Jo Bruchac

 

 

Gluskabe transforme les animaux

 

Après avoir créé les animaux, Gluskabe décida de voir comment les autres créatures se comportaient avec eux.  Il appela tous les animaux à la fois.

Mes amis, dit-il, je vais dire un mot.  Quand je dirai ce mot, je veux voir ce que vous ferez.

Alors il prit sa respiration et prononça le mot qui signifie être humain.  dit-il.  Les lapins et le cerf, le caribou et l'élan tournèrent Alnabe les talons et s'enfuirent dans la forêt.  Les loups et les ours grognèrent et se glissèrent à l'abri des arbres.  Gluskabe opina.  Tout se déroulait comme prévu.  Presque tous les animaux avaient couru se cacher lorsqu'ils avaient entendu le mot qui désignait les êtres humains.  Mais tous les animaux ne s'étaient pas enfuis: l'écureuil et l'orignal restèrent à leur place. 

A cette époque l'écureuil était très gros, plus grand que le plus grand des ours. 

L'orignal était plus grand qu'il ne l'est maintenant.  Il dépassait la cime des plus grands arbres.  Gluskabe leva un sourcil et regarda l'écureuil.  Alnabe  dit-il de nouveau.  Quand l'écureuil entendit prononcer le mot pour la seconde fois, il se fâcha.  Il ramassa de gros rochers et les lança.  Il brisa des branches d'arbres.

Alors Gluskabe dit le mot à l'orignal.  Il frappa le sol de ses énormes pattes et abattit des arbres avec ses grands bois.  Alors, dit Gluskabe à l'écureuil,

J'empoignerai tous les êtres humains que je verrai et je les mettrai en pièces, gronda l'écureuil, je tuerai tous les êtres humains. Gluskabe secoua la tête non, nijia, dit-il.  Cela ne se passera pas ainsi lorsque tu verras les enfants de mes enfants.  Il tendit la main et attrapa l'écureuil.  De l'autre main il commença à le caresser, et l'écureuil devint plus petit que le plus petit lapin.

Maintenant, dit Gluskabe tu ne seras plus capable de faire du mal à mon peuple. Malgré cela, l'écureuil a gardé son mauvais caractère (jusqu'à nos jours).  Quand vous allez dans sa forêt, il s'enfuit au sommet des arbres et vous lance des brindilles en vous menaçant de sa petite voix pour qu'on se rappelle toujours qu'il a été grand et terrifiant.

Gluskabe se tourna vers l'orignal.

demanda-t-il.

L'orignal secoua ses bois.  Je les encornerai.  Je les piétinerai.  Non, dit Gluskabe cela ne se passera pas comme ça. Il posa une main sur la tête de l'orignal, entre ses bois, et l'autre main contre le nez.  dit Gluskabe.  Pousse aussi fort que tu pourras. L'orignal poussa.  Il poussa et poussa tant  qu'il
rapetissa. Son cou raccourcit et son nez s'arqua.  Gluskabe s'arrêta.  L'orignal était toujours aussi gros mais il ne représentait plus aucun danger pour le peuple.  Encore de nos jours, l'orignal a un nez cassé et un petit cou tellement il avait poussé; et si vous regardez entre ses bois, vous pourrez voir l'empreinte de la main de Gluskabe.

C'est ainsi que Gluskabe transforma les animaux pour que le monde soit meilleur pour le Peuple.


 

 

Gluskabe et Dzidziz

 

Un jour Gluskabe entra dans la hutte de sa grand-mère.

dit-il, il ne me reste plus rien à faire.  J'ai vaincu tous les monstres.  Il n'y a personne qui puisse me battre.

Grand-mère Marmotte hocha la tête. 

dit Gluskabe.  J'ai vaincu le magicien, Sauterelle.  J'étais plus fort que Aglebemu, qui captura toute l'eau du monde.  J'ai attaché les ailes de l'Aigle du Vent et transformé les animaux.  Je suis certain qu'il n'existe personne sur cette terre que je ne puisse vaincre.

Grand-mère Marmotte hocha de nouveau la tête.  Gluskabe  dit-elle, bientôt, il sera temps pour nous de partir et de laisser nos enfants et les enfants de nos enfants prendre soin de la terre.  Le monde change et il y a quelqu'un que tu ne pourras pas vaincre.  Il s'appelle Dzidziz.


Humm  dit Gluskabe. 

Tu peux le trouver à la Pierre Blanche.  Il habite dans la hutte de Nigawes.

Gluskabe alla donc à la Pierre Blanche.  Là, il y avait un village indien.  Il s'y promena la tête haute.  Où est Dzidziz? demanda-t-il.  On m'a raconté qu'il vit dans la tente de Nigawes. C'est vrai, dit une vieille femme, Dzidziz est dans cette hutte là.  Tu as de la chance d'arriver maintenant.  Il vient juste de terminer sa sieste.  Sinon il ne t'aurait pas été possible de le voir.

demanda Gluskabe.  La vieille femme sourit.  Tu peux le dire!

Gluskabe entra dans la hutte.  Une femme était assise près du feu.

Je suis venu voir Dzidziz, dit-il.

Kuai ! dit la femme, Elle désigna du menton l'autre côté du feu.  Là, un petit bébé rampait sur une couverture en peau d'ours.  Gluskabe n'avait jamais vu de bébé auparavant et ne savait pas que Dzidziz  est simplement le mot qui signifie bébé  et que Nigawes  signifie simplement mère.

Kuai ! dit Gluskabe au bébé.  Mais Dzidziz ne répondit pas.


Hum, dit Gluskabe.  Tu penses que tu es trop fort pour daigner me répondre.  Mais je t'ordonne de le faire! «Kuai! Mais Dzidziz n'écoutait pas.  Il continuait de gigoter sur sa couverture. 

Bien, dit Gluskabe, tu me défies? Mais je peux faire tout ce que tu peux faire.

Alors Gluskabe rampa sur ses mains et ses genoux comme le faisait Dzidziz.  Il le fit très bien.  Aussi bien que le bébé.

Quoi qu'il en soit, le bébé en eut rapidement assez de ramper.  Il roula sur le dos et commença à jouer avec ses orteils.

Ah, ah, dit Gluskabe tu me mets à nouveau au défi? Mais je peux faire cela aussi.

Alors Gluskabe roula sur son dos.  Il ota ses mocassins et commença aussi à jouer avec ses orteils, regardant attentivement le bébé pour s'assurer qu'il ferait bien tout ce que le bébé ferait.  Après un moment, Dzidziz tira un de ses pieds vers sa bouche et commença à sucer ses orteils.  Tu ne pourras pas me battre! dit Gluskabe.  Il tira et tira sur sa jambe.  Finalement il leva son pied suffisamment près de la bouche pour pouvoir lui aussi sucer ses orteils.

Mais Dzidziz en eut assez de sucer ses orteils.  Il roula sur le ventre et chercha son jouet favori: un morceau de peau de cerf rembourrée et cousue de façon à ressembler à une tortue.  Kaamoji, dit Gluskabe tu es plus fort que je ne le pensais.  Viens près de moi! Mais Dzidziz ne faisait pas attention à lui et se mit à mâchonner la tortue de peau.  Gluskabe s'approcha plus près de lui. 

C'est comme ça qu'elle te donne son pouvoir, dit-il Alors je vais te la prendre. Et il arracha la tortue de peau des mains du bébé.

Aussitôt qu'il l'eut fait, le bébé commença à pleurer et à hurler.

Gluskabe n'avait jamais entendu de tels sons auparavant.  Il pensa qu'il voulait lui casser les oreilles et il se les couvrit des mains.

cria Gluskabe.  Mais Dzidziz n'arrêta pas de hurler.

Alors Gluskabe essaya de chanter.  Il chanta un chant assez puissant pour calmer les vents violents et les plus puissantes tempêtes.  Alentour de la Pierre Blanche, les vents s'arrêtèrent de souffler et les eaux devinrent calmes.  Mais à l'intérieur du wigwam, Dzidziz hurlait toujours. 

Tu as gagné, cria Gluskabe.  Voici, et il rendit la tortue de peau au bébé.  Mais Dzidziz n'était pas encore prêt à s'arrêter de pleurer.  Il continua de hurler.  Il serra les poings et sa figure devint toute rouge.

Gluskabe regardait désespérément autour de lui.  Il n'y a personne qui soit plus fort que Dzidziz, dit Gluskabe.  Qui peut l'arrêter?

Alors la jeune femme, qui était restée calmement assise pendant tout ce temps, se pencha et prit le bébé.  Elle l'installa sur son épaule et fredonna une berceuse.  Petit à petit, Dzidziz arrêta de pleurer et se calma.  Peu de temps après, il s'était endormi.


Oleohneh, dit Gluskabe. 

Je suis Nigawes, dit la femme. 

