Amérindie

 

Je ne change pas

Je n'ai jamais changé

Je ne changerai jamais

Je suis l'Amérique

Je suis l'extase devant la Création,

Que l'on blesse,

Que l'on souille.

Amérique que l'on blesse

Amérindie pour toujours.

 

1986

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Sa terre est une indienne

 

Vos villes ne sont

Que plaies brûlantes

Sur mes forêts éternelles.

Vos chemins aseptiques,

Éphémères marques de fouet

sur le corps jeune à jamais

De notre vénérée mère,

Votre papier:

Une fausse mémoire

Arrachée à son sang infaillible,

Poison futile que tantôt

Elle vous recrachera

Dans un toussement

Libérateur.

 

 

13 Août 1984


 

 

 

 

Amerisha

 

Aujourd'hui,

Au haut soleil frais du temps des lilas,

J'ai entendu battre le coeur de mon rêve.

 

Micheline,

Qui à son microphone fait parler

Les coeurs les plus jeunes du monde,

Me l'a fait entendre,

Blotti loin au creux de ma Barbara,

Femme de Colombie

Petite-fille des Chibcha, épouse d'un Wendat;

il disait ceci:

IL y a quatre lunes, vous m'avez appelé,

Vous, mon père et ma mère;

Je vous aime et je suis fort, car je me sens aimé.

La terre où vous marchez me semble un paradis,

Où tout est beau et simple et parle et m'est parent;

Déjà, d'ici, j'écoute et comprends bien sa langue:

C'est le rêve d'amour de tout ce qui existe.

Enfant de votre rêve et rêve de la terre,

Je suis Amérisha.

 


Dac Wandatey1

 

 

-1-

 

1829,

Avril.

Angleterre, Londres.

Quatre chefs Hurons:

Tsaouenhshi, Atheiata, Ahihitenha, Tsiewei,

marchent placidement, dignement,

parmi

ce qu'ils savent trop bien

être des merveilles pour le monde.

Ils pensent:

Nous ne sommes pas le monde;

parce qu'ils voient

dans cette tour

une population décimée et inquiète

d'un très grand pays de castors

qu'ils connaissaient.

Parce qu'ils entendent

dans ce palais

la voix des âmes

de nombreux milliers

de leurs gens sacrifiés.

Parce qu'ils voient

dans l'abondance et l'excitation

de cette rue grande et affairée:

la belle vallée de l'Oriawenrak2

donnée pour toujours à leurs arrière-grands-pères sans-foyer

à protéger et préserver

et volée vingt lunes après

par un gouvernement de prêtres

et qu'ils sont ici

pour recouvrer et sauver

de mains démentes et incivilisées.

 

 

 

 

 

-2-

 

1977,

Novembre.

Canada, Ottawa.

Quatre frères Wendats,

pas de contenance plus fière,

marchent placidement

parmi

ce qu'ils savent trop bien

être pour le monde des merveilles.

Ils pensent:

ceci n'est pas le monde;

parce qu'ils voient

dans ce vaste dôme plein

de sale fumée bruyante:

des jours et des jours de bois silencieux et animés

qu'ils connaissaient.

Parce qu'ils entendent

dans cette incessante rumeur

le cri de mort constant et tragique

de millions de créatures dignes.

Parce que regardant ces faussetés

ils voient des fumées empoisonnées

et des ventres de bons poissons.

Parce que pendant qu'ils sont ici,

dans le cœur de ce monde imaginaire,

ils peuvent fidèlement sentir

ce qui est arrivé,

ce qui arrive,

ce qui arrivera

dans le cœur du monde réel.

Parce qu'ils sont Wendats.

 

 

1: Quatre Hurons (Wendats)

2: la rivière "St Charles"