Seuls les indiens certifiés peuvent jouer:

pur produit américain

Jack Forbes

On était au deuxième jour du tournoi de basket réservé aux Indiens.  L'excitation était à son comble car beaucoup d'équipes étaient excellentes ou au moins habitées par l'avidité et la rage de vaincre.  Un nombre considérable de gens étaient venus voir, la plupart indiens.  Beaucoup étaient des parents ou des amis des joueurs.  On pariait de l'argent et la tension était très forte.

Une équipe de la Maison Inter-Tribale de Tucson était en place pour jouer contre celle de la région des Grands Lacs.  La plupart des joueurs de Tucson avaient la peau très sombre et de longs cheveux noirs.  Plusieurs avaient des barbiches ou des moustaches et un des supporters des Grands Lacs fit courir le bruit qu'en fait c'étaient des Chicanos.  C'était un sujet inépuisable depuis que la Ligue des Sports indiens avait une règle énonçant que tous les joueurs devaient avoir au moins un quart de sang indien et leur numéro d'enregistrement au B.I.A.(Bureau des Affaires Indiennes) en règle pour pouvoir jouer.

C'est alors que commença une grande discussion.  On soupçonnait le plus grand des Indiens à la peau sombre de l'équipe de Tucson d'être chicano, et la foule voulait l'exclure.  Les joueurs des Grands Lacs refusaient de commencer la partie.  Ils avaient tous leur carte du B.I.A.  dans un étui de plastique.  Cela prouvait qu'ils étaient de vrais Indiens, même pour le gars aux cheveux blonds.  Il n'avait visiblement pas plus d'un seizième de sang indien, mais le B.I.A.  avait transformé sa tribu de façon tellement légale qu'il en avait officiellement un quart.  Pas de problème donc, pour l'équipe des Grands Lacs.  Ils étaient tous des Indiens établis sur une terre, reconnus par le gouvernement fédéral, bien que vivants dans une grande ville du middle west.  D'ailleurs ils avaient leur carte pour le prouver.

Quoi qu'il en soit le grand et sombre Indien de Tucson se trouva être un Papago.  Il n'avait pas de carte du B.I.A.  mais il savait parler Papago, aussi ils le laissèrent tranquille pour se tourner vers un joueur maigre, un gars à l'allure vraiment indienne qui avait une grande barbiche et paraissait avoir l'accent espagnol.  Ils demandèrent à voir sa carte.  Et bien, il n'en avait pas l'ombre d'une.  Il dit qu'il était un Indien Tarahumara pure race et qu'il pouvait parler sa langue.  Aucun des Indiens des Grands Lacs ne pouvait parler sa langue aussi ils dirent que cela ne constituait pas une preuve, qu'il n'avait qu'à leur présenter son numéro d'enregistrement au B.I.A.

Cela l'énerva considérablement.  Il dit que son père et son oncle avaient été tués par les Blancs au Mexique et qu'il ne s'attendait pas à être discriminé par d'autres Indiens.

Mais rien n'y fit.  Quelqu'un chercha à savoir s'il avait une réserve et si sa tribu était reconnue.  Il répondit que son peuple vivait très haut dans les montagnes, qu'il résistait encore aux Mexicains, et que le gouvernement essayait de leur voler leurs terres.

« Dans quel Etat vit ton peuple », demandèrent-ils.  Quand il répondit que son peuple était libre, hors du contrôle d'un quelconque pays, ils répondirent en le bourrant de coups de poings. « Tu n'es pas un Indien homologué.  Tous les Indiens homologués sont maintenant sous la loi de l'homme blanc.  Nous avons tous un numéro qui nous a été attribué et qui prouve que nous sommes reconnus ».

On arrivait au terme de cette discussion lorsque quelqu'un cria que « les Tarahumaras n'existent pas.  Ils ne figurent pas dans le dictionnaire du B.I.A. »

Un autre supporter hurla: « C'est un Mexicain.  Il ne peut pas jouer.  Ce tournoi est réservé aux Indiens ». Les officiels du tournoi furent pris d'assaut.  L'un d'entre eux siffla et on fit une annonce.

« L'équipe de Tucson est disqualifiée.  Un joueur est Yaqui, l'autre Tarahumara, le reste Papago.  Aucun d'entre eux n'a sa carte d'enregistrement au B.I.A.  Ils ne sont pas Indiens pour la loi du gouvernement des Etats-Unis.  L'équipe des Grands Lacs est déclarée vainqueur par forfait ».

Un formidable rugissement d'applaudissements monta des tribunes.  Un fonctionnaire du B.I.A.  écrasa une larme et dit à son compagnon: « Que Dieu bénisse l'Amérique.  Je pense que nous avons gagné. »

Traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen.