La religion est-elle possible?

Une étude sur les efforts entrepris actuellement pour revivifier les religions tribales traditionnelles.

 

Vine Deloria Jr.

 

Beaucoup d'Indiens sont agacés, et à juste titre, par l'appropriation massive des rituels, des symboles et des croyances amérindiens par les non-Indiens. Un grand nombre de magazines et de journaux nationaux ainsi qu'une myriade de brochures, posters et autocollants proclament les merveilles de l'enseignement de gens comme Wallace Black Elk, Richard Erdoes, Sun Bear, Lynn Andrews, Edward Mc Gaa et une multitude d'illuminés faisant partie du circuit des medecine-men indiens du New Age. Même les sérieuses églises chrétiennes tentent fébrilement de rafistoler leurs doctrines et programmes pour se mettre au goût du jour et coller avec le nouvel intérêt pour les idées religieuses indiennes. Les écologistes de tout poil y compris les "véritables écolos" patentés, revendiquent un lien avec les croyances traditionnelles indiennes de telle sorte qu'on finit par se demander si les tribus n'ont pas gagné les guerres indiennes et en définitive chassé les envahisseurs de leurs territoires.

Quelques problèmes épineux persistent. Le Pape parfois doit choisir entre les versions indienne et chicano de l'histoire de la Californie et considérer Junipero Serra tantôt comme un psychopathe tantôt comme un saint. D'autres confessions chrétiennes doivent expliquer pourquoi, après cinq cents ans de persécutions et d'oubli, ils découvrent maintenant des saints indiens et des individus touchés par la foi -des gens qu'ils n'auraient jamais admis de leur vivant dans leurs délibérations ecclésiastiques. Et les Indiens doivent décider si le fait d'ajouter une pipe et une loge de sudation dans l'organisation d'un banquet et d'un colloque annuel sanctifie nécessairement les programmes et les décisions des groupes participants.

En bref, les affaires de religions traditionnelles indiennes sont totalement désastreuses.

Nous devons, si cela est possible, creuser au-delà de la rhétorique et de la poésie des expressions actuelles des pratiques religieuses par les Indiens et leurs admirateurs, et examiner si, oui ou non, la popularité des traditions indiennes a une quelconque substance et si, oui ou non, quelque chose d'utile et de constructif peut s'en dégager. Ce sujet peut être étudié de tout les points de vue mais il est plus aisé d'examiner les démarches qui ont été faites au nom des religions indiennes et de se demander quel impact celles-ci ont sur la vie des gens. Le sujet est urgent car le Congrès étalbira une législation générale pour protéger les religions traditionnelles indiennes dans sa prochaine cession et il serait bon de commencer à tirer au clair ce que nous allons lui réclamer comme protection.

Une affirmation constante des Indiens qui prétendent pratiquer les cérémonies traditionnelles, pour le compte des non-Indiens ou des Indiens des villes, est qu'ils ont été initiés par leurs anciens et que ceux-ci leur ont dit qu'ils devaient aller annoncer la vérité -souvent, avant la fin apocalyptique du monde actuel et pour préparer la venue d'un monde nouveau. Certaines de ces affirmations, qui m'arrivent sous forme de lettres, ressemblent davantage aux Actes des Apôtres qu'à ce que j'ai pu entendre des anciens de nos tribus. Si nous tenons ces affirmations pour véridiques, nous disons en fait que les religions traditionnelles indiennes sont devenues des oeuvres missionnaires et cherchent à convertir dans un large contexte interculturel. Cette affirmation est contraire à toute croyance de quelque tradition tribale que ce soit mais elle est peut-aussi être une nouvelle révélation apparaissant au terme de ce monde.

Contrairement aux religions occidentales qui tentent de convertir le plus de vrais croyants possibles et de les convaincre d'une interprétation de l'histoire planétaire correcte, les religions tribales sont reconnues comme des communications particulières entre les esprits et un groupe défini.

