Les biches clinquantes*: Une étude historique de l'homosexualité amérindienne

Maurice Kenny

 

 

En venant dans le Nouveau Monde, l'Espagne lâcha une armée de religieux sur les Indiens pour prendre leurs âmes au nom de Dieu, de l'or et du Roi. Les pratiques sexuelles des indigènes n'ont pas été retenues par l'anthropologie. Tout ce qui avait un goût de paganisme, de religion, d'art ou de sexe fut totalement détruit. On doit rappeler ici que le plaisir sexuel était estampillé mal par les Européens civilisés. L'amour entre hommes fut détruit plus qu'ignoré dans le Nouveau Monde machiste des Espagnols.

*tinselled bucks: cette expression contient un sens péjoratif que l'on pourrait traduire par ...de pacotille ou en toc.

Les jésuites français qui explorèrent d'abord le nord-est américain, ne rapportèrent pas de manifestations évidentes d'homosexualité dans les tribus qu'ils rencontrèrent; ni les Allemands, ni les Anglais pas plus que les puritains. L'homosexualité étant contre Dieu, le Roi et la nature, était un sujet trop abject ou répugnant pour figurer dans les rapports officiels. En conséquence, les écrits sur le Nouveau Monde ignorent la plupart du temps quelque manifestation que ce soit de l'amour entre hommes chez les indigènes de la nouvelle terre. On utilisa très tôt la déformation et le mensonge le plus total dans l'histoire américaine. Où peut-on trouver des informations, dans quel document peut-on découvrir que le cow-boy solitaire ou le soldat en manque de la cavalerie US s'adonnait à l'amour entre hommes? Aujourd'hui on accepte aisément que cow-boys et soldats pratiquaient l'homosexualité. Même les héros américains légendaires sont suspectés. On dit que Mike Fink, le célèbre homme des bois, a tué son jeune ami, Carpenter, sous le coup de la jalousie.

Il y a toutefois de rares allusions dans les anciennes chroniques ou dans les journaux signalant que les premiers montagnards cohabitaient entre eux ou avec des Indiens. Il est facile de supposer qu'il existait une fraternité sexuelle à certains moments. Pour les montagnards endurcis, la masturbation ne devait pas être suffisamment gratifiante. L'hétérosexualité était complètement acceptée, mais il devait y avoir quelque gêne quand on apprit que les montagnards séduisaient aussi des bandes de jeunes hommes. Ceci supposerait que les Indiens étaient efféminés, et comme le suggère Paul Radin « ce n'est pas la part efféminée qui l'effraye mais la possibilité d'être ridiculisé» (Radin 1963:45). Cette remarque, quoi qu'il en soit, ne prouve pas qu'il n'y ait pas eu d'activité sexuelle entre Blancs et Indiens.

Dans certaines tribus, on disait que des femmes indiennes vivaient misérablement et se suicidaient parfois pour se sortir de leur asservissement abject à un mari impitoyable. Un jeune homme pouvait également se suicider s'il découvrait qu'il n'était pas attiré par la voie guerrière mais avait des tendances homosexuelles, ou un handicap physique qui anéantirait toute possibilité d'atteindre l'honneur d'être guerrier. La peur d'endosser le costume (celui qui porte des jupes) et les devoirs des femmes pouvait le faire sombrer définitivement dans la dépression, effrayé par le rejet et le ridicule.

En général, malgré tout, l'attitude indienne relative au sexe n'était pas contraignante: Comparée à l'attitude des Blancs relative au sexe, les Indiens ne sont absolument pas inhibés. Ils ne souffrent d'aucune gêne... les adultes s'accouplent librement devant leurs enfants ou d'autres personnes. Un chef important était souvent vu en train de marcher dans son village, nu, exhibant une érection.... et les Amérindiens étaient totalement sans malice. Comment concevoir que quelque choses que l'on aime bien soit mal. Mal était un concept incompréhensible pour eux dans ce domaine (Blévins 1973:215-16).

L'homosexualité était acceptée sinon excusée dans beaucoup de sociétés primitives. Dans certaines sociétés, on faisait de l'homosexuel un fétiche qui
devenait partie intégrante d'une cérémonie. Les Amérindiens ne font pas exception à la règle. Ils utilisaient ce rôle comme un avantage pour trouver des amants. Ruth Benedict, se référant aux Zunis du Nouveau-Mexique, écrivit dans son livre Patterns of Culture:

Le mépris social, toutefois, ne se portait pas sur le Berdache, mais sur l'homme qu'il avait choisi et avec lequel il vivait. Ce dernier était regardé comme un homme faible qui avait choisi une position facile plutôt que les buts reconnus de sa culture, il ne contribuait pas au ménage, qui restait un modèle pour tous à travers les efforts solitaires du berdache. Son arrangement sexuel n'était pas mis en cause dans ce jugement porté sur lui, mais eu égard à sa place économique, il était un paria (1959:264-65)

Le culte du berdache était plus reconnu dans les Plaines de l'Ouest, chez les Sioux (Lakota) et les Cheyennes de l'ouest du Mississipi que dans d'autres parties d'Amérique. Il n'y a pas de raison particulière à cela sinon que c'étaient d'importantes tribus avant qu'elles ne soient décimées par l'homme blanc. Dans des groupes aussi importants, un rôle socio-religieux pouvait être attribué au berdache. Comme il y avait suffisamment de guerriers et de chasseurs pour protéger et nourrir la communauté, quelques hommes étaient autorisés à suivre des buts plus tranquilles. Une société où les loisirs sont possible avait les moyens d'accepter un tel écart de la voie étroite de la guerre et de la chasse, comme elle acceptait les medecine men qui apportaient la stimulation
religieuse, et les artisans. Un jeune homme qui n'avait pas d'inclination pour la voie de la guerre ou de la chasse, pouvait passer sa vie à poursuivre d'autres carrières et n'était pas forcément requis pour perpétuer la race. La tribu pouvait s'offrir le luxe d'autoriser un jeune à devenir berdache. Dans le Sud-Ouest, apportée par l'esclavage, l'homosexualité était aussi connue mais  condamnée comme chez les Mojaves.
atteste de leur présence dans les déserts (Mead 1949:129). Le Far-West, le Sud et le Nord-Est devaient certainement aussi posséder de tels personnages.

On sait que le berdache se mariait parfois avec quelqu'un de son sexe et vivait avec lui, et le mari  n'était pas toujours un inverti. A travers toute discussion au sujet de l'homosexualité, on doit se souvenir que l'action et l'accomplissement principal des hommes était l'obtention de l'honneur et de la gloire sur la voie de la guerre. Ceci était instillé et inscrit quotidiennement dans les esprits depuis le jour de la naissance. La force masculine était protectrice de la vie et de la liberté, le chasseur soutenait le peuple, et la procréation était le but sexuel de base. Si trop de honteux  devaient survivre, la tribu et la culture seraient condamnées. Pour cette raison, de jeunes enfants étaient parfois enlevés à leur mère -qui leur donnait trop d'amour et d'attention et faisait pencher la balance du potentiel d'inversion du garçon- , très jeune, habituellement avant l'âge de cinq ans. Dans certaines nations indiennes, le garçon était confié à un oncle pour qu'il l'élève
dans la respectable coutume masculine et dans la Voie Indienne. C'était une mesure de sauvegarde pour supprimer la possibilité qu'un garçon se détourne des armes du guerrier et du chasseur. Inutile de dire que parfois un garçon glissait à travers ces mesures protectrices et grandissait berdache pour s'élever contre la voie de la guerre et accepter les vêtements et les corvées des femmes. Tous les hommes ne pouvaient pas atteindre les standards indiens. Avec les invertis, les hommes physiquement mal formés étaient souvent obligés d'assumer la voie des épouses.

On retrouve l'homosexualité dans toutes les tribus amérindiennes quoi qu'elle fut remarquée dans un petit nombre de tribus particulières. Une vision de la puberté pendant l'enfance peut très bien placer cette charge sur les épaules d'un jeune homme comme si elle était un penchant de sa nature. Plusieurs hommes qui pratiquaient l'homosexualité étaient de fiers guerriers et n'étaient pas efféminés, ou travestis. La bestialité était parfois pratiquée et le commerce sexuel avec un ennemi venant d'être tué n'était pas rejeté dans certaines tribus.  Quel plus grande honte ou humiliation pouvaient être jetée sur un ennemi! Ses pouvoir de mâle seront affaiblis dans le monde des Esprits. Le berdache, contrairement aux captifs et aux femmes en particulier, subissait rarement l'expérience de l'enlèvement et de mourir dans les plaines c'est à dire, attaqué en masse (en français dans le texte NDT)- comme conséquence de son état d'inverti.

Alexander Henry, le Jeune, un commerçant en fourrure, fut l'un des premiers chroniqueurs du mode de vie indien, malgré son aversion pour l'homme
rouge. En 1801, Henry écrivit La Berdash et fit une description cette personne est un curieux mélange d'homme et de femme. Il est un homme par ses membres et son courage, mais prétend être féminisé, et s'habille comme une femme. Sa démarche et sa façon de s'asseoir, ses manières, occupations et paroles sont celles d'une femme. Son père qui est un grand chef des Saulteurs, ne peut pas le convaincre d'agir comme un homme.» (1897:163)

En 1864, un jeune officier de cavalerie, le Lieutenant Eugene Ware, écrivit que la totalité de la population des hommes Poncas était efféminé, et les femmes masculinisées, principalement parce que les hommes semblaient être aimables, paresseux, inefficaces... Ils semblaient avoir de petits pieds et être plus féminins que les femmes elles-mêmes... Les femmes semblaient toutes être d'une trempe capable de rosser leur mari facilement, et les jeter hors de la tente quand elles le voudraient... Je pense qu'une part du mépris que les premiers colons ont eu pour les Indiens était dû à ces actes et apparences efféminés. Se rajoutant à cela, les Indiens étaient glabres, avaient des manières en général inefficaces et n'avaient pas la même stature et constitution que les garçons blancs qui étaient en leur compagnie. (1960:28)

Cette absurdité fut écrite par un homme qui pouvait aussi écrire que l'homme blanc n'était pas seulement plus éveillé que l'Indien sur le plan de la civilisation mais aussi dans la vie sauvage lorsqu'il était en compétition avec l'Indien. Les Indiens étaient une bande de barbares sauvages, assoiffés de sang, et la moitié d'entre eux au moins méritaient la mort autant que les loups qui hurlent autour de leurs tipis» (147). On pensait communément ainsi dans les plaines pendant les grandes migrations vers l'Ouest. Un homme qui se fait le porte parole de telles insanités peut-il être crédible? Son comportement n'a pas plus de crédit que les invectives contemporaines lancées contre les homosexuels ou n'importe qu'elle minorité reconnue.

Dans son livre Male and Female (Homme et Femme), Margaret Mead dit des berdaches: »Parmi de nombreuses tribus, le berdache, l'homme qui s'habillait et vivait comme une femme, était une institution reconnue, apportant un contre-point à l'emphase excessive de la bravoure et à la vigueur des hommes.» (1949:129) Le berdache est connu sous différents noms selon les tribus. Le peintre Catlin rapporta que les Sauk and Fox nommaient le berdache , les Cheyennes, d'après George Bird Grinnell, ; et les sioux, winkte.

Certains berdaches furent célèbres, et leurs noms et exploits sont parvenus jusqu'à nous. Henry le Jeune et Walter O'Meara mentionnent Yellow Head des Ojibway; George Bent informa George B. Grinnell sur quelques vieux Cheyennes: Pipe, Bridge (mentionné aussi par Mari Sandoz dans Cheyenne Autumn), Hiding Shield Under His Robe, et Good Road Woman -des noms indiquant leur penchant- Stanley Vestal, l'historien, écrivit favorablement, bien que de manière amusante, sur un célèbre medecine man Arapaho, Waksenna, et comment il sauva sa bande du
choléra asiatique. Ruth Benedict fait référence à l'amie Zuni de Matilda Coxe Stevenson, We'wha.

Le berdache était parfois le medecine man de la bande ou de la tribu, docteur, conteur, marieur ou meneur de la danse du scalp; il avait une fonction dans la tribu. Il était parfois éduqué comme Saint Homme (holy man), certains tabous dans des tribus particulières interdisaient à ces grands prêtres d'épouser des femmes et d'avoir des enfants. Chez les Cheyennes, la société des Contraires, ou de la Corde d'Arc, regroupe des guerriers qui faisaient tout à l'envers, devaient s'abstenir de mariage avec les femmes. Ceci ne pouvait que les conduire à l'homosexualité. On croyait que Roman Nose, le célèbre guerrier de la Société du Chien ne s'était pas marié à cause d'une interdiction faite par un medecine man. Le tabou exigeait que Roman Nose ne s'accouple pas avec une femme. Cela ne ferait pas que mettre en colère les Esprits de l'eau qui étaient très proches du de Roman Nose, mais affaiblirait sinon détruirait totalement sa vaillance guerrière. Plus tard, toutefois, le métis cheyenne, George Bent attesta que Roman Nose avait eu au moins une femme et un enfant. Chaque tribu amérindienne a ses fétiches et ses tabous, mais aucune n'avait de lois strictes disant qu'un jeune homme devait prendre telle ou telle voie; il se forgeait son propre jugement et suivait la direction de sa vision de puberté, son inclination, bien que la pression tribale le poussait dans les carrières de guerrier-chasseur. Si un jeune homme ne choisissait pas d'aller à la chasse ou de rejoindre une société de guerriers, il n'avait pas besoin de se soumettre au modèle général de guerre ou de chasse. Mais par son choix de ne pas
guerroyer, il était contraint d'abandonner son droit au privilège masculin. Il s'exposait également à la possibilité d'être insulté, abusé, quoique rarement, il pouvait être aussi châtié, banni ou exclu du campement. S'il décidait que les peintures de guerre allaient contre sa nature, il pouvait s'habiller comme une femme et remplir ses occupations. Il pouvait également devenir la deuxième ou la troisième épouse d'un guerrier ou d'un chef, si le bénéficiaire avait assez de santé pour supporter ce nouveau venu sous son toit.

D'après George Catlin, le berdache Mandan trouvait aisément une personne qui tuait pour sa nourriture et chassait des peaux pour ses vêtements. Catlin, qui n'était apparemment pas perturbé par la présence des berdaches dans les villages Mandan, a laissé une longue description de ces jeunes dandys. Une fois, inspiré par la prestance et l'attrait d'un jeune homme, Catlin peignit un dandy Mandan. Il détruisit le portrait avant de l'avoir achevé sur l'insistance d'un chef indigné dont il avait fait le portrait précédemment. Dans ses lettres et notes, Catlin écrivit:

Les notables et les guerriers mandan placent très haut l'honneur d'être peint, et très bas la valeur d'un homme. Même si la nature prodigue lui a accordé ses plus grandes faveurs, il n'a pas la fierté et la noblesse d'un guerrier...

Ces gentlemen propres et élégants, nombreux dans chaque tribu, sont méprisés par les chefs et les braves, vu qu'il est connu de tous qu'ils ont une aversion des plus horrible pour les armes, et sont nommés coeur défaillant ou
vieille femme par toute la tribu, et sont par conséquent peu respectés. Ils semblent, malgré tout être passablement satisfaits de cette appellation, avec la célébrité qu'ils ont acquise auprès des femmes et des enfants par la beauté et l'élégance de leur apparence...

Ces gay et peau de biche (souligné par l'auteur) doivent être vus un jour vêtus de toutes leurs plumes, montés sur leur poney pie ou pommelé, un éventail dans la main droite fait de plusieurs plumes de dindons -avec une lanière et un pompon attaché au poignet, et assis sur une belle selle d'apparat blanche et moelleuse, ornée de piquants de porc épic et d'hermine, paradant dans le village ou flânant aux alentours...

Il n'y avait rien de terrifiant en eux, ni de choquant pour le plus fin, le plus pudique des esprits. (1973a:112-13)

Probablement que Catlin appréciait les berdaches davantage que ne le faisaient les Mandans. Bien que les Mandans n'aient pas placé très haut le berdache dans l'échelle des valeurs sociales, ils respectaient suffisamment l'homosexuel qui n'était jamais jeté en prison ni poussé au suicide, malgré les plaisanteries et les épithètes ridicules.

Toutes les tribus n'ont pas une aversion pour le berdache. Dans le mythe Navajo, un mâle hermaphrodite enfant turquoise, joue un rôle important dans la Création. IL devient masculin et était connu sous le nom de Porteur de Soleil. Le Porteur de Lune, fille Coquillage Blanc, était
aussi hermaphrodite. Alors qu'il était hermaphrodite, Enfant Turquoise sauva les anciens Navajos du coléreux Bison d'Eau qui se tenait sur le chemin de leur évolution entre le Quatrième Monde et le Cinquième et dernier Monde.

L'hermaphrodite Turquoise fut le premier homme à changer, ou à devenir comme une femme... Première Femme et l'Hermaphrodite Turquoise représentent le principe féminin. (O'Bryan 1956:6-7)

Dans les récits Winnebago du Trickster prankish (parfois décrit comme un coyote) il y a des références au travestissement. Dans un récit, le Trickster mâle se transforme en femme, épouse le fils d'un chef et porte des enfants, ayant eu des rapports avec le renard, le geai et le pou  aussi bien qu'avec de jeunes guerriers humains.:

Ils préparèrent immédiatement du maïs sec pour elle et ils firent bouillir des côtelettes d'ours. C'est pour cela que le Trickster se maria, bien sûr... Le lendemain, alors qu'ils cuisaient du maïs, la femme du chef taquina sa belle-soeur. Elle la poursuivit autour de la fosse où elles cuisaient le maïs. Enfin le fils de la femme du chef (Trickster) sauta par dessus la fosse et elle laissa tomber quelque chose de complètement pourri. Les gens lui crièrent: C'est Trickster! Tous les animaux étaient honteux, particulièrement le fils du chef. Les animaux qui étaient avec Trickster, le renard, le geai et le pou, s'enfuirent tous (Radin 1972:23.24)


Trickster était souvent un compagnon très méchant, impertinent qui transportait son pénis sur son dos dans une grande boîte et beaucoup de ses aventures picaresques donnent dans la farce scatologique -avec bien sûr un lien moral à l'histoire. Trickster surprotégeait souvent son pénis, son anus et ses fesses et même s'ils lui offraient parfois beaucoup de plaisir et de gratification, son pénis et son anus lui amenaient des catastrophes pleine d'humour.

Même Lewis et Clarke, pendant leur exploration vers l'Ouest furent confrontés aux berdaches sans en être perturbés. Pendant le terrible hiver de 1804, ils campaient entre le Mississipi et le Missouri près d'un village Mandan. Ils furent approchés par de nombreuses squaws et hommes habillés en squaws [qui] vinrent avec du maïs pour le vendre aux hommes contre des babioles (De Voto 1953:74)

Quelques années plus tard, Catlin écrivit admirablement sur la danse pour le Berdashe, telle qu'elle était célébrée par les Sioux Sauk and Fox:

La danse pour le berdashe est une scène très divertissante et drôle qui a lieu plusieurs fois dans l'année, selon leur désir, quand une fête est donnée au berdashe, comme l'on dit en français (ou i-coo-coo-a, dans leur langue), qui est un homme habillé en femme, et reconnu pour être ainsi toute sa vie, et pour les privilèges extraordinaires qu'il est reconnu posséder, il est conduit aux taches les plus serviles et dégradantes, dont il ne peut pas se soustraire, et étant le seul de la tribu soumis à ces dégradations infamantes, il est perçu comme medecine man et sacré, et une fête lui est
donnée annuellement; et pour ouvrir cette fête, une danse par ceux des jeunes hommes de la tribu qui le peuvent, comme sur le croquis, dansent derrière et s'exhibent publiquement, (sans être blâmés par le Berdashe)? qui... (1973b:214-5)

Suivent trois lignes en langue indienne qui sont intraduisibles.

George Grinnell décrit aussi avec force détails la cérémonie cheyenne de la danse du scalp, en remerciant George Bent pour ses informations:

Ces anciennes danses du scalp étaient dirigées par un groupe d'hommes appelés Hee man eh', , qui s'habillaient d'ordinaire comme des vieillards... Ils étaient très populaires et particulièrement appréciés des jeunes, qu'ils soient mariés ou non, car ils étaient des marieurs reconnus. Ils savaient parler d'amour. Si un homme voulait une femme et pouvait obtenir l'aide de l'un d'eux, il échouait rarement. Quand un jeune homme voulait faire parvenir un cadeau à une jeune fille, un de ces mi-homme mi-femme était envoyé auprès des parents de la fille pour parler et conclure le mariage...

Quand une expédition guerrière était sur le départ, l'un d'entre eux était souvent appelé pour l'accompagner, et, en fait, autrefois, les grandes expéditions guerrières partaient rarement sans un ou deux Hee man eh'. Ils étaient de bonne compagnie et de fins orateurs. Quand ils partaient avec une expédition guerrière, ils étaient bien traités. Ils
veillaient à ce que tout soit bien fait, et dans les combats, s'occupaient des blessés, ce pour quoi ils étaient habiles parce qu'ils étaient docteurs ou medecine man. (1923:39-40)

Ils avaient probablement aussi pour rôle d'éventrer les morts ennemis et d'émasculer les cadavres.

Il est facile de comprendre pourquoi un Hee man eh', ou mi-homme, mi-femme, était choisi pour diriger la danse du scalp et pour ramener les scalps au village. Il avait des pouvoirs particuliers, ou un remède privilégié, et pour toutes les intentions et propositions il avait, sinon l'allure externe du moins l'esprit de l'homme et de la femme réunis. Il était également purifié par le tabou menstruel. Mountain Wolf Woman, un Winnebago, rapporte dans son autobiographie que pendant ses règles une femme ne devait regarder personne, même pas d'un simple coup d'oeil. Si vous regardiez un homme vous pouviez contaminer son sang. Même un simple coup d'oeil ferait de vous une mauvaise personne. (Lurie 1973:22)

Dans son livre The cheyennes, E. Adamson Hoebel suggère que le fait que les scalps ennemis soient donnés au hee-man-eh montre que les guerriers pensent que leur succès est du à la présence de ces personnages dans la bataille victorieuse. (1960:77).


On doit faire remarquer ici que les femmes sont rarement impliquées dans les expéditions guerrières. Elles restent au village principalement parce qu'une femme peut avoir subitement ses règles et que son sang pourrait très bien apporter la défaite à cause de son impureté. Il en résulterait une longue suite de rites de purification qui retarderaient et pourraient aboutir à une défaite déshonorante. Les hommes vivaient dans la peur des rythmes biologiques féminins. Comme les femmes n'accompagnaient pas les expéditions guerrières, le hee-man-eh pouvait servir de substitut sexuel, car les anciens savaient bien que chez les jeunes braves au sang chaud la frustration pouvait déboucher sur des désordres dans les attaques ou sur des groupes de jeunes inexpérimentés courant à l'ennemi pour acquérir leur premiers honneurs avant que le chef de guerre puisse rassembler les plus expérimentés et l'ensemble de l’armée. Les jeunes hommes, et particulièrement ceux qui cherchaient une femme, étaient constamment à l'écart de la troupe pour porter le premier coup et avoir l'honneur de poser aux pieds de leurs belles pour acquérir leur respect et éventuellement leur main. Aucune jeune fille ne souhaitait se marier avec un brave qui  reviendrait de la guerre sans honneur, sans première plume, ou sans une blessure. d'où le besoin potentiel du hee-man-eh pour calmer les jeunes esprits fougueux.

Le Colonel Richard Irving Dodge, dans les années 1880, écrivit aussi sur une danse sociale particulière pendant laquelle une belle jeune fille du village cheyenne a captivé les yeux et le coeur de la plupart des mâles. Dodge sous-titre cette épisode Un morceau délicieux de mascarade. Pour finir, un jeune gars avec lequel elle avait dansé découvrit qu' elle était un garçon vêtu des vêtement de sa soeur. La petite fripouille avait joué la comédie au point de mystifier toute la bande pendant la moitié de la nuit, et avec tant de gentillesse, de vivacité, et de naturel, que la moitié des gars avaient fait l'amour avec lui durant la danse. Cette fête était regardée comme une fête merveilleuse et un grand divertissement» (1883:377) Dodge écrivit, de même que Paul Radin, que les hommes indiens considéraient l'affection comme un acte efféminé.

Sauf dans les romans contemporains, on trouve peu dans les vieux journaux, chroniques, histoires, ou études anthropologiques, de relations sur l'amour entre deux indiens mâles. Mais les nombreuses références au berdache indiqueraient avec une quasi certitude que la copulation était pratiquée.

Walter O'Meara cite un exemple d'amour sans retour entre un jeune ojibway agokwa (berdache) et le montagnard John Tanner. Il s'agissait de Yellow Head, le même agokwa qui avait si fortement perturbé Alexander Henry le Jeune.

Un hiver, alors que Tanner hivernait dans un poste sur la Red River dans le centre Nord, le fils d'un célèbre chef Ojibwa (Chippewa) vint lui rendre visite. Tanner le qualifia de créature. Il affirma que la plupart, sinon la totalité, de la tribu indienne était agokwa. Les Ojibwa acceptaient le berdache. Yellow Head se prit d'amitié pour l'homme blanc et se fit un point d'honneur de faire de Tanner son amant. Pour Tanner, qui avait été marié autrefois à une indienne de qui il avait eu des enfants, la
créature était un objet répugnant.l'agokwa s'offrit à Tanner, et ne fut pas découragé par la répulsion du montagnard. Les femmes du poste prenaient beaucoup de plaisir à cette affaire cocasse et la plupart du temps, incitaient le agokwa à poursuivre ses avances, que Tanner repoussait et évitait. Yellow Head disparut pendant quelques jours. Tanner ressentit un profond soulagement et en conclut qu'il avait finalement réussi à chasser la créature. Mais le berdache revint au poste avec un cheval chargé de viande fraîche. A ce moment là, le poste était à cours de vivres, particulièrement de viande fraîche, et les gens avaient faim. Normalement, dans de telles circonstances, la viande aurait dû apporter au chasseur l'accès à la maison d'une femme et à son lit. Mais viande fraîche ou non, la prouesse du chasseur voulait être récompensée par l'amour de Tanner pour Yellow Head ou l'amour d'un corps d'homme. Yellow Head, le agokwa reçut au contraire un refus net en échange de ses efforts généreux. On finit par trouver une solution. Le chef, Wagetote, déjà pourvu de deux femmes, épousa le agokwa. Tanner était débarrassé de ses ennuis et du traumatisme d'avoir à se débarrasser lui-même du berdache déterminé ou d'avoir à l'accepter chez lui comme concubine ou femme. Mais l'amour entre deux hommes, de deux races différentes, n'est pas toujours déçu. On peut affirmer qu'il y eut des exceptions qui conduisirent à la romance ou au mariage. Tous les hommes n'ont pas l'aversion de Tanner pour les agokwas et les plaisirs qu'ils peuvent donner à un chasseur-guerrier fatigué. (O'Meara 1962:165-67)


D'après Alexander Henry, Yellow Head Lorsqu'il était saoul, n'était pas de mauvaise compagnie (1897:164). Henry Rowe Schoolcraft, qui connut personnellement le agokwa, rapporta que Yellow Head était très brave dans la bataille (1834), et Henry lui-même parle des exploits et des audaces de Yellow Head sur le sentier de la guerre.  D'après O'Meara, Il était reconnu pour avoir contenu une bande entière de Sioux avec seulement son arc et ses flèches, pour couvrir la retraite de ses compagnons (1962:167-68).

Même s'il porte parfois des vêtements de femme, le berdache n'était pas pour cela une poule mouillée. John Major Hurdy écrivit dans son livre American Indian Religion:

Quoi qu'il en soit, le désir de copuler avec des gens de son sexe n'a aucun rapport, comme en ont témoigné les soldats de toutes les armées, avec la timidité au combat... La société travaille effectivement pour prévenir la culpabilité individuelle, et ses structures atténuent également le développement du machisme... Les hommes Lakota sont connus pour se suicider plutôt que d'accepter le destin que leur vision et leur for intérieur leur dit être le leur... Le degré de courage physique, d'adresse, et de compétition spirituelle réclamé par l'idéal masculin était placé si haut que tous les hommes ne pouvaient pas s'y conformer. Ceux qui étaient maladroits ou malades, ou avaient les réflexes lents, survivaient rarement car ils deviendraient des problèmes pour les adultes. Et pour ceux qui craignaient la violence, la société Sioux avait prévu une issue de secours. (1970:48-49)

La tolérance vis à vis du berdache varie d'une tribu à l'autre. Certaines, comme les Illinois, poussent réellement les jeunes hommes à devenir homosexuels et concubins des hommes. Les Cheyennes et les Sioux des Plaines n'incitaient certainement pas les jeunes hommes à devenir berdache mais acceptaient les homosexuels plus facilement peut-être que d'autres tribus.

