expériences spirituelles qui s'imprimaient dans les rêves. Accomplir les désirs du rêve étaient alors religieusement important et conduisait souvent à des dépenses et des efforts remarquables. Pendant les cérémonies du milieu de l'hiver, certains rêveurs posaient des devinettes sur leurs désirs rêvés à l'ensemble de la communauté.

Bien que rare en Amérique du Nord, les hallucinogènes étaient largement utilisés parmi les peuples de l'Amérique du Sud. Les tribus du nord-ouest de l'Amazone buvaient communément des breuvages hallucinogènes lors des rites d'initiations des adolescents, des funérailles, et lors d'un rite de la nouvel année connu sous le nom de yurupari, qui commémorait l'inceste commis par Père Soleil avec sa fille aux temps de la création. Dans le rituel, des hommes peints et ornés étaient assis sur des tabourets le long d'une paroi d'une grande pièce, les femmes installées en face. Une grosse torche placée au centre éclairait la pièce. La cérémonie commençait par le récit de la création, les origines de l'humanité et des fratries. Durant la nuit les hommes buvaient à plusieurs reprises un breuvage hallucinogène, chataient et dansaient. Les femmes entretenaient la joie des hommes de leurs rires et elles châtiaient sévèrement ceux avaient des difficultés à continuer de boire et de danser.

Le mot "chaman" est mondialement usité pour désigner toutes sortes de prêtres, guérisseurs, spécialistes en rituel et sorciers. Le terme, dans sa signification originelle sibérienne, se réfère au spécialiste religieux qui utilise des techniques d'extase. Si on prend le mot dans son sens restrictif, "chaman" désignerait précisément peu d'individus dans les cultures des Amériques, pourtant, avec précaution, le terme peut être utilisé plus largement pour désigner ceux qui ont accès aux extraordinaires pouvoirs spirituels et les emploient pour agir sur le monde humain. Les chamans ont des esprits alliés, souvent un esprit animal, une figure mythique ou une divinité. Les techniques et les savoir faire nécessaire pour appeler ces esprits alliés sont une particularité de la profession de chaman, techniques qui impliquent l'entrée en transe, l'usage d'objets de pouvoir et de chants ou de mélopées.

Les chamans acquièrent leurs pouvoir par héritage, quête personnelle, recherche, élection par une société ou par un être spirituel, ou encore à travers une affliction traitée par un chaman ou une société chamanique. En Amérique du Sud, les hallucinogènes étaient utilisés pour acquérir et accéder aux pouvoirs spirituels. L'isolement et le jeûne étaient plus courants en Amérique du Nord.

Les chamans jouent de multiples rôles dans leur communauté, comme d'appeler le gibier, d'intercéder auprès d'un esprit maître ou d'un gardien du gibier, pratiquer la divination, contrôler les conditions météorologiques, mais la guérison est l'activité la plus commune et la plus largement pratiquée par les chamans. La maladie était causée par l'intrusion d'un objet dans le corps du malade par un pouvoir ou un sorcier malveillants. Les chamans, chargé du pouvoir d'un esprit allié ou par une médecine, localisaient l'objet dans le corps du malade par la technique de la clairvoyance et soignaient la maladie qui en résultait en aspirant l'objet malveillant hors du corps du malade. La maladie peut aussi être attribuée à la perte de la  force vitale dérobée par une force malveillante. Pour traiter cette maladie, le chaman voyage spirituellement vers la maison de l'être malveillant pour retrouver (souvent en combattant) la force vitale du malade. Certains dramatisent le voyage et la lutte. Parmi eux, les Salish de la côte nord-ouest du Pacifique, dont les chamans utilisaient des canoës dans des maisons de soin dans lesquels ils donnaient la représentation du voyage à la recherche de la force vitale du malade. Certains chamans pratiquaient le vol spirituel en entrant en transe. D'autres, les Inuit par exemple, entraient dans la mer à travers un trou dans la glace, pour n'émerger qu'après un certain temps.