L'exhortation qui accompagne les enseignements et les rituels apprennent à ce groupe précis comment pratiquer avec foi les cérémonies et comment agir de manière responsable sur la terre, dans la période historique où il vit en tant que peuple. Des prophéties qui donnèrent aux peuples des signes de l'imminence de la fin du monde lorsque ces mondes furent créés et détruits, accompagnent souvent les cérémonies. Il n'y a toutefois pas de demande expresse d'aller informer et instruire d'autres peuples dans le monde par les rituels et les croyances de la tribu. Les gens sont sensés suivre leurs propres enseignements et supposer que d'autres peuples suivront le leur. Ces instructions furent régulièrement suivies et par conséquent aucune instance tribale ne fit la guerre à une autre tribu à cause de différences religieuses. En conséquence, la situation actuelle est radicalement contraire à tout ce que nous avons perçu jusqu'à présent de la religion traditionnelle.

Nous allons donc étudier la nature des enseignements et des pratiques diffusés aujourd'hui dans la société américaine. L'ensemble des emprunts semble consister en un corpus d'enseignements, qui possèdent une proposition universelle ayant peu d'impact sur la manière dont la plupart des gens se comportent et une appropriation de la loge de sudation, de la danse du soleil et de l'usage de la pipe. De ces pertes nous pouvons remercier les Sioux d'aujourd'hui et leur intense désir de se conduire en hôte pour la foule cosmopolite qui déferle sur les réserves de Pine Ridge et de Rosebud. Comme si c'était la règle, Nous ne voyons jamais de non-Indiens ou de New age, pratiquer des cérémonies tribales autres que celles des Sioux des plaines du Nord et donc nous pouvons en conclure que la majorité des autres tribus font jusqu'au bout honneur au pacte sacré, ou que les Sioux ont reçu quelque révélation particulière leur enjoignant d'universaliser leurs traditions -peut-être dans le but de protéger les pratiques religieuses des autres tribus.

Le permier message sous-tendu dans la pratique du New Age et de la religion indienne populaire est que tout est en relation. Le second est que tout est circulaire ; dans cette circularité sacrée il y a quatre directions qui ont un certain degré de puissance quand elles sont invoquées en fabriquant une "roue médecine"- pratique rendue populaire par Hyemeyohsts Storm's Seven Arrows. Il ne semble pas que cette idée de relation entre des figures géométriques et des directions matérialisant des sources possibles d'énergie sacrée soit particulièrement révolutionnaire ou que cela nécessite d'être cantonné spécifiquement à la tradition tribale. En effet, Albert Einstein défend la même proposition en développant sa théorie de la relativité, et bien qu'il ne l'applique pas directement aux plantes, animaux et personnes, il suggère bien que toute mesure, et peut-être même toute expérience, est possible à l'intérieur d'une construction spécifique du monde physique qui admet que l'univers ne contient pas des entités isolées. Ainsi, si nous ressentons que les religions traditionnelles ont été lésées d'une certaine manière, en informant des gens hors de la tribu, alors c'est que les religions traditionnelles contenaient en fait peu de vérité.

L'usage et l'abus de la loge de sudation, de la danse du soleil et de la pipe sont un tout autre problème. La loge de sudation n'est pas une exclusivité des traditions des plaines, en fait, des formes de loge de sudation étaient répandues dans les pays scandinaves bien avant la chrétienté. Elle est devenue un rituel inter-tribal, un rituel à part entière dans lequel la plupart des participants ne sont pas Indiens. Avant d'être trop inquiétés par l'universalité de la loge de sudation, nous devons nous souvenir que de nombreuses tribus l'utilisent comme purification avant de pratiquer d'autres cérémonies qui ont une signification plus profonde. Si nous admettons qu'aujourd'hui la participation des gens à la loge de sudation est simplement une recherche de purification, il ne semble pas que cette violation de la religion traditionnelle soit préjudiciable.