Alors Gluskabe sortit du wigwam sur la pointe des pieds.  Il retourna à la hutte de sa grand-mère Marmotte.

dit-il tu avais raison.  Je n'ai pas pu vaincre Dzidziz.  Puis Gluskabe sourit.  Mais il n'est pas non plus le plus puissant de la terre, Dzidziz n'est pas plus puissant que Nigawes.  La mère est plus forte que le bébé.

Et c'est encore comme ça de nos jours.

Nitatci notlokangan wa Gluskabe umetabegesin.

Et c'est ici que s'achève l'histoire de Gluskabe.


 

 

Gluskabe et les quatre voeux.

 

Maintenant que Gluskabe avait fait beaucoup pour que le monde soit un endroit plus agréable pour ses enfants et les enfants de ses enfants, il décida qu'il était temps pour lui de se reposer.  Grand-mère Marmotte et lui descendirent vers la Grande Eau.  Ils grimpèrent dans son canoë de pierre et naviguèrent vers une île.  Certain disent que cette île se trouve dans le grand lac que le peuple appelle Petonbowk, d'autres disent que Gluskabe alla plus loin vers l'Est, au-delà des rives du Maine.  Ils disent que le brouillard qui se lève là de nos jours est la fumée de la pipe de Gluskabe.

Quel que fut l'endroit où Gluskabe et Grand-mère Marmotte allèrent, on disait que pendant un certain temps, Gluskabe laissa croire que tous ceux qui viendraient le trouver verraient un de leur souhait exaucé.

Un fois, quatre hommes Abenaki décidèrent de faire le voyage pour rendre visite à Gluskabe.

Le premier homme ne possédait presque rien.  Son souhait était que Gluskabe fasse qu'il possède beaucoup de belles choses. 


Le deuxième homme était très vaniteux.  Bien qu'il soit déjà grand de taille, il portait ses cheveux relevé en houppe et bourrait ses mocassins de mousse pour paraître plus grand.  Son souhait était d'être plus grand que tous les hommes. 

Le troisième avait très peur de mourir.  Son souhait était de vivre plus longtemps que tous les hommes. 

Le quatrième avait passé beaucoup de temps à la chasse pour nourrir sa famille et son village, mais il n'était pas un très bon chasseur, même s'il avait fait tous les efforts pour le devenir.  Son souhait était de devenir suffisamment bon chasseur pour subvenir aux besoins de son peuple.

Ils s'assirent tous les quatre dans un canoë pour partir à la recherche de l'île de Gluskabe.  Le voyage ne fut pas facile.  Les courants étaient forts et ils devaient lutter contre eux avec leurs pagaies.

L'homme qui ne possédait rien connaissait un chant pour calmer les eaux et quand  il le chanta, les courants cessèrent et ils purent poursuivre leur chemin.  Maintenant, le vent commençait à souffler très fort, les repoussant vers la côte.  Mais le deuxième homme sortit un peu de tabac et l'offrit au vent et il se calma suffisamment pour qu'ils puissent continuer leur route.  Bientôt de gigantesques baleines surgirent si près de l'embarcation qu'elles auraient pu la faire chavirer.  Mais l'homme qui avait peur de mourir avait emmené une petite pierre taillée en forme de baleine.  Il la plongea dans l'eau en guise d'offrande, les baleines plongèrent et s'en allèrent.

Maintenant l'île de Gluskabe était toute proche, mais ils ne pouvaient pas la voir car un brouillard épais monta de l'océan et recouvrit tout.  Le quatrième homme, celui qui voulait devenir un bon chasseur, sortit sa pipe, l'alluma et fit l'offrande de sa fumée. 

Alors Gluskabe cessa de fumer sa pipe et laissa le brouillard se dissiper.  La brume se leva et ils virent l'île de Gluskabe devant eux.  Ils laissèrent leur canoë sur le rivage et se frayèrent un passage jusqu'à l'endroit où Gluskabe se tenait.

Kuai! dit Gluskabe, vous avez du avoir des difficultés pour venir jusqu'à moi.  Vous avez entendu dire que chacun a le droit de faire un vœu.

Je souhaite posséder beaucoup de belles choses, dit le premier homme.

Mon souhait est d'être plus grand que tous les autres hommes, dit le deuxième.

Je veux vivre plus longtemps que n'importe quel homme, dit le troisième.

Mon souhait n'est pas tant pour moi que pour les autres, dit le quatrième.  Je veux être un chasseur capable de rapporter de la nourriture à ma famille et à mon peuple.