A travers toutes les Amériques, la religion a servi de lien important et d'élément d'ordre dans la société. Nous dirons simplement que la plupart des actes religieux étaient sociaux en ce sens qu'ils établissaient ou représentaient l'ordre social. Mais aussi, les actes sociaux étaient pratiqués sous le couvert du rituel ou sous le mandat de la tradition religieuse. Les Zunis furent le premier groupe au nord du Rio Grande à entrer en contact avec les Européens. A cette époque, il y avait apparemment sept villages Zuni. Le monde zuni était divisé en sept domaines (les quatre points cardinaux, le zénith, le nadir et le centre) une structure répandues dans toute la vie zuni, comprenant les clans, les cérémonies et l'organisation du calendrier, et restent largement intacte aujourd'hui. Les clans zuni étaient organisés en sept groupes, chacun correspondant à une direction. Chaque groupe, particulièrement ceux qui correspondaient aux directions cardinales, avaient un rôle social défini en termes de temps et d'espace associés à la direction correspondante. Les clans de la Grue, de la Grouse, du Chêne pubescent étaient les clans du nord. Ils étaient associés à l'hiver et à la couleur jaune, la couleur de la lumière du matin et de l'après-midi en hiver, tout comme elle est la couleur des lumières de l'aurore; et au vent, à l'air et à la respiration; et avec les activités centrées sur la guerre et la destruction. Les symboles du clan étaient en relation avec le lieu et ses attributs : le vol de la grue annonce l'approche de l'hiver, la grouse mue en blanc en hiver, et le chêne pubescent reste aussi vert en hiver que les autres arbres le sont en été. Le clan qui contrôlaient le "clergé" était au centre, l'intersection de toutes les autres régions, à la fois à part et avec tous. Unis en ce lieu central, la société zuni était unifiée et chaque division était égale à chacune des autres. Même le puissant clergé zuni était intégré dans la société zuni par les principes religieux fondamentaux. Le temps avançant dans le calendrier, la vie zuni formait des cycles autour du centre temporel et spatial. Se tenant au centre du monde, il y a un village zuni appelé Itiwana, ce qui signifie "le milieu".

Les cultures Aztèques, Mayas et Incas Contrastent totalement avec celle des Zuni. Leurs organisations religieuses reposent sur un clergé hiérarchisé intégré aux autorités séculières. Comme cela apparaît dans l'architecture des temples perchés sur des pyramides s'élevant au-dessus des villes, ces cultures étaient structurées de façon radicalement hiérarchique. Les Incas entretenaient une organisation sacerdotale extensive intégrée à leur structure politique. La caste sacerdotale était dirigée par un prêtre de haut rang qui était un proche parent de l'empereur, elle-même constituaient une hiérarchie avec de nombreux niveaux de prêtres spécialisés dans des activités telles la divination, le sacrifice, les offices et les confessionnaux. Les prêtres étaient le centre de la religion inca, particulièrement dans leur fonctionnement officiel avec l'état, mais cela n'empêchaient pas de nombreuses formes religieuses autres (chamans et guérisseurs) à l'extérieur de la hiérarchie. Une Allant de pair avec la prêtrise, bien que non héréditaire, il y avait le aclla, les "femmes choisies" ou "vierges du soleil", qui étaient recrutées à l'âge de dix ans et préparées à des rôles qui allaient des offices aux victimes sacrificielles. Les Vierges du Soleil étaient dirigées par une prêtresse de haut rang considérée comme l'épouse du dieu soleil.

Chez les Aztèques, les Mayas et les Incas, le pouvoir des prêtres était maintenu par l'abstinence de sel, de viande et de relation sexuelle. Les devoir de la prêtrise incluaient les sacrifices (de l'offrande de nourriture au sacrifice humain), le rôle de confesseur du peuple, la conduite de cérémonies initiatiques pour les jeunes prêtres et les nobles, et la conduite de cérémonies à la fois sur le fondement d'un calendrier régulier et pour des occasions telles les moissons. Dans ces cultures, la vie religieuse étaient régentée par l'état; le pouvoir des prêtres et des souverains se renforçaient mutuellement.

Le Midewiwin, ou société de la Grande Médecine, est une société chamanique religieuse qui se situaient au coeur des cultures Algonquiennes des Grands Lacs, une région de l'Amérique du Nord. Elus, les individus étaient initiés à Midewiwin en étant symboliquement tué. Ressuscitant après ce rituel de mort, l'initié devenait un membre nouveau-né de la société. L'influence de Midewiwin s'étendait sur la vie sociale, politique et économique.

La religion était même impliquée dans la guerre et autres violences par lesquelles les cultures amérindiennes se protégeaient et se distinguaient de leurs voisins. Les Aztèques fournissent un exemple dramatique de cet aspect de la religion. Le fait que le sang et le coeur humains contenaient l'énergie vitale pour que le soleil continue sa course et par conséquent que la création du cosmos perdure était enraciné dans la croyance aztèque et les souverains aztèques cherchaient des victimes sacrificielles en répandant la guerre dans les villes et les cités avoisinantes. Le pouvoir des Aztèques était toujours vivace au quinzième siècle lorsqu'ils conquéraient les peuples voisins, ramenant des captifs à Tenochtitlàn afin de les sacrifier. A l'apogée de cette activité, des milliers de captifs appartenant aux cultures voisines furent sacrifiées, intégrant à la fois l'importance religieuse du sacrifice pour le renouveau du temps et de la vie humaine et l'importance des conquêtes sur les peuples voisins afin d'étendre le territoire et le pouvoir aztèque. L'accroissement de l'influence de la culture aztèque était liée à l'évidence au potentiel d'énergétisation fourni par le sacrifice humain.

La chasse, la cueillette, la pêche et l'agriculture fournissaient les aliments des Amérindiens, mais, d'égale importance, on trouvait les activités qui reflétaient et impliquaient les religions amérindiennes. L'un des actes religieux amérindiens les plus anciens se trouvait dans la chasse à l'ours comme elle se pratiquait dans les cultures circumpolaires. Les ours, comme d'autres espèces animales, était regardé comme des animaux résidant dans une maison ou région sous le contrôle d'un chef ou maître/maîtresse qui les protégeait et les envoyait au dehors pour être chassé. Une chasse réussie dépendait de la communication établie avec le maître/maîtresse des animaux, contact souvent établi par un chaman.

Chez les Naskapis de la péninsule du Labrador, le chaman parlait avec l'animal maître par l'entrée en transe avec le tambour et le chant. Conjointement à la communication du chaman, avec le maître/maîtresse de l'espèce, le chasseur communiquaient avec le gibier véritable pendant la chasse. La chasse était souvent pensée, sinon conduite, de manière rituelle. Avant que le chasseur tue l'ours, il était sensé s'adresser à lui, selon un rituel, et souvent avec bienveillance, le nommer. Il devait s'excuser auprès de l'animal et lui expliquer qu'il devait tuer pour se nourrir et nourrir sa famille. Le chasseur devait supplier l'ours de ne pas être en colère et assurer à l'animal que son corps serait traité avec respect. La façon de tuer était rituellement prescrite, tout comme le dépeçage. Certains chasseurs faisaient des offrandes de tabac à l'animal mort. D'autres l'habillaient avec de beaux vêtements. La dépouille était débitée selon une prescription précise, avec certaines parties, sensés représenter la force vitale de l'animal, exposées ou disposées rituellement de telle manière que l'esprit de l'animal ou sa force vitale puisse retourner chez elle, régénérer la chair, et revenir à la saison prochaine. Les Jivaros de l'Equateur portaient une attention particulière au squelette du gibier, croyant que d'exposer les os attireraient des animaux de la même espèce. La distribution de la viande révélait la hiérarchie et les relations dans les communautés de chasseurs.