L'utilisation abusive de la danse du soleil est bien plus grave et demande un examen critique plus approfondi. Les danses du soleil sont pratiquées dans des lieux fort éloignés de leur probable origine et par des peuples qui n'ont rien à voir avec les traditions tribales des plaines ou des montagnes. Mais même au coeur des plaines nous nous sentons trahis et leur popularisation n'aurait pas été admise une génération plus tôt. Certaines danse du soleil se déroulant sur les réserves Sioux relèvent plus de la fête foraine que de la fête religieuse. Certains peuples mélangent chrétienté et danse du soleil, d'autres encore permettent les photographies, les hordes d'écrivains et de spectateurs non-Indiens qui affaiblissent le contenu religieux des actes. Peut-être, comme nous l'ont enseigné d'anciennes prophéties, approchons-nous du temps où les cérémonies de ce monde deviendront inutiles et entrons-nous dans une période entre deux mondes où aucune cérémonie ne sera viable. Peut-être faut-il décréter un état des lieux clair sur le sérieux des cérémonies et refuser d'autoriser les gens extérieurs aux traditions respectives à pratiquer ces danses.

L'usage de la pipe est tout aussi sérieux et compliqué. Beaucoup de non-Indiens possèdent des pipes pour des raisons purement profanes et la fabrication de pipes est un art qui prend une ampleur qu'il ne faut certainement pas laisser sans contrôle aujourd'hui. Un étrange mélange d'exaltation traditionnelle et de modernité a créé une situation très confuse en ce qui concerne le respect de la pipe. Autrefois, presque tout le monde avait sa pipe et on la fumait autant pour le plaisir social et l'hospitalité que pour des motifs religieux. Aujourd'hui, on entend dire que certains sont des "gardiens de la pipe" comme si posséder une pipe entraînait l'individu dans quelque confrérie secrète. De nombreux non-Indiens utilisant la pipe prétendent être des "gardiens de la pipe" patentés et pratiquent une ahurissante combinaison de gestes avec la pipe, les faisant passer pour des cérémonies particulières qu'ils affirment avoir été autorisés à pratiquer. Ce faisant, ils tirent avantage de quelques relations obscures avec la religion traditionnelle tout en échappant à la nécessité d'une vie présente entièrement consacrée à la vie religieuse.

La façon dont j'ai vu les nombreux Indiens et non-Indiens utiliser la pipe ne me permet pas de dire que j'y aie trouvé un réel irrespect ou une exploitation de la pipe. Ils l'allument, disent quelques prières et la font circuler parmi le groupe demandant à chacun de dire une prière ou de murmurer "A tous mes parents". Parfois ces simples actions évoquent un comportement de grand respect de la part des non-Indiens, davantage parfois que celui qu'ils montrent à l'égard de leurs traditions et pratiques. Dans une société totalement ravagée par la cupidité et l'individualisme, on pourrait souhaiter que la pipe apporte un sens plus profond de la communauté et du partage et si un quelconque progrès était fait dans ce sens, nous pourrions être reconnaissants pour ce que la pipe est capable d'accomplir.

En examinant chaque aspect de l'exploitation de la religion traditionnelle par les non-Indiens, nous ne découvrons pas de choses franchement mauvaises, alors pourquoi cette situation nous dérange-t-elle tant? En fait, notre problème est en rapport avec la manière dont les non-Indiens reçoivent les pratiques et les croyances traditionnelles et ce qu'ils en font. Les non-Indiens sont issus de traditions qui attachent beaucoup d'importance aux représentations publiques et aux vertus individuelles. Lorsqu'elles sont transformées, ces traditions ont une tendance effrayante à devenir plus zélées que celles du peuple dont elles ont reçu le message. Tout comme l'apôtre Paul était considérablement plus agressif que les douze disciples ; à chaque génération de non-Indiens, nous trouvons des zélotes et des bigots qui tentent d'imposer leur point de vue à tous.

La plupart des difficultés rencontrées aujourd'hui par les Indiens dans l'appropriation des rituels et des enseignements indiens concernent l'attitude de supériorité adoptée par les non-Indiens dès qu'ils ont certaines connaissances des choses indiennes. La plupart du temps, ils ont une attitude sarcastique, pharisienne qui fait bien comprendre aux Indiens comme aux non-Indiens, qu'ils savent tout de la religion indienne. C'est ce message, souvent transmis dans un langage arrogant, qui rend furieux de nombreux Indiens car, voyant l'effet de la transmission des idées et des objets rituels, les Indiens comprennent à quel point leur religion a été pervertie. Les spoliateurs non-Indiens véhiculent aussi l'idée que les Indiens sont un peuple conquis et que tout ce qu'ils possèdent, absolument tout, pipes, danses, terre, eau, plumes, tambours, et jusqu'aux prières, peut être pris, qu'ils le veuillent ou non.

