L'histoire d'un héros cheyenne :

Little Fingernail

 

Propos et poèmes de Lance Henson

 

Il y a de nombreux héros sur les terres indiennes d'Amérique. Leur liste continue de s'allonger. Leonard Peltier, Anna Mae Aquash... Un activiste sioux lakota a disparu il y a deux mois,. Il y a six mois, c'était un activiste navajo qui était retrouvé mort dans son van. La guerre continue. Voilà un poème que j'ai écrit pour un héros cheyenne. Il s'appelait Little Fingernail. En 1878, les Cheyennes du Nord et du sud furent contraints de se rendre en Oklahoma. Les Cheyennes du Nord sont un peuple des montagnes ; ils n'étaient pas accoutumés à la chaleur des plaines et ils commencèrent à mourir. Aussi en 1878, deux chefs cheyennes, Dull Knife et Little Wolf accompagnés de 76 guerriers (dont les plus jeunes avaient 12/13 ans) et leurs familles, l'ensemble formant un groupe de 370 personnes environ, décidèrent de retourner sur leurs terres du nord. Ils accomplirent l'une des tentatives les plus importantes de l'histoire humaine pour sauver leurs vies et je suppose que vous n'en avez jamais entendu parler. Ils entreprirent le voyage de retour vers l'actuel Montana, un voyage de 3000 miles (4800 km). Et il y avait 45000 soldats à leur poursuite et ils y échappèrent, marchant la nuit, brouillant les pistes. En 1879, ces gens furent pris dans une tempête de neige dans le Nebraska aussi les chefs décidèrent-ils de scinder le groupe. Le chef de paix (chef civil) Dull Knife conduirait les malades et les vieux à Fort Robinson, Little Wolf, le chef de guerre, prendrait la coiffe sacré des Cheyennes du nord et continuerait la route vers les terres ancestrales. Quand les gens qui suivaient Dull Knife arrivèrent à Fort Robinson, il y avait une terrible tempête de neige et ils entendaient les soldats venir à leur rencontre. Alors ils démontèrent leurs fusils et leurs revolvers et cachèrent les pièces sur le corps des enfants et des femmes afin de pouvoir les remonter si nécessaire. On les fit entrer dans Fort Robinson, là même où Crazy Horse avait été assassiné et on leur dit qu'ils seraient renvoyés dans les territoires indiens d'Oklahoma. Dull Knife refusa et dit : "tuez nous plutôt tout de suite et ramenez nos corps." Aussi le commandant du fort les enferma-t-il dans des baraques et pendant neuf jours entiers on les laissa sans eau ni nourriture. Little Fingernail était un Dog Warrior (la Société des Guerriers du Chien à laquelle appartient l'auteur compte les plus valeureux guerriers des plaines) et il eut ses vingt ans dans cette prison. Ils décidèrent de s'évader. Quelques jours après le nouvel an, à la tombée de la nuit, ils s'évadèrent. Ils étaient 80/90 à effectuer cette tentative d'évasion. Ils allèrent se cacher dans des grottes. La plupart furent rattrapés et massacrés. Little Fingernail et deux autres guerriers accompagnés de leurs familles se sauvèrent. Pendant onze jours ils progressèrent vers le Nord, vers la haute montagne où ils pourraient se cacher. Ils marchèrent longtemps et étaient si affamés qu'ils mangèrent leurs mocassins. Ils attrapèrent du gibier qu'ils mangèrent cru cars ils ne pouvaient pas faire de feu de peur d'être repéré. Le onzième jour, ils furent rejoints par l'armée et encerclés. Dans le délire dû à la faim, Little Fingernail pensa qu'ils étaient les derniers Cheyennes et il dit à sa femme : "Nous, les trois guerriers, nous allons charger l'ennemi. Quand nous mourrons, tuez nos enfants, parce que cette planète et les blancs qui y vivent ne veulent pas y voir vivre les Cheyennes.Ensuite, tuez-vous." Les guerriers chargèrent. Ils furent tués après s'être battu courageusement en Guerrier du Chien qu'ils étaient. Et les femmes firent ce que leur avaient dit leurs maris. Elles étaient réfugiées dans un trou à bison. Ces fosses fangeuses dans lesquelles les bisons se roulent avec délectation pour se couvrir de boue. Quand les soldats arrivèrent, il était trop tard. Beaucoup de soldats quittèrent l'armée après avoir assisté à ces atrocités et massacres provoquées par l'attitude de l'armée américaine.

Little Fingernail était un artiste. Il avait peint dans un carnet de croquis des portraits des gens de son peuple. Il portait ce carnet en bandoulière, suspendu dans son dos. Il y avait deux impacts de calibre .50 dans le carnet. On vola le carnet de sur son dos et il est maintenant au New York Museum of Natural History à Washington. Ma tribu essaie de récupérer ce carnet pour l'installer dans un sanctuaire, en Oklahoma, sur notre réserve, parce que Little Fingernail est un héros.

recueilli par Manuel Van Thienen lors de la tournée européenne 1995.


ho do vi i  ni ski oh hiv

 

ho do vi i

     ma gi mi

              i ya do dayo hi ah moo mii i

 

nivi payu gist ut

     vi hoo mi ni no

 

i yi mi zo zi yoo

hani

am mhoo ma zi soto zi

voo

 

ha ho

     ha ho

 


sang de bison

pour little fingernail

 

sang de bison

              baie de sumac

                                ciel bleu

 

tes croquis

              les dévisagent

 

ils traversent

le miroir

de l'étoile

du matin

 

merci

                merci


january song

 

1

a large rough legged hawk lifts

out of a walnut tree

as i pass

it turns and flies over

the jeep

its shadow the swift sound

of a winter river

 

2

in morning hours there resides

a small time

fragile in the reddening

resonance of first light

 

3

who remembers you little fingernail

perhaps the tiny wind

is your voice

singing in terrified joy

over the buffalo blood and ash

that were you colors

 

 

 

 


chant de janvier

 

1

une grande buse pattue décolla

d'un noyer

à mon passage

elle vira et passa au dessus

de la jeep

son ombre le son vif

d'une rivière en hiver

 

2

ici pendant les heures matinales

un instant fragile

vit dans l'écho

rougeoyant des premières lueurs

 

3

Qui se souvient de toi fingernail*

le vent ténu est peut-être

ta voix

qui chante d'une joie terrifiée

sur la cendre et le sang du bison

qui étaient tes couleurs

 

Extrait de Strong Heart Song (bilingue) éditions Poésie-Rencontres. 1995. (tirage épuisé en trois mois!)

Traduit de l'américain par Manuel Van Thienen