La notion religieuse de maître/maîtresse des animaux était connue parmi les peuples de chasseur partout aux Amériques, même si elles variaient dans leur compréhension du rôle, du personnage, et de l'apparence de ce genre de représentation. Les Tupinambas de l'est du Brésil connaissaient une représentation qu'ils appelaient Korupira, qui était le propriétaire de la forêt et de tous les animaux qui la peuplait. Korupira surveillait les actions humaines en relation avec les animaux de la forêt et punissait les chasseurs qui tuaient gratuitement les animaux. Si le gardien des animaux prend souvent une forme humaine, souvent très grande et même grotesque, l'apparence de Korupira était très différente. Il était petit, chauve, borgne, avec des dents vertes et de grandes oreilles, sont corps était couvert de cheveux humains et ses jambes étaient dépourvues articulations avec des pieds tournés vers l'arrière. D'un arbre creux, dans les profondeurs de la forêt, il surveillait les interactions entre les chasseurs et les animaux.

La religion des Kwakiutls de la côte nord-ouest du Pacifique en Amérique du Nord centrée sur l'interdépendance entre les humains et les animaux, s'articulaient autour d'une représentation de repas, de digestion et de régurgitation. Parce que les gens croyaient que les humains et les animaux avaient été semblables à l'époque de la création, ils concevaient les animaux comme une souche primordiale et croyaient que ces animaux particuliers étaient les ancêtres des lignages humains. Pendant la saison de la chasse, les Kwakiutls tuaient et mangeaient le gibier. Pendant l'hiver, l'époque des cérémonies, les humains revêtaient les masques de leurs ancêtres animaux et dansaient comme eux. Les rituels kwakiutls comprenaient souvent des aspects cannibales, représentant la phase réciproque de l'interdépendance humain-animal. Durant l'hiver, les humains étaient rituellement consommés par les animaux et par les grands cannibales mythiques, en retour bienveillant de la consommation estivale humaine du gibier. A travers leurs cérémonies et leurs récits, les Kwakiutls représentaient leur interdépendance vitale avec les animaux.

La pêche et la chasse à la baleine étaient deux formes de chasse présentant des similitudes, dans leurs dimensions rituelles, avec la chasse des animaux terrestres. Les Quileute-Hos de la Péninsule Olympic dans l'actuel Etat de Washington chassaient les baleines dans des canots non pontés. Les baleines fournissaient beaucoup de choses dont avaient besoin les Quileute-Hos : nourriture, huile, fil et de nombreux autres ustensiles. La baleine était une figure centrale de leurs récits traditionnels, jouant un rôle jusque dans la création du monde. Les baleiniers étaient entraînés autant à la science et aux rites de la baleine qu'à l'habileté physique de la chasse. De plus, pour commencer sa carrière, le harponneur subissait des épreuves rituelles. La chasse à la baleine était préparée et conduite par des chants, et l'apogée d'une chasse fructueuse se terminait par la fête ou potlatch.

A l'extrême sud des Amériques, les chamans Yahgan de la Terre de Feu invoquaient les esprits qui habitaient les plages et les animaux marins, les implorant d'envoyer du poisson, des crabes, des oiseaux marins, et autres animaux aux chasseurs et aux pêcheurs.

La chasse constituait un riche volant d'action par lequel les cultures s'entretenaient non seulement pour subsister mais également en donnant du sens aux communautés humaines dans un monde complexe. Le langage de la chasse, les relations avec les animaux, les activités de la chasse, et les rituels l'entourant étaient les moyens qui permettaient aux peuples de chasseurs d'exister en tant qu'êtres religieux.

Pendant des siècles, les observateurs du soleil s'étaient tenus en bordure du village hopi d'Oraibi dans l'actuel Arizona pour déterminer le lieu ou apparaissait à l'aube le soleil dans le paysage qui se découpait su l'horizon. Le calendrier cérémoniel correspondait avec les mouvements saisonniers du soleil au dessus de l'horizon, du nord au sud et du sud au nord. Ces cérémonies ne commémoraient pas seulement les changements de saisons; elles réalisaient le déroulement du temps et étaient le fondement du sens d'un mode de vie que l'on connaît sous le nom de Hopi.