Les non-Indiens, coupables de s'être appropriés des idées religieuses indiennes et des objets sacrés, répondent souvent que la religion est faite pour être partagée et quelques medecine-men indiens New Age justifient leur actes abusifs en insistant sur le fait qu'ils ne font que partager ces idées et ces objets. Nous sommes là à un tournant fondamental dans l'interprétation qui nécessite d'être observé sous tous ses angles. Les religions occidentales mettent l'accent sur "la Bonne Nouvelle", les Evangiles, qui s'adressent à tous et qui doivent être partagés. Le problème c'est qu'on ne partage que les idées. Ainsi, la spoliation des terres indiennes est justifiée par l'argumentation : les non-Indiens apportèrent le christianisme et par conséquent l'échange a été un marché honnête. Les Indiens sont donc placés dans une position où ils doivent tout partager avec les autres mais ceux-là n'ont pas besoin de partager avec nous.

Dans les voies traditionnelles anciennes de la plupart des tribus, la connaissance des cérémonies, des rêves et des messages reçus lors des quêtes de vision, sont des affaires personnelles. Les gens n'ont pas besoin d'être convertis à quoi que ce soit parce que la communauté tribale connaît déjà, dans ses grandes lignes, ce que signifie la réalité universelle. La connaissance religieuse est une affaire qui regarde strictement l'individu. Quelqu'un a la connaissance parce que des pouvoirs supérieurs veulent qu'il ou elle ait cette connaissance; ce n'est pas pour qu'elle soit distribuée aux masses sous prétexte qu'elle est un beau message. Cette connaissance impose des devoirs et des responsabilités à l'individu qui a été ainsi choisi. Beaucoup de gens évitent de chercher une Vision ou de faire des cérémonies parce qu'ils savent trop bien combien est lourde cette responsabilité d'agir pour leur peuple et que celle-ci pèserait sur leurs épaules.

Etre en relation avec les plus hauts pouvoirs connus ne saurait décharger l'individu de ses devoirs religieux envers la communauté tribale.

L'introduction du non-indien dans cette équation en change complètement le résultat. L'effet recherché en prêchant l'Evangile parmi les non-indiens fut de relever l'individu de son devoir de vivre les croyances et d'empêcher cette personne de simplement transmettre le message aux siens. La différence peut être résumée aisément : les vrais traditionnels pratiquent et ne prêchent pas, tous les autres prêchent et ne pratiquent pas. Aussi lorsqu'on voit certains d'entre nous organiser des cérémonies pour des non-indiens plutôt que de rester avec leur communauté et pratiquer des cérémonies pour leur peuple, nous pouvons tout simplement conclure qu'ils sont devenus des non-indiens en ce qui concerne leur loyauté fondamentale.

(...)

Durant ces dernières années j'ai visité environ dix réserves indiennes dans différentes parties de ce pays et j'y ai participé à de nombreuses cérémonies et à des conférences où se retrouvaient un nombre important de traditionalistes sollicités pour donner leur point de vue sur la législation en ce qui concerne la liberté religieuse (religious freedom legislation). J'ai été terriblement impressionné par la renaissance de très anciennes cérémonies dans certaines de ces réserves et le sérieux avec lequel les traditionalistes abordaient le problème de l'appropriation des cérémonies. Pour la plupart, ils s'étaient simplement retirés des cérémonies qui avaient été adoptées par les non-indiens et pratiquaient des cérémonies ayant plus de signification et d'importance. Je ne mentionnerai pas de cérémonie particulière ou de groupe traditionnel car agir ainsi en ferait des objets de curiosité pour les non-indiens qui cherchent toujours à s'approprier davantage de traditions.

