Je pleure souvent et longtemps.

 

 

"Il y a en moi une grande solitude, qui tourbillonne comme une fumée captive. Je regarde autour de moi encore et encore. Cette terre est maintenant un grand vide. Le grand vide des créatures et des plantes mortes. C'est une terre fantôme, la terre spirituelle des vents âpres. Et les vents sont les voix, les sanglots étouffés des créations venues avant leur temps.

"Je pleure souvent et longtemps, mais aucun des membres de ma famille n'entend ou ne comprend. Je suis une ombre grise qui passe furtivement entre les roches nues. Je me reflète sur le ventre rebondi d'un nuage. Je suis ce que vous pensez avoir vu derrière une souche noircie. Je me volatilise dans la brume du matin. Je suis le cri que vous entendez dans la nuit noire et silencieuse. Je suis la brindille sèche et craquante de vos nuits d'insomnie. Je suis celui qui vous regarde de ses yeux multiples, de toutes les directions.

"Je pleure souvent et longtemps, et le repas que je vous donne est souvent un panier vide, pourri et hors d'usage. Je suis vous quand vous avez peur de regarder votre propre reflet. Je suis une paire de pieds gercés et sanguinolents.

"Je pleure souvent et longtemps, et mon cri est l'écho du cri angoissé que vous retenez captif dans votre poitrine. Je parcours les nombreux sentiers de vos peurs. Je suis la descendance de votre mariage stérile. Je suis le parent que vous craignez et haïssez. Je suis votre chant de mort.

"Je pleure souvent et longtemps, parce que vous n'avez jamais été un enfant. Je me lamente sur votre semence vide. Je suis une partie du mystère que vous refusez de reconnaître. Je vous attends. Je vous attends depuis le temps de votre arrière-arrière-grand-père aux lèvres parcheminées. J'attends la promesse que vous fîtes un jour à la terre et au peuple. J'attends le retour de la fête que je donnai à vos enfants jamais né.

"Je pleure souvent et longtemps. J'ai prophétisé que vous détaleriez et que vous vous nourririez d'herbes. J'ai eu une vision où vous vous unissiez frénétiquement avec le vent et les étoiles. Je vous ai vu en rêve descendre dans les bras nus des origines. J'ai dévoré la chair de vos coutumes. J'ai broyé vos os et sucé la moelle de vos peurs innombrables. J'ai goûté l'amertume de la bile.

"Je pleure souvent et longtemps. C'est pour vous tenir chaud que j'ai étendu cette couverture devant ce feu de camp. Pourquoi restez-vous en arrière dans l'ombre et le froid.

"Venez ici, oui, c'est ça, lentement. Voilà, maintenant prenez ma main. Très bien, asseyez-vous, oui, arrêtez de trembler. Doucement, du calme, cette couverture que j'ai posée sur vous, doucement. Là...

"Là, maintenant dormez, et n'ayez pas peur de vos rêves."


 

 

 

Quand le soleil était très jeune

 

il vivait à l'intérieur d'une grosse montagne. Il y avait un trou pour respirer qui s'ouvrait sur une plaine où vivait le peuple des lapins.

Coyote avait l'habitude de chasser les lapins dans cette plaine. Il pissait dans leurs terriers pour les faire sortir. Personne ne pouvait supporter l'odeur fétide de sa pisse très longtemps.

Un jour, alors qu'il chassait, il aperçut le trou du soleil et pissa dedans. Comme rien ne sortait, il mit son oreille tout contre le trou pour écouter. Il entendit un grondement lointain. Ce doit être un très gros lapin, pensa-t-il.

Alors il alla boire la moitié d'une rivière et la recracha dans le trou. De la vapeur se mit à sortir du trou. Puis la terre gronda et trembla.

Coyote s'enfuit en courant. Ce n'est pas un lapin, conclut-il, ce doit être un monstre quelconque. Il se cacha derrière un buisson d'armoise pour regarder.

La montagne s'ouvrit en deux et le soleil jaillit dans le ciel. Et le jour fut!

Coyote regarda son pénis, puis il le caressa affectueusement, "oh, tu es très puissant," dit-il. "Il n'y a que toi pour faire des choses pareilles."

Ainsi se passaient les choses dans les temps anciens.


