Savoir qu'on appartient à un lieu

David Suzuki

 

Chaque parent connaît la réponse d'un jeune enfant lors de sa première rencontre avec une fleur ou un papillon (ou une araignée, un serpent dans notre cas). Il n'a pas de répulsion ou de dégoût -il y a attraction et fascination immédiate.

Souvent, l'enfant se précipitera pour toucher. Cette curiosité est une particularité prévisible de nos enfants. Si vous avez déjà observé un enfant jouant avec un chien ou un chat, vous avez été témoins d'une profonde expression de relations - un besoin de l'autre, de l'animal.

Cependant nous soumettons nos enfants à un lavage de cerveau avec un message très différent : avec notre arsenal d'armes chimiques pour combattre et soumettre la nature dans nos maisons et nos jardins, nous apprenons à notre jeunesse à éprouver peur et dégoût pour le monde naturel. En agissant ainsi, nous instillons un sentiment d'isolation, ou de séparation des autres êtres vivants, pour que nos enfants trouvent leur place dans un monde de fermes et de villes industrielles. Avec pour résultat la perte de notre sens d'appartenance à un lieu qui nous maintenait en harmonie avec le reste de la nature. Maintenant, libérés des contraintes, nous assaillons l'écosystème avec toutes les caractéristiques d'un cancer dans un corps physique.

De ce point de vue, nos activités habituelles, détruisant la diversité biologique sur la planète, peuvent être perçues comme l'expression d'une psychose collective : l'illusion qu'en soumettant la nature, nous "contrôlons", "améliorons" et "progressons".

Nous avons désespérément besoin d'une nouvelle compréhension de notre relation avec les autres formes de vie.

Cela est possible. Il y a quelques années, je demandai à un artiste Haida ce qui arriverait à son peuple si les grands arbres des îles de la Reine Charlotte étaient abattus. Sa réponse m'électrisa : "Je pense que nous serions comme les autres." Il poursuivit en parlant d'une manière émouvante de sa parenté avec le corbeau. La spiritualité et le sentiment de relation profonde entre la terre des autochtones et ses habitants nous offrent une réelle opportunité de soigner notre maux qui résultent de notre rupture d'avec la nature.

 

 

 

 

 

-Est-ce que tous les chrétiens vont au paradis?"

-"Bien sûr."

-"Alors je préférerais aller en Enfer."

 

 

Réplique du chef taïno, Hatuey, à un moine au moment de son exécution sur le bûcher.