Gogisgi/Carroll Arnett

 

Le vieil homme disait

 

certains te diront

cela n'a pas

d'importance. C'est un

mensonge. Toute chose,

chaque simple chose

est importante.

Et rien de bon

n'arrive dans la hâte.

 

Le vieil homme disait

 

La sagesse d'un

animal peut être

mesurée à

la quantité de ses

excréments.

                          Regarde

combien de petites

crottes frère Cerf

laisse derrière lui.

 

Le vieil homme disait.

 

Les Indiens n'ont pas été

faits pour vivre dans

les villes, et aucun ne s'y installe.

Certains y résident

mais aucun n'y vit.


 

Le vieil homme disait.

 

"Parce que vous nous avez donné

le cheval, nous pourrions

presque vous pardonner

de nous avoir donné

le whisky".

                        Presque.

                        Wado Lame Deer

 

Le vieil homme disait.

 

Quand une femme

t'offre le plaisir

d'aller avec elle,

tu dois être capable

de lui dire et

de te dire : je respecte

ce don autant que

s'il ne m'était pas accordé,

sinon, je ne l'accepterais pas.  Si

tu ne peux pas dire

cela, tu ne feras

qu'abuser et te couvrir de honte.

 

Le vieil homme disait

quand on lui demandait:

 

Quand est né

votre petit-fils?

 

Il est né en

mille neuf-cent

quarante et un.

 

Quel jour?

et quel mois?


 

Eh bien, je ne suis pas sûr

du jour mais je me

souviens que

c'était à la fin du printemps

quand les jeunes maïs

avaient à peine

dix centimètres de haut.

Il est né ce

jour là.

 

Et puis?

 

Ils l'enrôlèrent dans

l'armée et l'envoyèrent

par-delà les mers et alors

il fut

tué.

 

Le vieil homme disait.

 

ça ne va jamais avec

les vieux, ni

avec les jeunes, ni avec ceux

malades dans leur corps,

malades dans leur tête.

 

Ca ne va jamais avec

des étrangers qui acceptent

le gîte et le couvert et

et vous donnent des promesses en échange.

 

ça ne va jamais avec

un ennemi qui vous soumet.


 

Cela va seulement avec

ceux qui trahissent le peuple,

ceux qui vendent scandaleusement

ou se vendent eux-mêmes

ceux qui font du profit sur le dos

de leurs grand-pères, grand-mères,

frères et soeurs,

de n'importe quel père mère frère soeur

qui marche rampe vole nage

assis ou debout.

 

ça ne va qu'avec

ceux qui dévastent tout.

 

Eux ne sont pas dévastés.

Ils sont rejetés.


Beth Brant

 

Pour toutes mes grands-mères

 

Un filet couvrait sa tête

un filet

enveloppant les tresses d'argent

une cage

emprisonnant la nature farouche

aucun fil ne s'échappait.

 

(Une fois, vos cheveux cascadaient dans votre dos

ondulant

lorsque vous courriez dans les bois.

S'accrochant aux branches,

les filaments grésillants

liaient les feuilles entre elles.

Les bardanes les emmêlaient.

Un oiseau rouge cueillit un fil brillant

pour son nid,

perdant une plume qui glissa

dans le nuage noir et

devint une part de vous.

 

Vous chantiez en courant.

Vos mocassins

effleuraient la terre.

Heh ho oh heh heh)

 

Prématurément enlevé

à la forêt

donnant naissance

à des enfants qui grandirent

dans un monde blanc

prématurément

vous avez arraché vos

cheveux et

mis un filet

dessus.


Prématurément blanchis

dit-on.

 

Cheveux ligotés

 

endiguant le flot.

 

Sans un mot, calmement

les cheveux tombent

formant des toiles d'araignées sur votre buffet

sur votre oreiller

sur votre brosse.

Ces fils emmêlés

accumulés au fond d'un tiroir

m'attendent.

Pour démêler

pour brosser

pour tisser ensemble les fibres brisées

et construire un tissu

suffisamment fort

pour contenir nos vies.

 


Simon Ortiz

 

Le chant de mon père

 

Comme j'ai à parler,

je ne vois pas mon père ce soir.

Sa voix, le filet de sa voix,

la profondeur venant de sa poitrine maigre,

le tremblement d'émotion

dans ce qu'il vient de dire

à son fils, son chant:

 

Au printemps, nous plantâmes du maïs à Acu -

nous en avions planté souvent

mais cette fois-là,

je me souviens du sable humide et mou

dans ma main.