Plusieurs romans contemporains, comme celui de Thomas Berger: Little Big Man, une satire de l'Ouest, traite de l'amour entre deux hommes indiens. la satire de Berger s'épuise seulement parce qu'il s'embrouille dans ses personnages et porte un intérêt trop sérieux à la vie et aux conflits de ses personnages, même probablement à ceux du jeune hee-ma-eh, Little Horse, que Berger démuni  de tout atout et style de vie masculins habille d'une tunique de femme en peau de daim. Berger donne à Little Horse une femme et un certain bonheur dans le mariage. Même s'il est dans le roman pour apporter une touche d'humour, Little Horse a meilleure allure que la plupart des autres personnages principaux, particulièrement que Jack Crabb.  Little Big Man, un roman majeur du vingtième siècle,est une recherche d'une grande importance sur la vie des Cheyennes au milieu des années 1800. Bien que la satire de Berger ne donne pas totale satisfaction, son pouvoir visionnaire est irrésistible, son humour enchanteur et les conflits entre les personnages très humains:

Si un Cheyenne ne croit pas pouvoir assumer une vie d'homme, on ne l'y force pas. Il peut devenir un heemaneh, ce qui signifie mi-homme, mi-femme. Ces gens ont leur utilité et tout le
monde les aime. Parfois ils sont pharmaciens, spécialisés dans la fabrication des philtres d'amour, et généralement d'agréables compagnons. Ils portent des vêtements de femme et peuvent se marier avec un autre homme, si tel est son penchant... (1964:76-77).

Mon autre frère de lait, Petit Cheval, habillé comme une femme cheyenne, entra et nous divertit avec des chants et des danses très agréables. Mon coeur fut empli de joie de voir le succès qu'il avait comme heemaneh. (169)

Little Horse décida de se marier avec Younger Bear des Contraires ou Société des Corde d'Arc. Les guerriers Contraires formaient une société très particulière. Si dans sa vision de puberté  un adolescent était visité par les Oiseaux-Tonnerres (Hawks) -c'était l'intercession de ce signe qui désignait la future occupation d'un adolescent dans l'art tribal de la guerre, de la chasse, de la medecine, etc- il devenait un guerrier kamikaze. Il ne pouvait pas se marier à une femme. S'il se mariait il devait abandonner sa lance, propre au symbolisme sexuel qui suggère l'organe mâle. Chaque pensée, chaque mot, et acte qu'il accomplissait devait l'être à l'envers. S'il est en colère,il doit montrer du contentement. Il se lave avec du sable et se sèche avec de l'eau. Il pleure quand il est heureux et rit quand il est triste. Il rejette l'hétérosexualité. Il est contraint, par le tabou et par sa société, de tout faire à l'opposé de la normale. Dans ce rejet de l'hétérosexualité, le Contraire rejette les relations sociales normales. Il doit vivre seul, à l'écart du camp... Même dans la bataille, il ne peut pas charger avec les autres guerriers à ses côtés, devant ou derrière lui. Il doit être à l'écart, sur les flancs, seul. Quand il tient son Arc Tonnerre (sa lance) dans sa main droite, il ne peut pas battre en retraite» (Hoebel 1960;97). Il y a habituellement deux ou trois Contraires dans une bande, devenus ainsi de leur propre chef, souvent accompagnés par des hee-man-eh.

Dans son livre, The Cheyennes, Hoebel écrit: et absolu de la sexualité masculine, les Contraires recherchent une valorisation dans leur rejet extrême de l'hétérosexualité» (1960:97).

le hee-man-eh de Berger, Little Horse, se marie avec un tel Contraire. Younger Bear vendit son Arc-Tonnerre, ce qui lui permit de se marier. Berger ne résiste pas au plaisir d'un paragraphe humoristique: »Alors, quand l'Ours fut habillé et me regarda, je ne pus pas m'empêcher de l'agacer un peu, car, bien que personne parmi les Cheyennes ne condamne un hee-man-eh [italiques de l'auteur], il est normal de taquiner celui qui vit avec lui» (1964:227).

D'un seul trait, Berger résume l'attitude traditionnelle cheyenne concernant l'homosexualité et le travestisme. Sa conclusion peut très bien s'appliquer à d'autres tribus indiennes. Le Cheyenne contemporain, particulièrement celui qui vit sur la réserve, n'accepterait pas l'énoncé de Berger. L'Indien moderne a été programmé par la société blanche de telle façon que ces appétits et ses
particularités antérieurs changent pour s'ajuster à son environnement de presqu'assimilé. Avec la perte de ses rites religieux et de sa culture, il n'y a probablement plus de place pour le
hee-man-eh contemporain dans la structure sociale. Il n'y a plus de guerriers pour maintenir la voie de la guerre; plus de scalps autour desquels danser; plus de montagnards à courtiser, séduire, et avec qui copuler; et évidemment plus de danses cérémonielles consacrée entièrement au berdache. Beaucoup de traditionalistes sont devenus racistes et sexistes, et sont en général troublés par les homosexuels. Hollywood, la télévision, et l'église ont eu une grande influence dans le changement d'attitude du mode de pensée de l'Indien. Berger écrivait une fiction romantique, et quoique très bien documentée, Little Big Man représente le point de vue d'un seul homme. Peut-être que même aujourd'hui, les Indiens des réserves craignent encore la possibilité du ridicule, comme le laisse penser Paul Radin si l'on se réfère à son Winnebago, au début du siècle. Bien qu'un homosexuel ne soit pas un Trickster, il est par certains côtés regardé comme un bouffon dont on peut rire, se moquer, que l'on peut singer, et même probablement mépriser.

