Daniel David Moses

 

 

Blues d'Août

 

 

Le ciel, ma chemise,

une fleur de

chicorée--

 

la couleur hausse

vos espoirs.

Personne

 

ne volera aussi

haut ou ne sera aussi

chaud ou ne sera

 

autant

épanoui. c'est l'heure

Maintenant

 

où l'estacade recommence

à briser

 

les eaux du lac. Dès

ce moment et presque pour

l'éternité

 

guetter

les vagues qui tombent

comme des pétales

 

il sera presque

trop rude pour les coeurs

de les recevoir.


Anita Endrezze

 

Les arbres parlent au poète

 

La communication entre les arbres n'a pas encore livré tous ses secrets... les arbres attaqués par des insectes émettent des substances chimiques qui entraînent des mécanismes protecteurs chez les autres arbres. Dr David Rhodes

 

 

Le sorbier:

Les arbres ont des voix silencieuses

pourtant elles vocifèrent

comme les corneilles qui fendent le ciel.

Ecoutez-moi: nous poussons en cercle

toujours, nous attachant au coeur de la terre.

Vous portez vos branches-squelettes en vous,

vous dépouillant de vos cellules dans le vent.

Votre voix n'a qu'une dimension

et pourtant quand vous prenez mes feuilles

dans vos mains, nos sang vibrent à l'unisson.

Si je pouvais concevoir une femme, ce serai toi,

mais ma fécondité est une grappe de baies

rouge-orangé qui éclatent à vos pieds

comme des coeurs païens.

 

Le saule:

Je suis une veuve dans un voile de pucerons

La lumière respire

au travers d'un échafaudage de feuilles.

Le soleil est affaibli

par un flamboiement de sauterelles.

Je voudrais vous parler d'amour: ce n'est qu'une

question de graine et de racine. Ou d'eau fraîche

incitant la tension de l'air au pardon.

Je rêve d'eau. J'ai été mariée avec elle.

Je creuse cette rivière de mes dents maladroites,

mes racines qui flottent parmi les arbres rouges.

 


 

Le pin à aiguilles courtes répond:

Saule, la rivière s'esclaffe loin de toi,

fait exploser les racines, fait jaillir la boue

dans les crevasses de mon écorce

Les cocons des chenilles festonnent

les grands yeux de tes feuilles,

lestant l'air de leur danse disgracieuse.

Je suis rugueux

à cause des insectes térébrants du pin

leurs têtes foreuses fouissent profondément

jusqu'à ce que je ne sois plus qu'une pelure.

C'est à raison que je parle de mort.

Sorbier, la chair du pin a été débitée, équarrie,

enveloppant les humains morts

comme les légendes des arbres-esprits.

Mais leurs voix se sont tues

pendant que nos élégies ensemencent les prairies,

désagrègent les os, comblent les espaces vides

de prière ou de sagesse sacrée.


Marnie Walsh

 

 

Angelina qui-se-cogne

 

 

J'ai bu du vin

une pleine bouteille

et je suis là, assise

dans les herbes folles

près de la caserne

et je bois mon vin

il est trop tôt

pour les soldats

et leurs putain

de dollars

alors je bois mon vin

et fais signe aux files d'attente

mais jamais personne ne répond

 

je n'ai jamais eu d'argent

pour rentrer chez moi

seulement pour le vin.

 


Ronald Rogers

 

 

Jicarilla en Août

 

 

Une tête d'élan, austère et momifiée, accrochée au

                                    mur au-dessus des chaises, des tables rondes.

Ses yeux de verre regardent le lac, les routes inondées et leurs

                                    profondes ornières boueuses

Il se souvient de la viande et des patates qui font gonfler le ventre.

Nourriture, crépuscule puis aurore.

Le jour se lève.

Le paysage apparaît. Les herbes s'inclinent autour du tronc des cèdres.

