Si l'on en croit Iktomi

 

par Marie Annharte Baker

 

 

Ma bible est un livre intitulé America Needs Indians! (L'Amérique a besoin des Indiens!) écrit pas Iktomi (Ed. Bradford-Robinson, 1937). J'ai trouvé ce livre rare beaucoup trop drôle pour le laisser prendre la poussière sur les étagères de la librairie et je l'ai ramené chez moi où il a trouvé une place dans ma bibliothèque parmi les écrivains amérindiens. Il est utile à la fois comme source d'humour et comme panacée lorsque je suis en panne d'écriture. Si j'ai l'esprit lent ou si mes dialogues deviennent trop ennuyeux, je replonge dans cet auteur mystérieux afin de me ressourcer à son gospel de survie amérindienne contemporaine.

Quasiment tout le monde ignore la véritable identité d'Iktomi et sa recherche exigera de ma part des recherches ardues. Je dus aller au Smithonian Institut pour tenir entre mes mains la fiche qui me révèla le nom de cet auteur qui critiqua l'administration du bureau des affaires indiennes dirigé en 1937 par John Collier.

Pour celui qui écrivit ce texte prophétique, Iktomi est sans vanité. Il commence en présentant America Needs Indians! comme "sans aucun doute, le pire des livres jamais publié" et il continue en nous offrant "non pas une critique édulcorée, prudente qui ne s'écarterait pas de la ligne générale, mais une critique vigoureuse et une prière puissante zigzaguant avec force d'un extrême à l'autre." Tout à fait mon type d'écrivain. Son seul désir est d'être fou et il pense que l'autodétermination des amérindiens nécessite une revivification par un fou de son espèce.

Iktomi se définit lui-même comme "étant très chanceux, si rien ne vient se mettre en travers de son chemin, mais, vivant selon son bon vouloir, se sortant des mauvais pas en y entraînant quelqu'un d'autre à sa place, en le forçant souvent à accepter ses propres vues." Son livre est empli d'idées et de commentaires sur l'administration qui se résument dans ce qu'il appelle "fausse civilisation et distorsion de l'indianisme." Je l'aime parce qu'il prêche ces idées pour sauver les futures générations amérindiennes. Il nous divertit avec des dessins animés, des sketches, des graphiques et des photographies. Iktomi ne se contente pas de nous révéler les bévues de l'Histoire et ses effets mais nous fait rire aussi bien des erreurs de l'homme Blanc que des nôtres. Il suffit d'une lecture du livre pour être converti, et dans mon cas, feuilleter les pages suffit pour racheter les hypocrisies de notre époque. Iktomi est une excellente lecture pour les années 90.

Iktomi possède cette vieille sincérité indienne, particulièrement lorsqu'il dit tout de go,"Je n'ai jamais constaté de résultat issu des écrits et des sanglots des stratèges sentimentaux et délicats." Il clame un retour urgent à l'indigène, ou renaissance du "retour à la couverture"; ce qu'il nomme "l'Indianisme avancé". Iktomi voit le monde froid et "une couverture réchaufferait nos coeurs, ne serait-ce qu'un peu." Il poursuit "laissez-nous revenir à nos vêtements: fourrure, peau de bison, plume ou cuir. Ça, c'était indien ."

Il écrit de cette façon propre à l'Indien cynique qui est la plaie de la bureaucratie. La spiritualité de Nouvelle Age ou la Renaissance de l'Indianisme le ferait retrouver sa langue entière, c'est à dire, sans qu'elle fourche. Je recommanderais ce livre d'Iktomi à de nombreux Indiens du mouvement de la Renaissance et au Wannabees (Want to be: ceux qui voudraient être Indien). Avec ce livre vous donnerez un corps aux questions lancinantes comme "A quoi tient mon identité indienne?" Ou encore "Est-ce que je peux encore éprouver du plaisir?"

Il est un sauveur, peut-être même le messie, pour nous qui sommes nés dans les villes (dans un hôpital, loin de la naissance naturelle) ou né sans culture indienne coulant dans nos veines. Guérir la cicatrice d'une naissance urbaine devient simple si je comprends le triskster qui sommeille en moi. Je suis même capable de repousser les traitements variés qui sont supposés me remettre dans le droit chemin ou me remettre dans le troupeau (celui de ma famille, d'autres indiens, des femmes, des femmes de couleur, ou encore de celui des sang-mêlé ou des confusions/infusions celtiques).