 

 

 

Pourquoi les lunes changent

 

Je vais apporter un changement à la nuit. Je ne l'aime pas ainsi avec la lune toujours à la même place. C'est trop lumineux. Nous avons besoin d'obscurité pour chasser. Nous en avons besoin aussi pour dormir. Bon, je vais faire quelques changements." Dit Vieil-Homme-Coyote.

Vieille-Femme-Coyote était en train de remuer une soupe de saumon. Elle regarda Vieil-Homme et lui dit: Tu ferais mieux de ne pas jouer avec la lune. Tu sais qu'elle est une femme et ma soeur, et que tu devrais la laisser tranquille. Tu sais bien qu'elle est là dans un but précis."

"Eh, bien sûr que je le sais puisque c'est moi qui l'ai mise là-haut. Enfin, je pense que c'est moi."

"Je vais envoyer mon cousin Loup là-haut pour la manger ou au moins la chasser de l'autre côté de la nuit. Je vais faire ce que j'ai dit, comme toujours, n'est-ce pas."

Vieille-Femme-Coyote devint furieuse, " il faut toujours que tu détruise les choses, non? Si Loup mord ma soeur je me couperai là où tu trouves que c'est si bon. Je saignerai et la rappellerai ici. N'oublie pas que moi aussi j'ai du pouvoir!"

Loup ne voulut pas partir chasser Lune, mais Vieil-Homme-Coyote avait beaucoup de pouvoir. Loup gémit une sale chanson à Lune.

Puis Loup commença à chasser Lune de l'autre côté de la nuit, lui arracha des morceaux petit à petit tout en pleurant. Ses larmes tombèrent sur terre et ce fut la première neige.

Vieille-Femme-Coyote fit comme promis et se coupa. Quand elle le fit, Lune réapparut de l'autre côté de la nuit avec le loup qui courait derrière elle en recrachant les morceaux sur Lune jusqu'à ce qu'elle redevienne entière.

Vieil-Homme-Coyote aima ce retour et cette renaissance de Lune, alors il ordonna à Loup de refaire sans cesse sa poursuite.

Et depuis toutes les femmes saignent pour faire revenir Lune.

Et c'est aussi pourquoi Loup pleure.


 

 

 

Pourquoi Coyote mange-t-il des spermophiles*

 

Bien sûr, cela arriva très longtemps avant que les premiers deux-jambes soient créés. Toutes les créatures parlaient et s'entendaient bien entre elles. Elles cuisaient leur nourriture, mais comme vous le savez, la connaissance du feu a été oubliée pendant un temps quand on découvrit que les deux-jambes étaient une espèce de fous.

Donc, quoi qu'il en soit, il y eut ce terrible accident, parce que Coyote s'entraînait à ce qu'il aimait appeler: le pet-qui-fait-trembler-la-terre. Eh oui, même en ces temps reculés, Coyote faisait toujours des choses étranges ou stupides que personne d'autre n'aurait oser faire. L'une de ces choses était de se gaver d'oignons verts, puis de boire beaucoup d'eau pour fabriquer de bons gaz. Puis Coyote courait vers les montagnes où il y avait beaucoup de rochers solitaires sur des pentes variées, mettait son cul contre une montagne, et laissait échapper un gros pet. Puis il s'asseyait et regardait s'écrouler les rochers.

Bon, cette fois-là il déclencha une véritable avalanche. Malheureusement, au même moment, Vieil-Homme-Spermophile était en train de se goinfrer dans une fontaine de cresson, et il fut enseveli. Coyote était vraiment très embêté et il demanda à son Pou, "Que puis-je faire? J'ai tué mon ami Vieil Homme Spermophile."

"Eh oui," dit Pou, il faut toujours que tu te mettes dans le pétrin. Bien, je crois que tu ferais mieux d'aller dire à Vieille-Femme-Spermophile ce qui est arrivé. C'est une brave femme... pas mal aussi, non? De plus elle est bonne cuisinière et a une maison des plus confortable. Cette pauvre femme va se sentir atrocement seule. Je pense qu'elle va très vite désirer un nouveau mari...Eh, Coyote, pourquoi tu ne l'épouserais pas? Mais d'abord il vaut mieux que tu lui expliques ce qui est arrivé. Et pas de mensonge surtout, hein!"

"Mentir? Moi? Comment peux-tu penser une chose pareille? Est-ce que je ne te nourris pas, est-ce que je ne te tiens pas au chaud? Est-ce que je ne t'emmène pas partout avec moi sur mon dos? Pou, je te trouve ingrat."

Puis Coyote courut jusqu'à la maison de Vieille-Femme-Spermophile et lui annonça la nouvelle, après bien sûr qu'elle l'eut nourri et laissé faire une petite sieste.

"Eh Oui," lui raconta Coyote, J'ai rencontré Vieil-Homme-Spermophile ce matin sur la piste. Il se dirigeait vers la montagne et me raconta qu'il vous quittait parce que vous n'étiez pas assez belle pour lui. Il dit qu'il voulait épouser une belle nana de l'amont et que c'est pour ça qu'il allait dans cette direction."

Elle était pas mal bouleversé, pleurait beaucoup et avait besoin de quelqu'un pour la consoler. Coyote tournait autour d'elle en jouant de sa flûte de sureau et en chantant des chansons douces. Il joua avec ses huit ou dix enfants aussi, et... eh bien oui, il tomba amoureux et très vite ils passèrent les nuits ensemble près du feu, enroulé dans la même couverture.

Puis une nuit alors qu'ils avaient fait ce qu'il avait à faire ensemble, en roulant de-ci de-là, ils poussèrent accidentellement un des enfants dans le feu. Avant que l'enfant puisse crier, il était rôti à point et répandait un doux fumet. Coyote s'assit un peu plus tard pour allumer sa pipe et la fumer tranquillement, comme il avait l'habitude de le faire après l'amour.

Eh oui, il sentit l'enfant spermophile rôti et "Hummm, quel est cette bonne odeur? Pourquoi, il faut croire que cette bonne femme est venue et a préparée quelque chose d'extra. Il vaut mieux que je goûte pour être sûr que c'est bon." Il goûta. "Miam, miam, Je n'en crois pas mes papilles. Je n'ai jamais rien mangé de meilleur. Bien bien bien, regarde! Il y a des os!"

Il s'assit en pensant à ce qu'il venait de voir, en léchant le jus délicieux sur ses doigts. Il pensa encore et encore, puis il jeta un coup d'oeil vers les enfants et les compta. Pour sûr, il en manquait un.

Le lendemain matin, il sortit en courant, puis revint en se traînant quand il sût que Femme-Spermophile était réveillée. Il se traînait et geignait, tout en lui racontant comment son fils s'était levé pendant la nuit et avait dit à Coyote qu'il sortait pour aller chercher son père. " et quand j'ai essayé de l'arrêter il a poussé un gros rocher sur mon pied pour m'empêcher de le suivre." Il frotta son pied et geignit de plus belle tout en jetant un coup d'oeil vers les enfants pour voir lequel était le plus dodu.

Puis chaque nuit, pendant encore trois nuits, un enfant disparut "pour partir à la recherche de son père", comme l'affirmait Coyote.

Mais Femme-Spermophile était intelligente et commençait à soupçonner Coyote. Aussi une nuit elle fit semblant de dormir et vit ce que Coyote faisait. Alors elle se fit aimer de lui encore une fois et une fois encore, si bien que Coyote s'endormit, complètement épuisé.

Pendant qu'il dormait, Femme-Spermophile lui coupa le pénis l'habilla avec les vêtement d'un des enfants et le jeta dans le feu.

Coyote, toujours affamé, s'éveilla peu après, et pris son casse-croûte habituel sinon qu'il lui trouva un goût différent.

Quand il l'eut fini, Femme-Spermophile se leva d'un bond et lui dit ce qu'il venait de manger. Puis elle le chassa de sa maison, le fustigeant avec son propre bâton de marche, et jurant de ne plus jamais croire Coyote.

Quant à Coyote, il aime toujours la viande de spermophile, et ne peut pas oublier combien Femme-Spermophile fut une bonne amante. C'est pour cela qu'il pleure -on dit qu'il essaye toujours de regagner sa confiance.

Bien sûr Coyote retrouva un nouveau pénis, mais c'est une autre histoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*Spermophiles: (Qui aime les graines) Petit rongeur voisin de la marmotte, à abajoues volumineuses, qui vit dans des terriers où il entasse des graines. (Robert)


 

 

 

La toile de Araignée-Tisseuse

 

Coyote mourait de faim et de froid, et nous n'étions qu'au milieu de l'hiver. Il avait oublié de faire provision de bois et de nourriture. Il avait projeté de chanter un chant très puissant pour faire un doux hiver, facile à supporter, mais il avait oublié de le chanter.

Il avait oublié parce qu'il était fasciné par Araignée-Tisseuse qui était venue s'installer à l'entrée de la maison ronde de Coyote, et avait commencé à y tisser la plus inextricable des toiles.

Maintenant, Araignée-Tisseuse savait que Coyote la regardait, et elle se donnait des airs. Elle avait travaillé sur une minuscule portion de toile, lui donnant l'apparence d'un minuscule paysage avec des montagnes des plantes et des créatures courant tout autour. Et Coyote était assis sur son derrière regardant le travail en cours et inventant de petites histoires s'accordant avec chaque dessin.

Vraiment, pensa Coyote, c'est très important de regarder cela: J'apprends beaucoup de choses sur moi ainsi.

Bien sûr, Araignée-Tisseuse faisait tout cela pour que Coyote meure de faim. Elle voulait la maison de Coyote pour pouvoir ensuite se marier et élever une famille. Alors elle tissait et tissait pour hypnotiser Coyote, s'arrêtant seulement pour manger les punaises qui passaient par là. Chaque fois qu'une punaise se prenait dans sa toile, elle chantait "Tee-vee-vee-vee," qui est un chant qui endort les punaises et permet donc de les manger.

"Oh, cousin, tu me parais bien efflanqué et malade. Et qu'est-ce qu'il fait froid ici!" dit Renard Gris un jour qu'il passait pas là. Coyote acquiesça mais insista sur le fait qu'il était très important de regarder Araignée-Tisseuse. "Je suis en train d'accroître mon intelligence," dit-il.

Renard Gris regarda la toile, mais étant un être pragmatique, cela ne lui fit rien. Au contraire il soupçonna l'araignée, convaincu qu'elle ne préparait rien de bon.

Renard Gris eut pitié de Coyote et retourna chez lui chercher des provisions et sa hache.

Coyote mangea les pommes de pins et la viande de cerf séchée pendant que Renard Gris coupait du bois. Puis Renard Gris fit un bon feu et souffla à Coyote qu'il pourrait peut-être avoir besoin d'emprunter la hache.

Mais Coyote resta assis, avalant toute la nourriture et dit "Oui, Je deviens de plus en plus intelligent".

Renard Gris en avait assez de ses absurdités. Il chanta une berceuse et un chant de rêve, et aussitôt Coyote se mit à ronfler.

"Maintenant", dit Renard Gris à Araignée-Tisseuse, "je sais que tu ne prépares rien qui vaille. Je veux que tu plies tes bagages et déguerpisse tout de suite. Si tu ne le fais pas, tu vas me servir de casse-croûte." Araignée-Tisseuse prit peur et s'en alla rapidement.

Renard Gris arracha la toile d'araignée et réveilla Coyote. Coyote regarda le ciel lumineux à l'endroit où se trouvait la toile et vit comme c'était beau. Cette nouvelle clarté, assura-t-il à son cousin, avait été apporté par la contemplation de la toile d'araignée. Et il répéta "Oui, je suis plus intelligent  maintenant".

Renard Gris était en rogne contre Coyote. Je vais te rendre deux fois plus intelligent!" dit-il. Je vais te donner une femme, comme ça tu pourras avoir des enfants qui te feront passer ta grande sagesse." Et Renard Gris attrapa sa hache et fendit Coyote en deux. Puis il chanta un chant et donna la vie aux deux moitiés. La meilleure d'entre elle devint Femme-Coyote.

"Maintenant tu es deux fois plus intelligent." Dit Renard Gris. Femme-Coyote regarda tout autour d'elle, puis se tourna vers Coyote. "Pourquoi ne vas-tu pas attraper quelques souris pour le souper? et pendant que tu seras dehors, coupe donc un peu de bois."

Et Coyote sortit exécuter les ordres. Quand il fut sorti, elle se tourna vers moi et m'examina des pieds à la tête avant de dire, "Je suppose que tu t'imagines pouvoir séduire les femmes avec tes histoires fines, hein? Eh bien, laisse-moi te dire que tu peux toujours attendre."


 

 

 

Coyote vole

 

Coyote regardait voler l'aigle vraiment très haut dans le ciel. Je dois voler comme ça moi aussi, décida Coyote. Alors il alla trouver le peuple de la Pie, qui lui devait un service en échange parce qu'il les avait aidé dans une autre histoire. Il leur parla de son désir de voler et leur demanda quelques plumes à chacune. Il remplit très rapidement son panier. Comme il s'éloignait du camp, le chef des Pies lui recommanda de ne pas essayer de voler trop haut tout de suite, "il vaut mieux commencer par des petits vols, des sauts de puces", dit-il. Coyote acquiesça bien sûr.

Coyote grimpa sur la plus haute montagne des environs, s'arrêtant seulement pour ramasser de la poix. Il était en train de penser qu'il était beaucoup plus fort que les pies, et que par conséquent il devrait logiquement pouvoir voler très très haut.

Quand il arriva au sommet de la montagne, il commença à coller les plumes sur lui avec la poix. Il décida que les  longues et belles plumes feraient un beau chapeau, dans le cas où il rencontrerait quelque geai prétentieux. Alors il piqua les longues plumes sur sa tête, entre ses oreilles.

Il étendit ses ailes, courut et sauta du haut de la montagne. Le cul en avant, il tombe, les grandes plumes sur sa tête le précipitant droit vers le sol. Il heurta les roches et la peau, les os, les tendons et les plumes s'éparpillèrent en tous sens.

La famille Busard pensa qu'elle était devenue folle quand elle essaya de se représenter l'énorme pie qu'elle venait de manger.

Les neiges vinrent pour recouvrir les os dispersés, et avec la neige vinrent de minuscules vers de glace. Pendant les grands froids, ces vers de glace festoyèrent en creusant des galeries dans les os de Coyote.

Et quand vint le printemps, les vents chauds soufflèrent dans les trous des vers, et les créatures entendirent des flûtes et des sifflets. Elles vinrent pour ramasser ces instruments, don des vers de glace. C'est pour cela que les os de Coyote furent éparpillés au quatre coins du ciel.

Plus tard le frère de Coyote, Faucon, finit par comprendre ce qui était arrivé et vint pour remettre Coyote sur pied. Tout ce qu'il put trouver, ce fut son anus desséché et ratatiné. Il dut s'en contenter pour reconstituer Coyote.

Et bien entendu, c'est depuis ce temps là que Coyote n'est qu'un trou-du-cul.


 

 

 

Alors que je suis assis en train d'écrire ses paroles,

 

un vent sombre chasse la pluie contre les fenêtres. Les feuilles du chêne frissonnent. Je remets du bois dans le feu et me tourne pour voir mes yeux se refléter dans la vitre. Dehors il fait nuit noire.

Lorsque le vent fait une pose, j'entends les coyotes aboyer et chanter très près. J'ouvre la porte pour écouter et j'entends un hurlement comme celui d'un loup. Mais il y a des années que les loups n'ont pas parcouru ces montagnes.

Le hurlement se fait entendre de nouveau, et les poils de mon dos se hérissent. Ce n'est que mon imagination, me dis-je. Je me fais mon cinéma. Mais non, il est bien présent. Un homme en haillon portant un long manteau militaire, supportant de longs cheveux plaqués sur son visage par la pluie sans qu'il ne les écarte de ses yeux. Il est là, dehors, dans l'humidité et la nuit, trébuchant alentour, lentement, d'arbres en arbres jusqu'au rocher affleurant. Son regard frénétique fouillent le sol. Ses yeux et son esprit sont les seuls choses qui bougent avec vivacité. Il traîne son bâton de marche derrière lui, trébuchant vers un autre silhouette sombre juste en face de lui.

Maintenant il sanglote parce qu'il réalise qu'il ne trouvera jamais ce qu'il cherche. Ils devraient camper ici maintenant, mais il n'y a pas trace de feu. Etait-ce hier qu'ils... mais non, il y a plus longtemps que ça. Il pousse encore un gémissement qui monte du plus profond de sa poitrine et avance en trébuchant vers une autre silhouette sombre.

Les coyotes l'entourent, regardant, se demandant et désirant l'aider d'une manière ou d'une autre. Les plus jeunes commencent à japper, espérant que les autres en feront autant. Ils hésitent puis s'arrêtent. Un jeune est si agité qu'il se met à tourner en rond comme un chien, en remuant la queue. Les plus vieux de la horde s'assoient et regardent l'homme.

L'homme se repose au petit matin, assis, les genoux repliés et les bras au-dessus de la tête, les mains s'accrochant mollement. L'eau s'écoule sur son visage, de la pluie et des larmes. Il regarde fixement le sol en face de lui comme vidé de toute émotion.

Le plus vieux des coyotes examine l'homme pendant un temps, puis il lève la tête et commence une série de profonds aboiements. Il regarde l'homme et recommence à aboyer.

L'homme lentement relève la tête et écoute. Puis il bascule sa tête en arrière et du plus profond de lui commence un profond hurlement de loup et les autres coyotes se joignent à son chant.

Les yeux de l'homme restent fermés et sa tête rejetée en arrière. La pluie et les larmes ruissellent sur son visage.


 

 

L'anthropologue de Coyote

 

L'anthropologue était très excité. Il venait de recevoir son doctorat après avoir rendu sa thèse intitulée: La mythologie de Coyote: Farceur, voleur, adjoint à la création du monde. Maintenant, il rassemblait des informations complémentaires avec l'aide d'une bourse rondelette attribuée par une Fondation bien connue. Il avait installé son camp dans un bosquet d'armoise pas très loin de sa précédente cabane d'informateur.

Il était assis près de son feu et regardait les étoiles en sirotant un café. Il riait sous cape lorsqu'il entendit un coyote aboyer pas très loin de là. Il se demanda ce que ce coyote penserait si les mythes le concernant étaient lus à haute voix?

"Assez"! dit une voix. L'anthropologue fut effrayé. Il n'avait entendu personne approcher. "Assez. Mais peut-être malgré tout une petite tasse de café et un morceau de ce gâteau que je vois là." Alors dans la lueur du feu de camp s'avança un vieil homme, mais ce n'était pas un homme. Il avait de grandes oreilles velues qui pointaient de son chapeau de feutre, et une longue queue touffue accrochée derrière son grand manteau. Il s'appuyait sur son bâton et grimaçait.

Mon Dieu! l'anthropologue était abasourdi: c'était Vieil-Homme-Coyote en personne. Mais ce n'était pas possible, Coyote était un mythe!

"Pas toujours." Dit Coyote alors que l'anthropologue fermait ses yeux et secouait violemment sa tête en tout sens. Quand il rouvrit les yeux, Coyote était étendu devant lui, la tête sur le côté et il écoutait. Il hocha la tête, "oui, J'ai entendu cela, dans votre tête. Cela résonnait comme des cailloux. C'est comme ça que les anthropologues font de la musique?"

L'anthropologue pensa qu'il devait avoir une hallucination. Il valait mieux jouer le jeu, pensa-t-il follement, et peut-être qu'elle disparaîtra comme elle est venue.

"Euh, êtes-vous Vieil-Homme-Coyote?" Demanda-t-il.

"Est-ce que je ressemble à Jeune-Homme-Renard? Et est-ce que vous voulez vraiment que je m'en aille?" Coyote examina l'anthropologue, puis demanda, "Quelle heure avez-vous?"

L'anthropologue regarda sa montre au poignet "Eh bien, il est exactement..."

Coyote l'interrompit, "Rien n'est exact. Ce n'est pas l'heure que je vous demande. Je veux seulement savoir quelle heure vous avez. L'anthropologue devint blanc comme un linge. "Bon, voyons voir ce café, et puis ensuite peut-être pourrons nous résoudre quelques problèmes."

Il s'assirent donc pour boire un café. L'anthropologue était tellement excité qu'il ne tenait pas en place. Il attrapa son magnétophone et demanda à Coyote, "Euh, pensez-vous que je puisse l'allumer*?"

"Pourquoi pas? vous voulez le peloter ou  lui chanter quelque chose? Ça va le faire danser?"

Dès qu'il eut allumé son magnétophone, il se sentit plus sûr de lui. Après tout, c'était un anthropologue. Il saisit son carnet de note et son stylo et commença. "Je vous paierai pour le temps que vous m'accorderez, bien sûr," dit-il.

