Fables mayas

recueillies par Victor Montejo.

 

 

Plus de six millions de Mayas vivent actuellement au Guatemala, dans le sud du Mexique et au Belize. Depuis les années 1980, les Mayas ont commencé d'immigrer vers les États-Unis et aujourd'hui, cent mille d'entre eux vivent en Californie, dans le Colorado, l'Arizona, la Floride et d'autres états. Ils appartiennent à une civilisation vieille de plus de 3000 ans. Victor Montejo est un Maya Jakaltèque des montagnes du nord-ouest du Guatemala, près de la frontière mexicaine. En 1930, l'anthropologue Oliver La Farge nomma les Jakaltèques " les gardiens de l'année." Il fut stupéfié de l'aptitude des Jakaltèques à se souvenir et à utiliser le complexe calendrier rituel des anciens Mayas.

Victor Montejo est lui-même un gardien de la connaissance et de la sagesse Jakaltèque. Il est trilingue et triculturel. sa langue maternelle est le Jakaltèque, une des 31 langues mayas encore parlées aujourd'hui au Guatemala, dans le Sud du Mexique et au Belize et il parle également l'espagnol et l'anglais. La vie l'a entraîné des montagnes et des champs de maïs de sa communauté au Guatemala vers New York et le Connecticut. Il a fui de sa communauté à cause de la violence et de la terreur destructrice menée par la politique guatémaltèque envers son peuple et sa culture. Il raconte cette odyssée qui fut aussi celle de plus de cent mille Mayas dans un livre publié par Curbstone Press, Testimony: death of a Guatemalan Village.


L'oiseau qui nettoya le monde

 

Nos ancêtres Mayas parlent d'un déluge qui recouvrit et détruisit le monde entier. Ils disent que les eaux montèrent et montèrent, recouvrant les plus hautes montagnes et les collines et tuant tout ce qui vivait sur terre. Une seule maison resta émergée. Dans cette maison toutes les espèces d'animaux entrèrent et se cachèrent.

Les eaux recouvrirent la terre pendant longtemps. Puis, très lentement, elles commencèrent à baisser, jusqu'à ce qu'enfin les eaux turbulentes dévoilent la terre sous un nouveau jour. Quand cette maison était encore entourée par les eaux, ils envoyèrent au loin Ho ch'ok, le cygne trompette, pour scruter l'horizon. Comme les eaux étaient encore hautes, le cygne trompette revint rapidement, sa mission achevée.

Quelques temps après ils envoyèrent Usmiq, le busard, pour qu'il apprécie de combien avaient baissées les eaux. Le messager, décrivant de grands cercles dans les airs, quitta la maison. Après avoir volé un moment, il se dirigea vers une des nouvelles collines émergée et se posa la faim au ventre.

Là, il trouva beaucoup d'animaux morts et putréfiés. Oubliant sa mission, il se mit à dévorer des morceaux de viande jusqu'à ce qu'il eut apaisé sa faim.

Quand il rentra pour faire son rapport, les animaux ne voulurent pas le laisser entrer parce qu'il sentait mauvais. Et pour le punir de sa désobéissance, Usmiq fut condamné à ne manger que des cadavres et à nettoyer le monde de toute sa pourriture et de sa puanteur.

Depuis ce temps là, le busard est appelé "l'oiseau qui nettoie le monde" parce que son devoir est d'enlever à l'aide de son bec tout ce qui peut infecter la terre. Usmiq, le busard, dut se contenter de son sort, et depuis il passe son temps à voler et à décrire des cercles dans le ciel ou bien il se poste sur les falaises à la recherche de cadavres à manger.


Parfois le mal rachète le bien

 

Le lapin passa son temps à emprunter de l'argent et des objets jusqu'à ce qu'il possède la moitié du monde. Il n'avait rien remboursé ni rendu. Maintenant il était bien ennuyé et essayait de trouver un moyen de s'en sortir.

Quelques temps plus tard, il eut une idée fantastique pour se tirer de ses ennuis et de ses dettes, cependant il avait besoin du chasseur pour l'aider. Il alla de maison en maison, rendant visite à toutes les personnes à qui il avait emprunté de l'argent ou des objets. Il leur dit qu'il les attendait tous chez lui le lendemain et qu'il leur rendrait leur argent et tous ce qu'il leur avait emprunté.

Le lendemain, le cafard arriva le premier pour récupérer son argent. Le rusé lapin lui jeta un regard désolé et lui dit, "Je sais que tu es venu pour récupérer ton argent, ami cafard, et je te rembourserait aujourd'hui. Mais d'abord, je t'en prie, précipite-toi sous le lit car la poule va venir!"

Le cafard se cacha rapidement sous le lit au moment même où entrait la poule.

"Je suis venue récupérer mes affaires," dit la poule. Et le lapin lui dit ce qu'il avait dit au cafard. "Bien sûr que je vais te rendre tes affaires, mais d'abord tu dois te cacher sous le lit car voilà coyote qui arrive."