Iktomi revendique pour héritage des Lakota ou 'Akota (le nom de la confédération Lakota-Dakota-Nakota) les forêts de l'Ontario. Iktomi rêve du retour au pays des lacs et des bois de ceux que l'on appelle Indiens des Plaines. (Et mes pensées s'envolent vers la fusion réussie de la culture Ojibway-'Akota, mais je me heurterais à l'Ennemi. L'Ontario est habité par les Ojibway, et à cause de la guerre historique entre les deux, il vaudrait mieux que je trouve un autre territoire comme Manhattan par exemple ou ailleurs sur la côte Est.) J'ai aimé la façon dont Iktomi a apaisé les cendres de la trahison culturelle des indiens des villes, ce qui est mon cas. J'apprécie que de nombreux Indiens traditionnels veuillent suivre la coutume dans l'orthodoxie, mais pour ceux d'entre nous nés dans les ghettos urbains, Iktomi est une vraie bénédiction.

Iktomi joue avec les mots parce que le processus de dé-indianisation (tout ce qui n'est pas blanc est impur, dans l'erreur, mauvais et sans valeur aux yeux de l'homme Blanc, et devra changer ou être détruit) peut être inversé. Il se moque du "commerce des âmes": "la chrétienté à la missionnaire qui a aidé à rassembler le troupeau des Indiens dans l'église et lui a fait oublier de faire un foin d'enfer par la suite." Tu as raison, Iktomi. J'aime la façon directe qu'a Iktomi de présenter notre Histoire; il n'est pas un interprète primaire, un produit maison, ou un consommateur de base. Il est attentif à toutes les relations 'Akota pour dénoncer les niveaux d'influences blanches chez les ex-indiens, pro-indiens et même anti-indiens. Il fait seulement de petites excuses: "Si je semble dur pour les ex-Indiens, n'oubliez jamais que cela me fait plus de mal que si j'étais dur envers moi-même." Il plaide "nous devons dévoiler toutes nos plaies et parler de nos malaises à tous ceux qui peuvent nous aider, même si cela doit nous faire dévoiler ce qu'il y a de plus intime et sensible en nous; sinon nous ne pourrons pas diagnostiquer clairement les causes de nos maux actuels et espérer trouver un remède." La position actuelle du théâtre indien canadien a sur nous un impact stérilisant mais donne de l'appétit à l'estomac du yuppie gourmet. Iktomi est le remède à la décadence de l'humour indien. Il remet également ses propres pendules à l'heure.

Etre capable de rire de soi-même est l'un des grands dons de notre héritage traditionnel. Je suis d'accord pour que les auteurs blancs qui s'approprient sans déformer notre culture n'envahissent pas le domaine sacré de nos "contes d'hiver". Lors d'un récent rassemblement inter-canadien, un auteur indien fut accusé d'avoir fait changer le temps. Peut-être que les flocons de neige humide qui tombent sur le sol nous mécontentent; je crois qu'ils sont là pour nous rappeler de prendre soin des saisons et du but de nos contes. J'ai fait des offrandes pour que le printemps nettoie la Terre-Mère. J'ai également fait des dons pour que l'on sache que nous ne serions pas impressionnés par une langue anglaise scientifique. Les écrits d'Iktomi sont la preuve que nous devons supprimer les fioritures de notre langage emprunté et oublier de geindre des excuses. La dernière recommandation d'Iktomi est, "pas plus Iktomi qu'un être humain ne peut-être parfaitement bon et absolument sûr de tout et de tous en ce qui concerne les affaires indiennes ou gouvernementales, comprenez que ceci n'est qu'une suite consciencieuse d'échantillons de l'entière vérité rassemblés avec ses conclusions honnêtes et ses suppositions logiques par une caboche préhistorique, dont le cerveau originel a été fossilisé." Je ne crois pas pouvoir mettre ce livre sous mon oreiller à cause de ses plus de 400 pages, mais je garderai ma bible indigène à mes côtés pour les années 90. Megwetch pour les mises en gardes, Iktomi, sur ce qui pourrait encore arriver.

(Une pièce de théâtre à partir de ce livre serait un excellent moyen de montrer toutes les inepties qui ont été dites ces dernières 500 années. Quiconque voudrait coopérer à ce projet (un film?) peut m'écrire P.O. Box 3746, Regina, SK, Canada S4P 3NS. Ou écrire à la revue qui transmettra et traduira éventuellement vos courriers.)

 

 

 

Texte traduit de l'américain par Manuel Van Thienen.