jour d'hiver près de calumet

 

 

le gel a épaissi

sur la grille

des nuages gris traversent

le champ dans le

ciel de janvier

 

des morceaux de fourrure brune

sont accrochés au

bois près de la remise

 

des anciens sont

passés là

 

 


 

retour de l'hiver

 

 

le vieux se repose parmi la forêt grise

 

quelque part

grand-mère vous chuchotez

le nom d'un qui n'est jamais né

 

des cercles de brume s'unissent

un instant à la respiration

sur la fenêtre

 

puis disparaissent

 

 


 

impressions du rituel du peyote

 

 

oh père céleste

béni tes enfants

qui s'asseyent pendant

la lune de la terre rouge

 

entends nous maintenant que nous

tournons nos visages

regarde plus loin que nos mots

pendant que nous prions

 

donne-nous ce qui est pur

porte-nous jusqu'au non dit

 

guéris-nous de nos blessures

 


 

père

 

 

je t'appelle par le son de la gourde

je t'appelle par ma fumée

j'appelle tout ce qui est toi en moi

 

tu réponds de toutes les directions

 

esprit saint omniprésent

âme éternelle

 

prends-moi en pitié

donne moi

la lumière

 


 

poème anniversaire pour les cheyennes

morts à sand creek

 

 

quand nous viendrons par cette longue route

en passant par ces champs froids et gris

près des bornes de pierre ou sont gravées

des noms oubliés

 

nous parlerons pour la première fois de la saison

aux étangs

 

touchant l'herbe morte

 

nos voix enrouées par la veille


 

trilogie de la nation guerrière

 

 

1

des montagnes nous venons

élevant nos voix pour la belle

route que vous nous avez donnée

 

nous sommes le peuple du bison

nous demeurons dans la lumière de notre père soleil

dans l'ombre de notre mère terre

 

nous sommes le peuple magnifique

nous errons sans peur dans les grandes plaines

en son temps la terre nous enseigna l'unité

nous seuls respirons avec les rivières

nous seuls entendons la chanson des pierres

 

 

2

oh fantôme qui me suit

trouve en moi la force pour connaître la sagesse

de cette vie

 

emporte-moi sur la montagne de mon grand-père

je l'ai entendu toute la nuit

chantant parmi les feuilles de l'été


 

 

3

grand esprit (maheo)

 

fais de moi un homme sain

aujourd'hui je suis venu avec mon esprit

je n'ai pas peur

car j'ai vu dans une vision

le bison blanc

paissant dans le champ gelé

qui pousse près du grand cercle

de ce

monde

 

 


 

nous sommes un peuple

 

 

les jours coulent paisible sur ces vieilles montagnes

 

j'erre près de la piste du mocassin envahi par

les boîtes de conserve rouillées et les mauvaises herbes

je reste dans la forêt au lever du soleil, attendant

un chant apporté par le vent qui se lève

 

ici depuis toujours

il n'y a pas de distance entre le nom

de ma race

et le hibou qui hulule

ni avec les blaireaux qui se dandinent doucement

 

nous sommes un peuple né sous les symboles

qui montent de la poussière pour nous toucher

qui traversent les cèdres où

nos ancêtres dorment

 

pour nous raconter leurs rêves

 

 


 

moëlle de bison en fureur

 

 

Un vent de sauge où rêve le monde

         touche la terre là où j'ai marché

                                             laisse mes proches l'entendre

une senteur de cèdre glisse cette nuit sur les faces endormies

         du monde et sur les chemins du malade, inquiet et  affaibli

 

frère soleil

         aide-moi à ne pas être oublié d'entre toutes les choses vivantes

 

soeur eau

         grand-père feu

 

                                                      muts i u na

                                                        wo is ta

                                                      henah haneh

                                                        henah haneh

 

veau du bison route femme

                  femme bison

                           voilà tout

                                    voilà tout

 

 


 

chant pour les guerriers

 

pour bill dunnam

 

 

juste à l'ouest de watonga

après des heures de bière dans un lieu crasseux

 

mon ami arrête la voiture

je marche vers la carcasse d'un blaireau

et coupe une griffe

d'une patte avant

 

perdu dans un brouillard de route et de coors*

je ressens un profond désarroi

dans l'odeur

dans la bénédiction sur mes mains

 

 

*marque de bière


 

la pièce

 

pour mon fils

 

 

un enfant s'éveille assoiffé

tire le rideau où se tient la lumière bleue

les champs blancs et éloigne

la douleur avec le chant que ses yeux connaissent

 

dans cette profondeur des soirs

derrière sa fenêtre

des traces de lumière d'étoiles

 

la neige fait une fable du jardin déserté

dans l'ampleur et la résine

du temps froid

 

 


 

chanson en automne

 

 

balayé à l'écart par les jours solennels

les ombres des choses montent autour de nous

cuillère et berceau

prisme et fleur

main qui touche une autre main

l'assombrissement saisit

 

de petites solitudes résonnent dans nos mots

et nous comprenons

les ombres que nous avons laissées derrière nous

 

la mémoire est l'ombre qui perdure

 

 


 

pour mon grand-père

 

 

le vent balaye la fenêtre

cherchant le monde

 

je te cherche

 

l'après-midi hésite

 

un homme endeuillé rassemble son col et sa lanterne

les rues vides

 

vers le paysage étroit

je goûte dans mon verre

 

un cimetière d'étoiles

 

 


 

 

de retour de fort bents

pour floyd en rapportant des provisions

 

 

 

 

je traverse les hautes plaines du colorado

au kansas

dans l'air,la chaleur bâtit ses messages ondulants

 

je conduis le camion plein sud au travers de l'oklahoma

croisant les chemins où two moons

et roman nose errèrent un jour

 

une tornade solitaire traverse le paysage

 

je suis à peine en amérique

sur le fil

 

quelque part entre rage et liberté

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

textes traduits de l'anglais

par Manuel Van Thienen.