Historique de la hutte de sudation

 

Pourquoi la sudation? On sait depuis longtemps à travers le monde que la sudation est souvent thérapeutique et qu'elle soigne dans de nombreux cas. "Donnez-moi une fièvre et je peux soigner n'importe quelle maladie." Ainsi parlait Hippocrate. Bien que je ne possède pas les connaissances suffisantes pour discuter les bénéfices médicaux de la sudation, j'ai rassemblé quelques faits intéressants récoltés à de nombreuses sources.

Avant tout, la sudation est une fonction physique indispensable. Elle élimine les toxines de manière si efficace que la peau a été nommée "le troisième rein". Si la peau et les canaux sudoripares sont totalement obstrués, l'être humain meurt en quelques heures.

Deuxièmement, de nombreux virus et bactéries ne survivent pas à une température supérieure à 37°C. Quand nous suons, nous brûlons littéralement des maladies.

Troisièmement, de nombreuses glandes endocrines majeures sont stimulées par une montée en température. Les impuretés contenues dans de nombreux organes sont chassés lorsque les capillaires se dilatent et que le coeur augmente en pulsation pour satisfaire la demande de sang. (Des études finnoises montrent que cela ne fait pas augmenter la pression sanguine. En fait, les hypertendus ressentent une réduction de leur tension notable bien que passagère lors de la sudation en sauna).

Quatrièmement, dans une bain de vapeur où des pierres sont chauffées et où l'on verse de l'eau dessus, une abondance d'ions négatifs est relâchée dans l'air. Les ions négatifs contrent la fatigue et la tension. Il y a un lien entre l'excès d'ions positifs (conditions que l'on trouve dans les lieux enfumés et les maisons équipées d'air conditionné) et l'asthme, les attaques cardiaques, l'insomnies et les allergies, parmi d'autres maladies.

 

 

Les types de sudations

 

Deux types fondamentaux de bains de vapeur étaient courants en Amérique du Nord lorsqu'arrivèrent les premiers Européens. Le bain de vapeur implique l'utilisation de pierres chauffées dans un feu à l'extérieur de la lodge. Les pierres sont transportées à l'intérieur, la lodge est fermée hermétiquement, et après avoir placé du genévrier et du foin d'odeur sur les pierres, l'eau y est versée pour produire de la vapeur. Quand la vapeur est épuisée, les participants quittent la lodge. Ordinairement, on enlève alors les couvertures de la lodge pour la purifier avant une nouvelle sudation. On trouve plus communément la sudation par feu direct dans l'Arctique, parmi certains Inuit, et en Californie. (D'autres groupes Inuit, toutefois, utilisent le type de bain de vapeur de la lodge en chauffant des pierres sous une petite structure en forme de dôme constituée de branches ployées recouvertes de peaux et de couvertures, puis enlèvent les braises avant de verser de l'eau).

Parmi la plupart des amérindiens de Californie, la maison de sudation est une structure permanente dans laquelle des feux sont allumés pour créer une chaleur sèche qui provoquent la sudation. La chaleur peut être quasi aussi intense que dans un bain de vapeur, mais contrairement à la pratique de la hutte de sudation, les participants à ces maisons de sudation sèche peuvent y vivre en permanence ou ne les utiliser que pour des cérémonies. Parmi les Inuit, on utilise parfois des narguilés confectionnés avec des fibres pour prévenir les brûlures de la gorge et des poumons des participants.

Le temescal des amérindiens du Mexique semble être par certains points une combinaison des deux premiers types de sudation. Le temescal ou, selon les mayas, le zampul-che, est une construction permanente. dans les grands temples des Aztèques et des Mayas, ils étaient bâtis en pierre et recouverts de tuiles. Aujourd'hui, dans les villages du Sud et de l'Est du Mexique et du Guatemala, le temescal est bâti en pierre ou en briques d'adobe. Le feu du temescal est allumé dans un four adjacent à la chambre de sudation, avec un mur mitoyen et parfois un conduit de chaleur pour y emmener la chaleur du feu. Le feu chauffe les pierres si intensément que la chaleur se propage d'elle-même dans la pièce où se tiennent les participants. Parfois, on n'utilise pas d'eau, mais le plus souvent, de l'eau est versée sur les pierres des murs chauffés. souvent, on mélange des plantes médicinales particulières à l'eau.

Les premiers bains de vapeur européens

 

Où trouvaient-on des bains de sudation à l'époque de Colomb? Biens qu'ils ne soient pas limités au continent américain, c'était certainement là qu'ils étaient le plus largement répandus et le plus intimement en rapport avec la vie quotidienne des autochtones. D'après des auteurs comme Ivan Lopatin, en Europe, les "bains de vapeur", produite en versant de l'eau sur des pierres chauffées, se limitaient à l'origine aux régions circumpolaires. Le plus connu de ces bains de vapeur européens est bien sûr le sauna finlandais.