La religion était souvent le reflet des préoccupations des agriculteurs pour le cycle des saisons, la météorologie et la fertilité. Le maïs était la principale plante des agriculteurs dans la vaste région qui s'étend grossièrement de la frontière Etats-Unis-Canada en passant par la mesoamérique et s'étendant jusque dans l'Amérique du Sud. Progressivement domestiquée pour la culture dès 4000 Avjc dans la partie sud de Puebla, au Mexique, le maïs devint par la suite la plante principale de centaines de cultures amérindiennes. Beaucoup d'agriculteurs chassaient aussi, au moins de façon saisonnière. De ce fait, les thèmes animaux et de chasse coexistaient souvent avec ceux de l'agriculture et des végétaux dans leurs expressions religieuses.

Dans la partie est de l'Amérique du Nord, particulièrement dans le sud-est des Etats-Unis, un personnage de femme-maïs était important dans les récits des traditions. Les Cherokees racontaient des récits de Selu, la Femme-Maïs, qui produisait mystérieusement du maïs pour sa famille. Curieux de savoir comment elle s'y prenait, se fils la suivirent jusqu'au coffre à maïs et observèrent en cachette qu'elle produisait le maïs en frottant son corps ou en déféquant. Pensant que cela était mal, les enfants complotèrent pour leur mère. Ayant la prémonition de sa mort, Selu leur demanda de la tuer. Les enfants défrichèrent un morceau de terre et y traînèrent son corps sanglant. Là où son sang touchait le sol poussaient des plants de maïs. L'histoire rapporte l'origine de la culture du maïs : à cause de la mort de Femme-Maïs, la production des épis requerrait le labeur humain. L'histoire montre aussi la relation vitale entre la vie et la mort, entre le sang de la mort et le sang source de vie, une relation qui suggère la continuité à travers une représentation souvent utilisée par les peuples de chasseurs. Le sang, qui parmi les chasseurs était souvent associé avec l'acte nécessaire à la vie humaine de tuer du gibier, est dans cette histoire de maïs associée avec la fertilité féminine, avec le gaspillage et l'élimination (plus particulièrement féminine) et le sol. Dans cette histoire, L'identité paradoxale de la vie et de la mort semble avoir été transformée et étendue à celle du gaspillage et de la nourriture.

D'autres interprétations de cette interdépendance entre la vie et la mort s'exprimaient dans la médiation active du sang dans différentes formes de sacrifices, même humain, pratiqués sur un territoire s'étendant des plaines de l'Amérique du Nord, où les Pawnees sacrifiaient une jeune fille à Morning Star (Etoile du Matin), jusqu'à l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud, où les sacrifices humains jouaient un rôle religieux majeur.

Le manioc, la patte douce et la cacahuète aliments qui sustentaient les Jivaros de l'Equateur, étaient cultivés dans leurs jardins. Les Jivaros mettaient en relation la productivité de leurs jardins avec Nunui, qui était perçu indifféremment comme une déesse vivant dans la terre ou un groupe de plantes magiques. Sous l'influence des hallucinogènes, les femmes jivaros voyaient Nunui comme une femme très grosse de seulement trois pieds de haut et vêtue de noir. Pendant la journée, elle résidait sous la terre, où elle stimulait la pousse des plantations. La nuit, elle émergeait pour danser dans leurs jardins. Les plantations se devaient de ménager un espace à Nunui pour qu'elle danse : le jardin devait être bien soigné, comportant les "bébés" : trois pierres rouges placées sous un bol retourné au centre du jardin. Les Jivaros croyaient que si un jardin n'était pas désherbé comme il faut, il faudrait fournir à Nunui des bébés car, selon leurs récits, Nunui donna autrefois son bébé aux Jivaros : un enfant dodu de sexe féminin. Ce bébé donnait aux Jivaros tout ce qu'ils lui demandaient. Mais les enfants jivaros la maltraitèrent au point qu'elle reprit aux Jivaros tout ce qu'elle leur avait donné. Le seul moyen pour eux d'apaiser Nunui était de lui offrir des "bébés".

