Janet Campbell Hale

 

 

Où sont passés les Indiens?

 

"écoutunpeuça" : J'ai vu des blondes

aux yeux bleus qui sont plus indiennes

que certains Indiens pur race", bande de foutus

Indiens vaniteux qui décident qui est Indien

et qui ne l'est pas, et cette espèce de blonde

allemande qui s'accrochait à D. Q. et disait

qu'il n'y avait plus l'ombre d'un seul Indien

pur race, et c'est peut-être vrai. Je connais

personnellement des blancs qui prétendent être Indien

(attention, élevés par des Indiens)

qui vont raconter combien ils ont souffert

des discriminations raciales, rappellent un incident

durant lequel un blanc les regarde et commence

à les insulter à cause de leur indianité.

(Mais n'importe quel imbécile peut voir qu'ils sont blancs

et on ne peut pas imaginer que quelqu'un puisse s'y tromper,

mais tu dois écouter leurs histoires de "discrimination raciale"

parce que tu es poli et que, d'une manière ou d'un autre,

tu as de la sympathie et que tu ne veux pas les blesser.)

Certain vont même jusqu'à prendre un "Nom Indien" et

écrivent de la "Poésie Indienne" qui pulule d'allusions

et d'images de plumes d'aigle, de daim rapide

de notre mère la terre, et même parfois quelque

pollen de maïs pour faire bonne mesure et référence

aux quatre directions qui sont la seule chose nécessaire

pour que ça sonne vraiment indien, voyez-vous,

et ils vous entortillent avec leurs "plus Indien que toi".

Parce qu'ils n'avaient plus foi en leur culture blanche

avaient-ils le droit pour autant de revendiquer une seule goutte

de sang indien, d'être Indien, ou même seulement

un "Coeur Indien, une Ame Indienne",

par conséquent de se revendiquer comme perdant, et dans ce cas,

l'enfer de la condition indienne était la meilleure raison

qu'ils puissent trouver. Nous nous le savons déjà, véritablement,

n'est-ce pas, au plus profond de nous, même ces usurpateurs

savent que nous sommes indiens

et que nous ne voulions pas nécessairement

l'être, mais nous le sommes, et ça, tout le monde aussi le sait;

et tout le monde a pu voir que nos parents étaient Indiens et que

nous vivions dans des réserves, et avions la peau brune, les cheveux noirs

et que nous avions véritablement connu la discrimination raciale.

Ces gens qui gravitent autour de nous et disent que certaines blondes

aux yeux bleus sont plus indiennes que nous me donnent envie

de vomir.

 

Mars 1984

Davis, Californie.

 

 

 

 

 

 


Emma Lee Warrior

 

La nouvelle médecine indienne

 

Tu peux devenir shaman,

c'est facile, me dit ce gars,

comment s'appelle-t-il déjà,

celui de Spokane.

Il demande 350$,

payables d'avance, bien sûr.

 

Il y a d'autres chefs de culte

qui en veulent à ton argent

contre une dose de médecine indienne.

Ils prétendent te guérir

ou jeter un sort sur un ennemi.

Il t'en coûtera encore;

si tu n'as pas le pognon,

ta voiture fera l'affaire

ou un bon cheval,

peut-être même un objet d'art.

La promesse seule

ne suffit pas.

 

Ils mélangent une cuillérée de Sioux,

une goutte de Côte Nord-Ouest,

un soupçon de Sud-Ouest,

et pour faire bonne mesure

une pincée de Plateau

le tout saupoudré de Plaines.

 

Où ont-ils eu

La pipe de Crazy Horse:

c'est un mystère,

Sitting Bull sue avec eux

à tout bout de champ.

 

Médecine indienne, style Hollywood,

 

visions et contacts

achetés avec un chèque des allocations.

Gardien des esprits, noms indiens,

tombent du ciel

comme les fruits du peuplier en juin.

 

Le shamanisme est lucratif,

un voyage à New York,

en Europe, autour du monde,

un livre sur le marché,

une invitation pour un débat télévisé,

la crainte, le respect, la renommée,

acquise par vile cupidité de pacotille,

cherchant une identité à n'importe quel prix;

 

les bourses gouvernementales

pour les camps de survie,

la médecine populaire,

l'Indian Sun Myung Moons.


Wendy Rose

 

Aux poètes blancs qui voudraient tant être indiens

 

 

Juste une fois. Juste assez longtemps

pour happer les mots, ferrés

à nos langues. Vous pensez à nous maintenant

quand sur la terre vous vous agenouillez

quand vous singez le sacré

touristes passagers

de nos âmes.

 

Avec des mots

vous peignez vos visages,

mâchez vos peaux de daim, appuyez votre poitrine

contre l'arbre comme si

partager une mère

pouvait apporter

la connaissance immédiate

et originelle.

 

Vous pensez à nous seulement

quand votre voix réclame des racines,

quand vous êtes assis sur les talons,

et devenez

primitifs. Vous finissez votre poème

et repartez.

 


Jeanetta Calhoun

 

décision

 

pour Carroll Arnett

pfaffikon, suisse, juin 1988

 

Comme je suis vite rentrée

chez moi par la route

pour faire ça

pour m'asseoir sur un antique brocard

et enrouler des fils de laine rouge autour des plumes

destinées à être vendues comme

"Artisanat Indien Authentique"

 

Je suis une indienne authentique, d'accord...

peu importe si j'entends souvent

« mais vous ne ressemblez pas à une indienne ».

trouver la voie, pour nous

métis est difficile

quand nous n'avons pas de respect pour une ancienne

ternie par le sentiment de honte d'avoir

trahi et maintenant tu me demandes

de venir faire un tour.

 

je me suis souvenue de remercier

mes frères et mes soeurs pour

le don des plumes noires et brunes

qui gisent sans vie dans mes mains...

calmement, je lave mes mains quatre fois.

la teinture de la laine ressemble à des tâches de sang.

 

Je pense à la dernière fois où

j'ai enroulé sa tresse de soldat du chien

dans une laine de la même couleur.

Je me souviens de l'honneur et de la beauté

de l'acte...

une fine tresse noire

brillante et vivante

 

Je n'accepte pas le sacrilège de faire des bandes de chapeau

pour des allemands qui veulent jouer aux cow-boys

en plaidant la lassitude

je suis lasse, lasse des trahisons

 

dites à gogisgi

que je ne suis plus

au milieu

de la route.