Effrayée, la poule se précipita sous le lit. Elle vit alors le cafard, le becqueta et l'avala en un clin d'oeil.

"Je veux l'argent que tu m'as emprunté," dit le coyote en entrant.

L'intelligent lapin répliqua, "je te rembourserai pour sûr, mais vite, cache-toi sous le lit car je vois le jaguar qui arrive."

Le coyote, tremblant au seul nom du jaguar, rampa sous le lit où il trouva la poule et il la dévora voracement.

"Je suis venu récupérer ce que tu m'as emprunté," gronda le jaguar d'un ton menaçant.

Le lapin garda un air détaché et répondit, "Je vais te rembourser, je te le promets. mais d'abord je t'en supplie cache-toi sous mon lit car je vois venir le chasseur!"

Le jaguar, effrayé par le chasseur, disparut sous le lit en un éclair. Et il se retrouva à côté du coyote dont il fit son festin.

Le chasseur entra en courant dans la maison le fusil armé et cria au lapin, "me voici. Où est ce jaguar qui t'ennuie?"

Le lapin montra son lit. c'est ainsi qu'il remboursa tous ces frères qui lui avait offert un jour leur aide alors qu'il était dans le besoin.


Celui qui coupe les arbres coupe sa propre vie

 

Quand j'étais enfant mon père me disait souvent, "mon fils, ne coupe pas les arbustes verts sans raison. Chaque fois que tu fais cela tu abrèges ta propre vie. Tu te prépares une lente agonie."

Cet mise en garde m'inquiète toujours, particulièrement depuis l'époque où j'ai coupé à la machette et avec insouciance quelques petits arbres au bord de la route.

L'avertissement de mon père n'avait rien de nouveau : il venait des anciens qui l'avait dit dans des temps reculés. Et mon père qui connaissait leurs enseignements, me les répétait ainsi qu'à mes frères. Maintenant, lorsque j'entends parler de pollution, d'érosion, de déforestation, je comprends la valeur de cette vieille philosophie. Ces choses sont des signes de la lente agonie que nos anciens pressentaient quand ils disaient, "celui qui coupe les arbres sans raison, abrège sa propre vie."


Le travail du moustique

 

Le moustique court toujours de grands risques quand il va au travail : il ne sait jamais s'il reviendra chez lui vivant. Le plus souvent il meurt en piquant sa victime. Pauvre bougre lorsque la chance lui fait défaut. Il est surpris sur le fait et une claque de la main de la victime l'aplatit en pleine action. S'il est suffisamment agile et chanceux, alors il peut apaiser sa faim et continuer sa route en vrombissant.

C'était le cas de ce moustique qui vrombissait gaiement après avoir piqué un vieil homme endormi. Sur le chemin il rencontra un autre moustique qui cherchait encore son repas, et il lui demanda:

"Où vas-tu, frère moustique?"

"Je vais boire un peu de sang dans le vallon."

"Et quand seras-tu de retour?"

"Seule la claque de la main pourrait te le dire."


L'enfant qui avait des visions

 

Le vieux chien Tusik sortait dans la cour chaque nuit et aboyait, ses grandes oreilles dressées comme s'il voyait sur le large horizon des fantômes diaboliques se jeter sur lui. Ce chien efflanqué grattait ses puces avec nonchalance, et la nuit il aboyait frénétiquement et sans cesse après l'horizon. Cette habitude ne laissait jamais un moment de répit ni au propriétaire de la maison ni au chien.

Les mères disaient à leurs enfants, "Les chiens qui aboient toute la nuit comme Tusik ont des visions et peuvent voir d'étranges choses que ni autres chiens et encore moins les humains ne peuvent voir. Et loin d'être une chance pour le chien, cela devient une plaie qui l'empèche de dormir. Et le pire, c'est qu'il est toujours effrayé."

Le petit Tik-Lol, qui entendit cela, voulut vérifier si c'était vrai. Un après-midi, ne tenant pas compte des paroles de sa mère, il attrapa le chien et essuya l'épaisse chassie collée au coin de ses yeux ouverts. Puis il frotta ses propres yeux avec elle comme si elle était une pommade qu'il avait prélevé des yeux suintant de Tusik.

Peu de temps après, le garçon commença à voir d'étranges choses et ses cris réveillèrent les voisins durant la nuit. "Aaayyy, qu'est-ce que c'est! Ne le laissez-pas m'attraper! Uuuuyyy!"

Chaque nuit il hurla en choeur avec le chien qui fixait l'horizon en tremblant. Le petit Tik-Lol ne pouvait supporter ces diableries. Il devint horriblement maigre et finalement la vie le quitta.

Depuis ce temps il est clair que personne ne doit frotter ses yeux avec la châssie des chiens qui ont des visions la nuit ou ce qui est arrivé à Tik-Lol quand il désobéit à ces parents vous arrivera aussi.