Le mode de vie agricole semble avoir correspondu avec une accent mis sur la fertilité féminine et les personnages de déesses. femmes maïs, vierge-maïs, et déesses de fertilité étaient sans aucun doute possible des personnages communs dans les régions agricoles. Toutefois, un mode de vie agricole ne nécessitait pas forcément un accent mis sur le féminin. Les Caua et les Cuebo de la région de Vaupés dans le nord de l'Amazone associaient la fertilité agricole avec le potentiel masculin. Ils représentaient cette interconnexion en pratiquant des danses revêtus de masques phalliques. Les danseurs masqués portaient de gros phallus en liber et utilisaient des cônes rouges pour représenter les testicules. Les mouvements de la danse imitaient le coït. Le point culminant de la danse arrivaient lorsque les danseurs vomissaient une matière d'apparence séminale à travers le village, les maisons et les champs. Les danseurs pourchassaient les groupes de femmes et de jeunes filles, crachant du "sperme" sur elles. L'hilarité et la bonne humeur de telles danses ne refroidissaient pas les ardeurs fertilisantes de la communauté.

A la fin de l'hiver 1064-65, un volcan cracha de la lave et des cendres sur des miles dans ce qui est aujourd'hui le nord de l'Arizona. Le Hisatsinom, "le peuple ancien", qui vivait dans ce territoire prévit l'éruption et s'en alla, emportant même les ossatures des maisons avec lui. Quand le cratère se refroidit, le cône de déjection restant se distinguait par sa coloration rouge au sommet de la face ouest, apparaissant toujours dans la lumière du couchant. On l'appela alors le Sunset Crater (cratère du soleil couchant).

Au cour du quinzième siècle, une période dynamique pour les peuples de la région sud ouest des Etats-Unis, les Hisatsinom avaient fusionné avec les Hopis. Les chasseurs apaches pénétraient sur le territoire, ayant migré du grand nord. Des contact furent établis avec les tribus des plaines et celles de la côte ouest. A la veille du contact avec les Européens, pendant cette période de grande créativité culturelle, on racontait  l'histoire de l'éruption de Sunset Crater qui avait eu lieu quelques siècles plus tôt. C'était l'histoire de Ka'naskatsina, ou Sunset Crater kachina. Cette histoire a récemment été entendu et enregistré de la bouche d'un Hopi, Michael Lomatuway'ma, par Ekkehart Malotki. Elles est exemplaire de la créativité et de la continuité des religions des Amériques. C'est le récit d'un personnage spirituel qui continue de danser au village de Hopi, toujours vivant après tant de siècles.

Dans le récit, une jeune fille du village Hopi de Musangnuvi qui ne voulait ou ne pouvait pas se marier moulait tous les jours le maïs sans interruption. Les jeunes filles s'arrêtaient souvent pour plaisanter avec leurs soupirants. Cette jeune fille ne s'arrêtait jamais. Sa famille se désolait parce qu'elle était en âge de se marier. La famille commença à espérer quand elle entendit la jeune fille s'arrêter de moudre de temps en temps. Avec tact on se renseigna sur l'identité du soupirant. Il apportait en cadeaux de la nourriture, de la nourriture venant d'une autre saison : des épis de maïs grillé alors qu'il n'y avait pas de maïs dans les champs et de la viande de lapin séchée alors qu'il n'était pas aisé de chasser le lapin. La famille était déconcertée, mais tous Hopi pouvaient savoir que le soupirant était un kachina, parce que les kachinas vivent dans un monde à l'opposé du monde des humains. C'est ce que révélaient les cadeaux.

En accord avec les pratiques de cour hopies, l'homme s'arrangea pour que la jeune fille qu'il désirait soit présentée à ses parents. Le soupirant, Ka'nas, ou Sunset Crater kachina, utilisa un arc-en-ciel pour les transporter tous les deux jusque chez lui, en dehors du monde hopi. Quatre fois, il lança l'arc-en-ciel. Au troisième arrêt, la jeune fille eut besoin de déféquer. Son besoin urgent était provoqué par Vieille Femme araignée. Alors qu'elle faisait ses besoins, Vieille Femme Araignée lui parla, rapportant les épreuves difficiles qu'un jeune fille devait affronter pour pénétrer dans la maison d'un kachina. Vieille Femme Araignée s'assit sur l'oreille de la jeune fille et promis d'être son puissant alliée et de l'aider.