En 425 avJC, Hérodote écrivit sur les coutumes du bain de vapeur chez les Scythes (dont le territoire correspond à l'actuelle Russie), décrivant la construction d'une sorte de hutte de sudation. "Quand ils ont installé trois pièces de bois appuyés les unes contre les autres, ils les entourent de vêtements de laine; et les ayant jointoyés du mieux possible, ils jettent des pierres chauffées à blanc dans un récipient placé au milieu." Hérodote explique aussi comment les Scythes placent certains "fruits" sur le feu pour inhaler les parfums, une coutume réminiscente de la pratique amérindienne consistant à placer du genévrier et du foin d'odeur (notre flouve odorante ndt) sur les pierres. Ces bains, nous dit Hérodote, "émettent plus de vapeur que n'importe quel bain de vapeur grec."

D'après Homère et d'autres écrivains de l'Antiquité grecque (qui étaient des passionnés de bain), les bains d'air chaud appelés laconia (auquel se réfère Hérodote) apparurent très tôt et tous les anciens bains grecs comprenaient une petite laconia. Parmi les romains, qui aimaient à copier et à surpasser les grecs, elle devint le balneum romain, de petites pièces de bain utilisant de l'eau chaude et de la vapeur. En 25 avJC, l'empereur Agrippa construisit les premiers bains gigantesques ou thermae. Après la chute de l'empire romain, l'idée du bain de vapeur fut reprise par le prophète Mahomet aux environs de l'an 600 de l'ère chrétienne. Ces hammams arabes (mot venant de l'arabe et signifiant "propagateur de chaleur") furent les ancêtres des bains turcs, que l'on trouve encore à Istanbul et dans quelques villes d'Amériques (et d'Europe ndt).

Dans le Nord de la Russie, les voyageurs ont observé et décrit des maisons de sudation construites en bois, parfois souterraines ou partiellement enterrées depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours. Lopatin remarqua que, comme pour la hutte de sudation amérindienne, "les bains de vapeur russes ont un rôle plus important que seulement nettoyer le corps. Même de nos jours, [1960] les paysans utilisent le bain de vapeur dans un but rituel, pour des rites ésotériques, des traitements thérapeutiques, et même pour des problèmes sociaux. "Le mot Russe pour "prendre un bain" est paritsia, littéralement " se vaporiser". Parmi les Russes et les Slaves du Nord en général, le bain de vapeur est antérieur à l'introduction de la chrétienté. Les saunas de Finlande, Scandinavie, Lettonie et Estonie sont très semblables à ceux de Russie. Comme la hutte de sudation amérindienne, la sudation russe n'était pas simplement réservée aux loisirs mais jouait des rôles social, cérémoniel et hygiénique importants.

Le bain de vapeur était également une pratique celte. Apparemment la coutume d'utiliser une maison de sudation faite de mottes de gazon et de pierres commença en Irlande autour du VIIIième siècle. Dans un essai intitulé "Ancient Irish Hot-Air Bath" publié en 1889, Seaton F. Milligan nota que "jusqu'à une époque récente le bain d'air chaud était reconnu dans de nombreuses partie d'Irlande comme un remède contre les rhumatismes." Et en 1892, un autre document intitulé "An Ancient Irish Hot-Air Bath" fut publié par le Révérend D. B. Mulcahy qui trouva un bain de sudation en usage dans la ferme d'un certain Widom M'Curdy. On disait que les jeunes filles utilisaient le bain de vapeur "pour améliorer leur teint après avoir récolté la tourbe ou cueilli le lin..."

Les similitudes entre le bain de vapeur russe, le sauna (dans sa forme originale) et la hutte de sudation amérindienne sont frappantes. On trouve l'usage d'une petite structure; l'absence de ventilation pendant la durée de la sudation; l'utilisation de baguettes pour se flageller; la fabrication de vapeur en versant de l'eau sur des pierres chaudes; l'utilisation de plantes odorantes; et l'usage à la fois social, thérapeutique et spirituel. Comme le relève Lopatin : Si nous comparons le sauna et la hutte de sudation amérindienne nous les trouvons très semblables. Ils appartiennent tous les deux au même type fondamental et semblent avoir une même origine. Chaque caractéristique du sauna est en même temps une caractéristique du bain de vapeur amérindien."

Autrefois, les bains de vapeurs étaient courants au Japon. On peut trouver une intéressante description d'une forme japonaise de bain de vapeur appelé mushi-buro (ce qui signifie "bain de vapeur") dans le livre "Sweat" de Aaland. Il décrit également le kara-buro ("bain vide") dans lequel la vapeur est dirigée dans une pièce et le todan-buro (bain de planche). Apparemment, on ne trouve plus ces anciens types de bains, similaires à la hutte de sudation amérindienne, qu'à Kyoto.

Il y a aussi des pratiques de sudation dans quelques parties d'Afrique qui ressemblent à celle de l'Amérique du Nord. Aaland mentionne la hutte de sudation du Liberia. Lorsque je vivais en Afrique de l'ouest (de 1966 à 1969), des prêtres fétichistes et des guérisseurs me racontèrent certaines cérémonies de guérison qui utilisaient la vapeur, parfois en mettant des branches de bois vert mouillé sur un feu, ou par la chaleur directe dans un petit espace fermé afin de soigner différentes maladies physiques et spirituelles. D'après ce que j'ai pu constater par moi-même au Ghana, au Togo, au Bénin et au Nigeria, l'usage de la chaleur et de la vapeur pour provoquer la sudation, comme partie des traitements thérapeutiques, était largement répandu.