Frederick Manfred, dans ses romans sur l'Ouest, fait référence à l'homosexualité, également de façon humoristique, sur le ton de la plaisanterie. Dans Lord Grizzly, Manfred parle du berdache comme de celui qui ne peut pas être père (1954:30).

Les non-Indiens, ou les Anglos, ne sont pas les seuls écrivains à écrire sur l'homosexualité dans les sociétés indiennes. L'Indien aussi écrivit, avec parfois de l'aide, une assistance et le magnétophone
d'homme blanc tel John G. Neihardt, à qui l'on doit l'important récit du saint homme Black Elk, et Thomas B. Marquis, qui aida le guerrier Cheyenne Wooden Leg à raconter sa vie. Richard Erdoes transcrivit et édita la vie du medecine man Lakota John Fire, ou Lame Deer, qui vivait encore en 1972 quand son livre,
Lame Deer Seeker of Visions, fut publié pour la première fois.

John Lame Deer, avec Erdoes, s'arrêta dans un bar pour boire un verre. Près d'eux sur un tabouret était assis un homme, visiblement gay. Lame Deer se mit à converser avec l'homme, un winkte, comme les Sioux appellent les homosexuels.

Il me dit qu'un winkte avait un don de prophétie et que lui-même pouvait prédire le temps... Dans notre tribu, nous allons voir un winkte pour qu'il donne au nouveau-né un nom secret... Un nom donné par un winkte est supposé apporter chance et longue vie. Dans les temps anciens cela coûtait un beau cheval -au moins...

Nous pensons que si une femme porte deux enfants en elle, si elle doit avoir des jumeaux, parfois au lieu de donner naissance aux deux enfants ils se réunissent en un seul, en un être mi-homme mi-femme. Nous appelons une telle personne un winkte. Il peut être hermaphrodite avec des organes mâle et femelle... Pour nous, un homme est ce que la nature, ou ses rêves, font de lui. Nous l'acceptons tel qui est, pour ce qu'il veut être. Cela le regarde. Néanmoins, les parents n'aiment pas voir leurs enfants traîner autour de la maison du winkte et leur disent de se tenir à l'écart.(1972:149-50)

Le winkte Sioux existe encore. Comme le mi-homme mi-femme dont parle Lame Deer, IF la nature affuble l'homme d'un fardeau en le faisant différent  (1972:149)

Les Sioux ont une vieille tradition consistant à recevoir un nom secret. Seuls celui qui le donne et celui qui le reçoit le connaissent. Le nom donné par le winkte est une sorte de talisman porte-bonheur, et apparemment, le nom donné est très sexy, parfois drôle, très cru (1972:150). S'il venait à être connu il serait la cause d'embarras et de beaucoup de plaisanteries. Lame Deer cite Sitting Bull, Black Elk et le fameux Crazy Horse comme portant un nom secret donné par un winkte. Le nom peut rendre quelqu'un célèbre. et avaient une colline spéciale où ils se faisaient enterrer. Je lui demandai, quand il mourrait, quand il irait au Sud, s'il serait un homme ou une femme, dans le territoire des Esprits. Il me répondit qu'il serait les deux. Ce fut une longue interview qui dura deux bouteilles de vin» (1972-150).

Une certaine mélancolie perce sous les mots de Lame Deer, même sous l'humour, un nostalgie du passé traditionnel, la gloire, la liberté et un honneur accordé au winkte que ne connaîtra plus jamais l'Indien.

Récemment, un berdache Navajo d'âge mûr disait qu'il n'était pas accepté hors de la réserve, mais que lorsqu'il vivait avec son peuple, les Navajos traditionnels, on lui accordait le respect parce qu'il était le berdache qui gardait uni les hommes
et les femmes, le peuple, la tribu. Il se référait au Garçon Turquoise, l'hermaphrodite qui aida les Navajos à atteindre le cinquième et actuel monde. Cet homme, un travesti vivant hors de la réserve qui n'est plus célébré dans une cérémonie, insiste sur le fait que les Indiens excusent l'homosexualité. D'autres jeunes Indiens, membre du Gay American Indians, se sont organisés à San Francisco pour lutter contre l'ignorance et les abus dont ils sont victimes de la part de leur propres frères et soeurs dans leurs réserves. Peut-être que lorsque les Indiens auront retrouvé leurs anciennes cultures, langues et cérémonies, le berdache ne sera pas seulement respecté mais retrouvera une place de choix dans la société. Le tabou concernant sa nature aura suffisamment changé pour qu'il puisse apporter sa contribution et retrouver sa fonction dans une culture réorganisée.

 

 

Textes traduits de l'américain par Manuel Van Thienen