Midnight Sun

 

 

Beauté éphémère

qui a dansé dans ma vie

pendant tant d'années,

et me quitte maintenant

aussi étrangement que tu es venue

 

la femme mystique

de mes rêves d'enfant

est revenue me hanter,

je pensais que tu étais partie

comme tu l'avais voulu

 

je vois maintenant

ce que j'ai aimé

devant moi

faite chair dans la

jeune silhouette agile

d'un cree de l'Ouest.


Anne Waters

 

 

Voyages de la mémoire

 

 

Vous ne pouvez pas

extraire

mon indianité

ma judéité

mon lesbiannisme.

Vous ne pouvez pas

l'atteindre et

exorciser cette

douleur, ou joie.

 

Vous pouvez me

mettre dans vos écoles

mais vous ne pouvez pas

vous saisir de mon esprit

parce que

les Indiens, les Juifs

et les lesbiennes

n'oublient pas

nous n'oublions pas

nous nous souvenons - toujours

parce que nous ne pouvons pas

oublier.

 

Vous pouvez m'habiller

de vos vêtements

couper mes cheveux

me maquiller

mettre des talons hauts

à mes pieds


et me forcer

à poser

un sourire

sur mes lèvres.

Mais je n'oublierai pas.

Je me souviens.

Parce que les Indiens,

les Juifs et

les lesbiennes

n'oublient pas.

 

Dans un premier temps

j'absorbe

tout ce qui

me concerne.

Ce qu'on a dit

Ce qu'on a vu

Ce qu'on a entendu

ce que j'ai appris

quand j'étais petite

-quelqu'un met un

chapeau de cow boy et un revolver

sur mon corps

Je l'enlève, je le jette

sur le sol

cours en silence

dans les bras de ma mère.

Nous n'oublions jamais

le premier âge.

 

Dans un deuxième temps

On m'apprit des valeurs

contradictoires - éduquée

comme les blancs par mon père mais

ce n'était pas les convictions de ma mère-

être forcée à assimiler

rendit négligent


mise sur une voie

que je n'avais pas choisie

je suis bourrée (de médicaments)

d'amnésie pour des années

et des années.

Je deviens la terreur

à la peau lumineuse

de mes propres rêves -

poursuivie par tous.

Je deviens l'extérieur

du cadre

du tableau.

 

Le troisième temps

commence avec

une confusion aliénée

comme l'amnésie de

la rupture avec l'enfance

Je me replie sur moi-même

Je rampe hors des mensonges et

dans la vie de ma mère.

Je la vois avec

des yeux neufs                un nouveau regard

et de nouvelles oreilles qui

lui réclament de re-raconter

les histoires d'autrefois

parce qu'elle

n'a pas oublié.

Dans le troisième temps

j'essaie de trier

ce qui est

et ce qui n'est pas

moi.


 

Après cinq mois

sans pouvoir garder

ce que je mangeais

après avoir réclamé

re-découvert

remémoré

je ramasse les morceaux.

et me retrouvant

j'émerge

plus victime du tout

de ma propre auto-destruction.

Je suis une lesbienne de couleur

qui refuse

d'être

exclue.


Beth Brant

 

 

Elle s'appelle Helen

 

 

Elle s'appelle Helen.

Elle vint de l'Etat de Washington il y a vingt ans

en passant par

Hollywood en Californie,

Gallup au Nouveau Mexique,

Las Vegas dans le Nevada,

finissant par Detroit au Michigan où elle habite l'appartement 413

dans les entrailles de la ville.

Elle travailla à l'usine pendant dix ans et six mois

à fabriquer des carburateurs pour Cadillac.

Elle aimait le travail à l'usine.

Elle gagnait bien sa vie, prenait des vacances à la Nouvelle-Orléans. Une vraie ville de plaisir.

Elle portait un chapeau de cow boy orné de plumes.

Elle portait ne portait pas de bottes de cow boy

à cause de l'arthrite qui vrillait ses pieds.

Elle portait des Wedgies en vinyle beige.

L'hiver elle mettait de grosses chaussettes

pour protéger ses orteils tordus de la neige fondue

et de la pluie.

 

Helen se prenait en photo.

 

Chaque fois qu'elle entre dans le photomaton,

à un dollar la photo,

elle tire le rideau et l'appareil flashe.

Quand elle fut renvoyée de l'usine

elle trouva un travail dans un bar, pour servir des bières pression.

En guise de pourboire, elle reçoit des cadeaux de ses clients.


 

Des statuettes en bois d'Indiens portant la coiffe.

des photos de squaws nues aux cheveux tressés.

des broches en plume fuchsia et chartreuse.

Tout le monde aime Helen.

C'est une brave fille. Une honnête Indienne.

 

Helen n'embrasse pas.

Elle permettait qu'on porte son corps quand

elle avait son compte de vodkas et de bière Lite.

Elle a eu beaucoup de petites amies.

Des femmes blanches qui voulaient s'occuper d'elle,

qui aimaient les Indiens,

qui pensaient qu'elle était une tragédie.

 

Helen se prend en photo.

 

Elle porte une photographie accrochée à une chaîne

à côté d'une chaussure d'enfant

et d'une broche en plume.

Ses clés sont accrochées à une ceinture de cuir.