Gluskabe regarda le quatrième homme et sourit.  Puis il sortit quatre petits sacs et en donna un à chacun.  Vous trouverez ce que vous voulez là dedans.  Mais ne les ouvrez pas avant d'être rentrés chez vous.


Les quatre hommes acceptèrent et retournèrent à leur canoë.  Ils traversèrent les eaux et atteignirent la terre.  Alors chacun d'entre eux prit le chemin qui devait le ramener chez lui.

Le premier homme, celui qui voulait beaucoup de belles choses prit le canoë qui appartenait à celui qui voulait vivre plus vieux que tous les hommes.  Prends ceci pour rentrer chez toi, dit l'homme qui voulait vivre longtemps.  Je vais vivre éternellement: il me sera facile d'avoir un autre canoë.

L'homme qui voulait beaucoup de belles choses partit en pagayant tout en pensant à tout ce qu'il possèderait.  Il aurait de beaux vêtements en peau de chevreuil, des parures de coquillages et de pierres brillantes, des haches de pierre et des armes finement ouvragées; il aurait une hutte magnifique où vivre.  Comme il pensait à toutes ces choses, il avait de plus en plus envie de les voir.  Finalement il ne put plus tenir.  Ca ne  prêtera pas à conséquence.  Je ne jetterai qu'un coup d'oeil dans le sac  dit-il.  Il ouvrit juste une petite fente pour regarder dedans.  Dès qu'il eut fait cela, toutes sortes de choses surgirent du sac.  Des mocassins et des chemises, des colliers et des ceintures en argent, des haches et des lances, des arcs et des flèches.  L'homme essaya de refermer le sac mais il n'y parvint pas.  Les objets sortaient à grand flot, emplissaient le canoë, le recouvraient.  Elles étaient si lourdes que le canoë coula et l'homme, empêtré dans tous ses biens coula avec lui et se noya.


Le deuxième homme, celui qui voulait être plus grand que tous les autres, marchait depuis peu de temps et déjà il sentait monter la curiosité en lui.  Il s'arrêta au sommet d'une haute crête et sortit le petit sac.  dit-il.  Alors il ouvrit le petit sac.  Dès qu'il l'eut fait, il fut transformé en un pin, le plus grand des arbres.  Depuis ce jour, les arbres qui poussent dans le vent sur les crêtes sont plus hauts que tous les autres et vous pouvez entendre leurs murmures de vantardise à propos de leur taille, plus importante que celle des hommes.

Le troisième homme, lui aussi, n'alla pas loin avant que sa curiosité ne l'emporte. 

IF je dois vivre éternellement  " dit-il rien ne peut me faire de tort.  Il n'y a donc aucune raison pour que je n'ouvre pas ce petit sac. Il l'ouvrit, et dès qu'il l'eut fait, il fut transformé en une énorme roche, une de celles qui  ne changerait pas pendant des milliers de saisons, pendant plus longtemps que la vie de n'importe quel homme.

Quant au quatrième homme, il ne pensa pas à lui en rentrant vers sa maison.  Il avait plus de route à faire que les autres, mais il ne s'arrêta pas.  Bientôt, se disait-il, je serai capable de nourrir mon peuple. Il alla directement à sa hutte et quand il fut à l'intérieur, il ouvrit le petit sac, mais il n'y avait rien dedans. 


Il s'assit tout de même en tenant le petit sac ouvert et lui monta à l'esprit une grande intelligence.  Il comprit comment il devait chasser les animaux.  Il commença à comprendre comment il devait se préparer pour la chasse et comment il devait faire preuve de respect envers les animaux afin qu'ils acceptent de mourir pour lui.  Il avait l'impression d'entendre quelqu'un lui parler.

Alors il comprit ce qu'il entendait: il entendait les voix des animaux qui lui parlaient de leurs modes de vie. 

Depuis ce jour là, il fut le plus grand chasseur parmi le peuple.  Il ne prit jamais plus de gibier que nécessaire pour nourrir son peuple.  C'était vraiment le meilleur des dons fait par Gluskabe.


 

 

Le chasseur fidèle

 

Dans les temps anciens, la coutume voulait que l'homme, pendant les mois d'hiver, emmène sa famille dans les bois où il chasserait.  Un homme fit cela, partant loin vers le Nord avec sa famille jusqu'à une île où ils construisirent leur cabane.  Un orage se leva, et l'homme se dépêcha d'aller chercher son canoë sur la plage.

Comme il le portait à travers les épicéas, le vent souffla très violemment, il trébucha et une branche pointue lui traversa la poitrine.  Il tomba et le canoë tomba sur lui.