Dans la maison du kachina, avec l'aide de Vieille Femme Araignée, la jeune fille passa sans encombre quatre épreuves. Pour la première, elle moulut de la glace en eau qui était gardée par les kachinas pour fournir de la pluie au peuple hopi. La jeune fille réjouit les kachinas en leur préparant une grande fête. Ils le lui rendirent comme se doit le faire la famille du garçon à marier, en se rendant chez elle chargés de cadeaux, pour fêter sa famille et pour les divertir avec des danses. La famille du soupirant habilla la jeune fille comme une jeune mariée. Tout se passa bien et ils se marièrent. Les kachinas retournèrent chez elles, laissant le coupe vivre à Musangnuvi. Grâce au pouvoir de Ka'nas, les Hopis vivaient dans l'abondance.

Mais cette histoire ne finit pas par "ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants." Une bonne histoire ne pourrait finir ainsi. Dans le village vivait un groupe de sorciers, connus de tous sous le noms de "merdes", qui étaient jaloux de Ka'nas. Ils complotèrent contre lui. Une des "merdes" fit un masque ressemblant à Ka'nas, projetant de séduire sa femme en usurpant son identité. Le plan fonctionna. Quoi que Ka'nas et les autres Hopis semblèrent immédiatement savoir ce qui se passait, la femme réalisa ce qui arrivait seulement au retour de son mari. Elle s'effondra et Ka'nas en conclut qu'il ne pouvait plus vivre avec elle et les Hopis. "puisque que tu t'es offertes à ces sorciers" dit-il à sa femme, " tu leur appartient maintenant."

Avec son départ disparut la prospérité des Hopis, mas Ka'nas n'était pas satisfait. Il voulait se venger. Ka'nas creusa un trou au sommet d'un montagne (Sun set Crater, bien sûr) dans lequel il alluma un feu et attira le vent pour attiser le feu. Mais le trou était trop profond et le feu fusionna avec les feux souterrains. Il en résulta une énorme explosion, cause d'un holocauste qui dispersa les Hopis sur des miles. Les gens étaient terrifiés, mais cela ne satisfit pas Ka'nas.

Les années de sécheresse, de vent et de grêle qui suivirent laissèrent les Hopis sans ressources. Toutes les "merdes" finirent pas mourir. La famille de la femme de Ka'nas fut la seule épargnée par la souffrance, de la nourriture lui étant fournie en secret. Après avoir assisté à cette souffrance pendant des années, Ka'nas se radoucit enfin.

Ce merveilleux récit utilise la vieille histoire géologique pour décrire un mode de vie et les difficultés de s'en accommoder. Le récit embrasse des sujets comme la famille et le mariage, la jalousie, le rejet de la sorcellerie et du mal, l'importance de la nourriture, la nécessité de la pluie, et l'interdépendance entre les êtres humains et le monde spirituel. Le récit fait apparaître également des développements complexes et difficiles. Pourquoi Ka'nas et le peuple interprètent-ils l'acte de la femme de Ka'nas comme un adultère? Pourquoi cette femme a-t-elle porter le poids à la fois des épreuves imposées par la famille de Ka'nas et la honte et les conséquences d'avoir été dupée? Pourquoi la famille de la femme cache la nourriture que donne Ka'nas plutôt que de la partager avec ses amis et ses proches? Pourquoi Ka'nas fait-il souffrir tout le peuple alors que seuls les sorciers l'ont offensé? Que dit l'histoire du déguisement et de la personnification?

On ne peut pas répondre simplement à ces questions, sans doute parce que ce n'est pas une histoire qui fournit des réponses. Il est probable que le récit, à travers sa longue tradition, a été exposé pour examiner les inquiétudes des gens qui le racontaient et l'écoutaient; des gens dont le monde était compliqué et parfois difficile à supporter, tout en restant riche de significations. Le récit, bien que parfaitement divertissant, est remarquablement complexe et provocateur. C'est en racontant sans relâche de tels récits et en chantant et dansant des personnages comme le kachina Ka'nas que les cultures de toutes les Amériques ont joui de leur vitalité religieuse.

traduction MVT