 

Mon père s'arrêta à un endroit précis

pour me montrer un sillon rabattu:

le soc avait mis à jour

un nid de souris

creusé dans le sable moite.

 

Très doucement, il ramassa de minuscules animaux roses

qu'il posa dans le creux de sa main

et me dit de les toucher.

Nous les emportâmes en haut

du champ et les posâmes à l'ombre

d'une motte de sable humide.

 

Je me souviens de la douceur

du sable froid et tiède, des minuscules souriceaux vivants

et des paroles de mon père.

 


Ron Rogers

 

La mort du vieux Jo Yazzie

 

1

 

Le vieux Jo Yazzie mourut après

Dix ans de travail dans les mines d'uranium. Il mourut

Les os embrasés, et les vents hurlaient

Le jour où ils sont arrivés. Ils seront là bientôt:

Un nuage noir apparaît au loin,

Au-dessus de Four Corners.

 

2

 

Des roulements sporadiques de tonnerre s'élevèrent

Sur la mesa

A l'endroit où un aigle chevauchait les hautes turbulences, survolant

La rivière desséchée qui serpente tout au fond

Là où les rais de soleil font danser les brumes

Inscrivant les siècles dans les strates des pierres pâles du désert.

Et les vents    les vents hurlants

s'emplirent de papillons multicolores.

 


Ray A. Young Bear

 

Grand-Mère

 

Si je voyais sa silhouette

dans le lointain

je saurai tout de suite

que c'est elle.

L'écharpe violette

et le cabas en

plastique.

Si je sentais

des mains se poser

sur ma tête

je saurai que ce sont

les siennes

chaudes et moites

avec leur odeur de

racines.

Si j'entendais

une voix

monter

d'un rocher

je saurai

et ses mots

couleraient en moi

comme la lumière

d'un feu endormi

que l'on tisonne

dans la nuit.


Yvon H. Couture/Makwa

 

La guerre à la terre

 

 

Chaque pierre broyée

Par vos machines

Est un coeur broyé.

 

Chaque arbre assassiné

Par vos machines

Est un frère assassiné.

 

Chaque animal massacré

Par vos machines

« pour le sport »,

Est un frère massacré.

 

Chaque fois, chaque fois,

C'est moi que vous tuez.

 

Chaque balle,

Chaque missile,

Chaque bombe

Que vous lancez

Sur cette Planète

Est une flèche

Qui vient percer mon coeur.

 

Chaque enfant

Que vous blessez,

Chaque enfant

Que vous tuez

Est mon enfant blessé,

Est mon enfant tué.


 

Chaque femme

Que vous blessez,

Chaque femme

Que vous tuez

Est mon Espoir assassiné.

 

Chaque fois

Que vous blessez

Ou tuez un homme,

C'est moi que vous blessez,

C'est moi que vous tuez!

 

Je suis l'Humanité!

 

Je suis la chair de la Terre!

 

Je vous en supplie!

 

Arrêtez! Arrêtez!

 

Vous tuez ma Mère.

 

Cessez le feu!!!

 

Deux minutes de paix!

 

Deux minutes de paix

Sur cette planète...

 

Juste deux minutes...

Est-ce trop demander?...

 

 

 

texte original en français


Oliver Loveday

 

Tous les peuples originaires ont été rassemblés

les réserves fournissent les allocations du BIA

les couvertures variolées et les centres de distribution d'alcool

facilitent l'accès au bois et au minerai

des hommes blancs ouvrent des pièges à touristes pour vendre des plumes de hong-kong

 

Le nouvel ordre mondial s'étend aux autres terres

les peuples indigènes sont parqués dans des camps

les machines de guerre et les jeux vidéo produisent une réalité bâtarde

Les Geronimo de l'OPEP créé pour répandre les armes en excès

les profits des marchands d'armes s'accroissent

Les Danses Musulmanes du Fantôme

sont des transmissions vidéo par satellite

les Wounded Knee de Bagdad sont programmés

le leader mondial d'hier est aujourd'hui fou

 

et dans les montagnes du Tennessee le rêve du corbeau moqueur

répand la paranoïa sur les indisciplinés

crée des moyens de contrôle clonés de la culture industrielle

des jeux politiques pour contrôler les couvertures variolées des amis et

            parents

 

Un cercle se rassemble autour de la table

tabac et café pow-wow

elle dit, vous semblez informés

comment enseignez-vous les Anciennes Traditions?

Je réponds, D'abord en les vivant.

A l'Est un guerrier prie

dans la nuit le sommeil est perturbé par des rêves

le pétrole est noir comme l'orage

ho!

 

 

textes traduits par Manuel Van Thienen