Helen tinte comme un carillon quand elle se déplace derrière le bar.

 

Ses amies s'occupent d'elle.

Lui disant comment s'habiller

comment parler

comment faire pour agir davantage comme un Indien.

« Tu devrais être fière de ton héritage indien. Porte davantage de bijoux.

Va au Centre Culturel Indien.»

 

Helen ne parle pas beaucoup.

Sauf quand elle a bu suffisamment

de vodkas et de bière.

Alors elle parle de chez elle,

de sa mère,

des internats,

des orphelinats,

sur son désir de retourner chez elle pour voir son peuple

avant de mourir.

Helen dit qu'elle mourra à cinquante ans.

 

Elle a quarante deux ans maintenant.

Il lui reste encore huit ans.

 

Helen n'embrasse pas.

Parle peu.

Se prend en photo.

Elle intéresse les femmes blanches.

Elle se laisse toucher par elles.

 

Helen ne peut pas croire qu'elle est belle.

Que sa peau est chaude

comme le sequoia et le feu.

Que ses cheveux épais dansent comme la rivière.

Que son corps épais parle une langue qu'on lui a volée.

Que sa bouche est large et parfaite et que lorsqu'elle sourit

les gens prennent son souffle.

 

« Je suis une lesbienne indienne. Une indienne muette.

Une squaw grosse et laide.»

C'est ce que dit Helen.

 

Elle porte un tee-shirt sur lequel on lit

Detroit

imprimé en paillette en travers de sa large poitrine.

Sa poitrine que les femmes blanches ont sucée

et pétrie pour y coller leurs bouches.

 

Helen n'arrive pas à croire que ce sont des femmes

qui viennent la voir.

Que ce sont des femmes

qui veulent goûter son haleine et le sel de sa peau.

Qui veulent qu'une dialogue se crée entre leurs langues.

Qui veulent s'enfoncer profondément en elle

toucher des lieux sombres, humides,

musclés et secrets.

Qui veulent que se soulèvent, s'épanouissent deux corps dans un mot inventé.

 

Helen ne peut pas croire qu'elle est belle.

 

Elle n'embrasse pas.

Parle peu.

Se prend en photo pour s'assurer qu'elle existe.

 

Se prend en photo pour se prouver qu'elle est vivante.

 

Helen se prend en photo.

 


Maurice Kenny

 

 

Winkte

 

Il m'apprit que si la nature mettait un fardeau sur les épaules d'un homme, celui-ci lui donnait aussi un pouvoir. John (Fire) Lame Deer, Medecine man Sioux.

 

 

Nous sommes une particularité des Sioux!

Ils nous respectent pour notre pouvoir particulier

de regarder au coeur du soleil, la nuit.

Ils nous paient avec des chevaux et non avec du mépris.

 

Pour les Cheyennes nous n'étions pas une curiosité!

Nous étions les amis des femmes des guerriers

qui chassaient pour remplir nos marmites

qui protégeaient nos tipis des Pawnee.

 

Nous allâmes dans la montagne chercher notre vision de puberté.

Ni chevaux ni lance ni oiseau-tonnerre

ne traversèrent le rêve qui nous aurait envoyé

à la guerre ou dans les bois désolés des chasseurs.

Un chant planant

sur le vent de la montagne.

D'autres couleurs et dessins apparurent sur les nuages.

Quelques mots tombèrent de l'aile de l'aigle,

et ils se présentèrent à la tente medecine,

et par leur sainteté donnèrent du pouvoir

au peuple de la Nation Cheyenne.

Il y avait place pour nous dans le village.

 

Les Crow et les Ponca offraient des peaux de daim

quand la décision de prendre le sentier de la guerre était prise,

et nous étions admis dans les fourrures

d'un jeune guerrier, et nous nous allongions contre lui

et connaissions sa bouche et son aine tiède:

Ou nous nous marions (comme deuxième femme) à un chef.

Et si nous remplissions nos devoirs, il souriait

et nous confiait son petit fils.

 

Nous étions une particularité des Sioux, Cheyenne, Ponca

et des Crow qui nous valorisaient et n'injuriaient

pas nos jupes relevées ni ne donnaient de coups de pieds à notre nudité.

Nous avions du pouvoir sur le peuple!

 

Et si nous craignions de porter la lance, de danser

autour des scalps de l'ennemi et de chasser le bison

cela aussi était bon pour la Nation,

et contre notre nature nous marchions en arrière.


Richard La Fortune

 

 

J'ai cueilli un bouquet pour toi:

         J'ai cueilli le ciel,

         J'ai cueilli le vent,

         J'ai cueilli les prairies et leurs herbes ondulantes,

         J'ai cueilli les forêts, les fleuves, les ruisseaux et les lacs,

         J'ai cueilli le daim, le chat sauvage, les oiseaux et les petits animaux

         J'ai cueilli la pluie - Je sais que tu aimes la pluie,

         J'ai cueilli les étoiles de l'été,

         J'ai cueilli l'éclat du soleil et la clarté de la lune,

         J'ai cueilli les montagnes et les océans aux eaux puissantes.

Je sais que c'est un gros bouquet, mais ouvre tes bras en grand;

         Tu peux tout embrasser et même plus.

 

Ton esprit et ton amour te

         permettront d'embrasser toute la création.