Troncs écorcés qui s'entrecroisent,

assujettis par des courroies et des clous,

                                    les abris baillent inoccupés.

Au son métallique du café matinal, le chien aboie,

                                    et tire sur sa chaîne.

Son cou saigne.

Les grands rochers se chauffent au soleil, le soutiennent

Le jour se lève avec des récits, contés tels des trophées, de jour

                                    de fête et de danse.


R.A. Swanson

 

 

 

 

Nous sommes les esprits

guerriers

nous combattîmes pour nos

terres à Wounded Knee

nous combattîmes pour nos terres

sacrées à Little Big Horn

 

Nous vînmes avec vos généraux

sur les terres de France

nous plantâmes le drapeau sur Iwo

nous mourûmes à Bataan et à Corregidor

 

Devons-nous mourir dans les villes de

New York et L.A.

Detroit et Seattle?


Robert J. Conley

 

Nous attendons

 

1. Le fléau Blanc

le fléau Blanc au cou tordu, anthropologue,

bermuda et tennis

lunettes sur le nez,

dans sa suffisance rayonnante, se cale

dans sa chaise, les pieds sur le bureau.

Bien sûr, les chants par eux-mêmes ont peu

de valeur pour l'étudiant sérieux,

quoique personnellement

je pourrai probablement reconnaître une certaine

dette envers le sauvage pour avoir étoffé

ma biblio. Mais ce qui fait vraiment frémir

c'est qu'ils pensent, dans leur simplicité infantile

qu'ils sont sacrés. L'anthro réussie ne doit pas

 seulement être bien informée mais intelligente

et dans l'intelligence - ah, c'est en cela

que réside le frisson.

Par exemple, il est stupéfiant de voir

ce qu'une marée de dollars peut faire;

la spiritualité s'envole en fumée, pour ainsi dire,

et vous avez fait un bon article. Je n'ai jamais eu

beaucoup de succès auprès des amérindiens.

 

 

2. La Terre

La terre est ma mère

l'herbe ses cheveux

avec vos charrues, vous déchirez sa poitrine

je n'utiliserai pas de charrues

comme je ne couperai par l'herbe

comme je ne parquerai pas en troupeau mes petits frères

les animaux

je ne peux vous en empêcher

mais je ne vous suivrai pas. *

 

3. (à chanter sur l'air de

Notre seigneur est une Puissante Forteresse)

N'est-il pas merveilleux de penser

A tout ce que Dieu a fait pour l'homme?

Il envoya le blanc pour sauver le rouge,

Pour le prendre par la main,

Pour prendre sa main et le tirer

de l'obscurantisme et du Pêché,

Pour lui apprendre à travailler et à prier

Parler anglais et boire du gin,

Couper ses cheveux convenablement,

Porter pantalons, chemises et chaussures,

Manger avec couteau et fourchette

et perdre avec élégance.

 

 

4. U.S.A.

Les villes sont surpeuplées

de gens qui deviennent fous

les fleuves sont pollués

un homme ne peut y nager

ni y boire

ni manger en toute sécurité

le poisson qui y nage

l'air n'est pas bon à respirer

il y a de la violence sur le campus

de la violence dans les rues

la criminalité augmente et

une guerre immorale insensée s'éternise

le gouvernement est corrompu

et ne le sait même pas

la langue anglaise dégénère

sur tous les fronts dans les radotage de Madison Avenue

Il nous reste trente ans à vivre (disent-ils)

 


 

5. La vieille prophétie

 

Elle a cours sous des formes

variées chez les Creeks

et les Navajos

mais le message est toujours clair.

 

Des hommes blancs viendront

(Ils sont venus)

Ils prendront notre terre

(Ils l'ont prise)

Ils détruiront presque tout le peuple

(Ils essayèrent)

Ils dévasteront la terre

(Ils le font)

Puis ils s'en iront

(Nous attendons)

 

 

 

 

Textes traduits de l'américain par Manuel Van Thienen