En essayant d'éclaircir la situation présente il m'est apparu que les anciennes prophéties de destruction totale et universelle seraient peut-être vraiment réelles -et pas très éloignées de nous. Si la destruction physique totale s'avérait une possibilité certaine, les survivants auraient besoin d'avoir quelque chose en commun, déjà présent dans notre monde, à échanger afin de reconstruire une société. Il n'est donc pas mauvais que les anciennes vérités soient comprises par un grand nombre de gens qui, après avoir survécu à un cataclysme et un raz de marée, seraient enclins à croire que Notre Mère la Terre est vraiment plus puissante que la science et la technologie humaines. Les survivants devront avoir un peu d'humilité et de respect pour le monde naturel.

Tout ce que nous voyons aujourd'hui semble être une tentative de mettre du vin nouveau dans de vieilles bouteilles ce qui est tout simplement impossible. Quand les anciens cercles de vie furent brisés, il y a des milliers d'années pour la plupart des non-indiens, et il y a un siècle pour la plupart des Indiens, la possibilité de retrouver ce sens originel de révérence et de respect fut perdu à jamais. Nous avons simplement été mis hors jeu des possibilités logiques de ce que les fragments de ces cercles originels rendaient possibles aux êtres humains. Les cérémonies restantes et les praticiens traditionnels peuvent très bien jouer le rôle de points focaux autour desquels les êtres humains pourront un jour se retrouver eux-mêmes. Nous pouvons maintenant rassembler ce qui est perdu et espérer que cela démontre la viabilité de ce qui nous fut donné il y a longtemps et qui peut suffire pour le temps de notre vie.

Nous devons vraiment affronter une absurdité considérable en ce qui concerne la liberté religieuse et nous devrions y porter une attention soutenue. En Amérique, la loi constitutionnelle reconnaît à chaque personne le droit de choisir sa propre religion et, en pratique ce droit signifie que chacun peut valoriser le dieu qu'il désire en accord avec sa propre vie. Valorisation signifie en termes américains : santé physique et plaisir des sens. Les religions indiennes ont été logées à cette enseigne par la Cour Suprême et deux décisions, Lyng et Smith, ont dénié aux peuples traditionnels le droit de pratiquer leurs cérémonies religieuses. Ces cérémonies n'étaient pas pratiquées pour obtenir une nouvelle voiture, un travail ou l'amour mais pour valoriser la Terre et toutes les créatures vivantes. Néanmoins elles furent considérés comme si elles cherchaient seulement un avantage matériel individuel ou commun.

Le véritable message de ces décisions de la Cour Suprême est que l'état est suprême et que personne, Indien ou autre, n'a besoin de perdre son temps à prier pour la terre et les êtres vivants qui la peuplent. Probablement parce que ce genre de prières interfèrent avec celles des gens qui prient pour obtenir une BMW ou d'autres biens de consommation. A moins que les peuples traditionnels soient autorisés à prier et mener des cérémonies pour la terre et ses enfants, nous nous trouverons dans une situation ou personne ne saura ce que l'avenir réserve. Peu importe si les gens croient ou non dans les prières offertes par les peuples traditionnels. Ce qui importe c'est la croyance, maintenant énoncée par l'Etat, selon laquelle nous ne devons pas nous intéresser à la création ou avoir une relation bénéfique avec elle.

Nous ne pouvons pas prédire ce qui arrivera dans les années à venir. C'est comme si ces conditions avaient développé ce qui devait conduire à des changements catastrophiques majeurs. Nous devons rassembler nos peuples traditionnels encore davantage que par le passé. Nous devons recevoir leurs messages et leur perspicacité très sérieusement et changer fondamentalement notre manière de vivre. Là où les cérémonies sont pratiquées de nouveau, ou là où elles reviennent au grand jour, nous devons être certains qu'elles seront respectées et ne deviendront pas un atelier du circuit New Age californien. Nous devons nous montrer confiants : montrer du respect pour nos traditions c'est nous montrer responsables. Au sens propre, nous ne pouvons pas "revivifier" une religion en regardant derrière nous. Ce que nous pouvons faire c'est respecter les traditions religieuses et leur permettre de nous emmener plus loin dans le futur. C'est ce que les anciennes voies nous ont toujours promis de faire.

 

1992. Vine Deloria Jr, professeur à l'Université du Colorado de Boulder.