Une fois à terre, il s'aperçut que la douleur s'en allait et il put se relever.  Il sortit de sous son canoë et rentra pour aider sa femme et son enfant à terminer la cabane.  Sa femme parla mais lui ne dit rien.  Son enfant lui demanda de lui raconter une histoire, mais il ne parla pas et se coucha de l'autre côté du feu pendant toute la nuit.  Il chassait chaque jour avec beaucoup de réussite.  Il rapporta à sa femme et à son enfant tout ce dont ils avaient besoin. 

Finalement, le printemps arriva et la glace quitta la rivière.  Pour la première fois depuis le début de l'hiver, l'homme parla à sa femme. 


Prends ce nouveau canoë que j'ai fabriqué, dit-il, descends la rivière pendant trois jours et tu rencontreras tes parents.  Je dois rester ici.  Après avoir trouvé tes parents, reviens ici et tu me trouveras.

La femme fit ce qu'il avait dit et descendit la rivière.  A la fin du troisième jour, elle trouva ses parents et ils retournèrent vers l'île.  Ils allèrent à l'endroit où son mari lui avait dit de partir et ils trouvèrent le vieux canoë.  Quand ils le soulevèrent, le corps de son mari, le fidèle chasseur, était là.  Il était mort depuis longtemps.  Une branche pointue d'épicéa avait percé son coeur.


 

 

L'origine de l'été indien

Il y a longtemps, il y avait un homme connu sous le nom de Notkikad.  Il était un bon mari et un bon père; il travaillait dur pour sa famille.  Il plantait beaucoup chaque année et prenait tellement soin de son jardin qu'il y avait beaucoup de nourriture.  Il était toujours reconnaissant envers Tabaldak, le Maître de la Vie, et le remerciait à chaque moisson.  Une année cependant, les choses n'allèrent pas bien pour lui.  Il y eut des gelées tardives et son jardin mourut.  Il sema de nouveau et arriva la sécheresse.  De nouveau il sema, mais cette fois là ce furent l'automne et le froid qui arrivèrent et tuèrent les plantes avant leur maturité.

Notkikad était très ennuyé.  Sa femme et son enfant avaient cueilli des baies et d'autres aliments dans la forêt, mais sans le maïs sec, les courges et les haricots pour leur permettre de passer la saison froide, il craignait de ne pas pouvoir survivre.  Maintenant, la saison froide était là, les feuilles tombaient des arbres et soufflait le vent glacé.  Que pouvait-il faire?

Cette nuit-là, avant d'aller dormir, il fit un petit feu et offrit du tabac au Maître de la Vie.  Je n'ai jamais demandé de l'aide, dit-il J'ai toujours été reconnaissant pour les bénédictions qui m'ont été accordées.  Mais maintenant, je suis ennuyé, moins pour moi que pour ma femme et mon enfant.  Je voudrais savoir ce que je peux faire.» Puis il alla dormir et rêva.

Dans son rêve, le Maître de la Vie vint vers lui.  Je te donne ces graines spéciales  dit le Maître.  Je te donne aussi du temps pour que tu les plantes.

Quand Notkikad se réveilla, il trouva les graines à côté de lui.  Il sortit, et bien que les feuilles tombassent toujours des arbres, le temps était maintenant chaud et agréable comme si c'était l'été.

Avec l'aide de sa femme et de son enfant, il prépara le sol et planta toutes les graines.  Le soleil se coucha et se leva.  Les graines avaient déjà germé et des pousses vertes montaient de terre.  Le soleil se leva et se coucha de nouveau.  Maintenant les jeunes plants étaient déjà de grande taille.  Et ainsi de jour en jour, les graines spéciales qui lui avaient été données poussèrent rapidement, produisant une récolte complète en à peine quelques jours de cette période particulière.

Alors Notkikad moissonna sa récolte et sécha le maïs, les haricots et les courges pour l'hiver.  Sa famille et lui remisèrent toute cette nourriture dans leur cabane.  Soudainement, dès qu'ils furent partis, le vent froid revint et cette saison particulière donnée par le Maître de la Vie se termina.


Depuis ce jour, le peuple dit que cette période particulière nous est encore donnée chaque année même si nous n'avons plus les graines magiques.  Cette période, que le peuple appelle aujourd'hui été indien  était appelé Nibunalnoba ou un été d'homme  par les Abenakis.  Elle leur permet de se rappeler qu'il faut toujours être reconnaissant.

 

 

traduit de l'américain par Sonia Protti