"Je crains que ce ne soit pas vraiment le mien. C'est pour le vôtre que je suis ici. Comment pouvez-vous me payer pour mon temps quand vous ne savez même pas ce qu'est le vôtre? Et quoi au sujet du temps? Tenez, pour l'instant, mettez donc un sucre de plus dans mon café." Coyote riait en lui-même puis il regarda l'anthropologue d'un air sérieux. "Je suis médecin, vous savez. Je suis là pour vous aider. Bien, alors qu'est-ce que je peux faire pour vous?"

"Et bien, pour l'heure, je suis plus particulièrement intéressé par les histoires. Les raisons sous-jacentes, si vous me suivez: les inter-relations, la question de l'espace paradoxal, les tabous sexuels, des choses comme ça quoi. Je veux créer une nouvelele théorie, une trame complète, sans un seul fil manquant. Vous voyez ce que je veux dire?"

Paradoxal, Hein? l'état de la mouillette et pousse toi d'la qu'j'm'y mette: Qu'est ce que c'est que ça?  Alors comme ça vous parlez de cul à l'université? Vous savez que vous me faites penser à mon ver solitaire qui ne dit jamais rien de sensé. Allez, posez donc une question pour commencer, hein?"

"Bon alors allons-y carrément, commençons par le mythe de la Création! Qu'elle est sa substance en réalité, son véritable sens?"

"Mon ami," dit Coyote, "si vous pensez que la Création est un mythe c'est que vous devez être sérieusement malade. Ce n'est pas l'apprentissage qui est important, mais l'inclination. Vous devez vous pencher sur vos questions, vos problèmes, vous pencher lentement pour que la solution ne penche pas trop à l'extérieur du sujet."

Coyote arracha un long poil de sa queue et le tint horizontalement à un pied du sol. Il chuchota quelque chose au poil, puis le lâcha, et le poil resta à flotter là. Il but une gorgée de café, puis posa la tasse sur le poil. L'anthropologue n'en croyait pas ses yeux: la tasse était posée sur le poil et flottait dans les airs. Il lâcha," mais comment faites-vous ça? Qu'est-ce qui tient le poil en l'air?"

"Êtes-vous vraiment attentifs aux notes que vous prenez? Si vous relisiez le paragraphe précédent vous trouveriez qu'il y a un pied au dessus du sol qui tient les choses. Bien sûr vous ne pouvez pas voir le pied parce que j'ai pris la mesure au pif. Un être invisible dort sous le sable et il n'y a que son pied qui dépasse."

Et parce que cette histoire devenait trop longue, Coyote commença à s'impatienter et finit rapidement son café. Il se leva et salua l'anthropologue, "Venez par là maintenant, nous devons nous pencher sur quelques questions. Et Coyote le conduisit à travers le désert auprès d'une profonde mare située au pied d'une montagne.

La pleine lune se reflétait dans l'eau et le reflet était aussi brillant que la lune dans le ciel. Coyote s'assit et commença à chanter. Puis tout en chantant doucement, il se pencha au-dessus de l'eau et toucha le reflet de la lune. L'eau s'incurva à son contact comme du caoutchouc. Toujours en chantant, il marcha sur la lune d'eau en rebondissant légèrement. Il sauta un peu et rebondit doucement. Puis il commença à rebondir sérieusement, s'élevant dans le ciel, faisant même un ou deux flips arrières. Il rebondit le plus haut qu'il put et saisit la lune dans le ciel et accroché là fit des grimaces à l'anthropologue. "Eh, regarde moi," dit-il "tu sais,  je n'étais vraiment pas sûr d'y arriver."

Il laissa la lune s'en aller, fit un double flip, rebondit encore une fois et atterrit tout près de l'anthropologue. "Allez" dit-il, "j'ai tout préparé tout beau et tout caoutchouc. vas-y et rebondit un peu."

Alors l'anthropologue sauta, et fit un grand splash en disparaissant dans l'eau. Il hoquetait et crachait tout en remontant sur la berge.

Bon, bon, regarde comme tu as brisé la lune... vois-tu, seuls les coyotes sont assez fous pour essayer des choses qu'il ne sont pas sûr de réussir. Mais toi, mon ami, tu as oublié de chanter."

*jeu de mot: to turn on: exciter sexuellement, allumer la lumière