Steve Crow

 

pour Paul Cahill

 

 

LES CHAMPS MEURTRIERS

 

Certaines choses sont sacrées.

L'autre jour, émondant les arbres,

faisant un geste en direction de l'horizon,

mon frère dit :"Je devrais brûler

ces mauvaises herbes mais je pense alors

aux maisons que sont les champs

pour les lapins, les insectes et les choses

qui peinent pour gagner leur vie comme moi et

tu sais, je ne peux jamais les brûler."

Viêt-nam. Armées spéciales. Croix

du Service Distingué. Une belle famille,

femme, deux filles. Perdu

un oeil au combat. Survécu à

l'inexorable angoisse des salles

d'hôpital de l'armée du Viêt-nam et

détesté à son retour de guerre.

Professeur d'Université, artiste

avec un appareil photo. Ses

étudiants l'aiment -ça se voit

dans leurs yeux. Ne ferait pas de mal

à une mouche. Pas d'armes

chez lui, nulle part, à moins qu'on

ne considère les couteaux à beurre

comme de l'artillerie lourde. Préférerait

quitter un territoire plutôt que s'engager dans

le moindre conflit ou la moindre violence

parce que, bon. C'est un soldat. Je m'en suis

encore aperçu l'autre jour. Il en sait long sur

les champs meurtriers. Il sait.

Certaines choses sont toujours sacrées.

 

 

traduit de l'anglais par Martine Chifflot-Comazzi


Adrian C. Louis

 

 

SECTION D'INFANTERIE

 

les faces d'enculés camouflés

s'essoufflent tout près de Pleiku.

Toute lumière éteinte

l'orgie de sang commence.

Le souffle puant de piège à rat

et de briseur d'échine

des milliers de foutus hermaphrodites

balancent des bouteilles de bière dans la jungle.

Leur peau nacrée reflète

les cristaux politiques de polyandrie

et honore les larges yeux laiteux du destin.

Au hasard, dans n'importe quelle petite ville américaine

dans une maison bleu ciel avec des piquets blancs

des treilles de rosiers, un pétale rouge flotte sur la terre

comme s'il était versé par quelque timide maîtresse

puis la vieille vidéo s'éveille à la vie

et ronfle patriotiquement

quinze ans après les événements.

Le Viêt-nam était une guerre stupide

que n'expliquent pas les impostures de celluloïd.

 

 

traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen.


Ray A. Young Bear

 

 

POEME POUR LE VIET-NAM

 

je manquerais toujours la sensation

de vendredi dans mon esprit.

La protection quelque part

dans les marécages du Sud

Viêt-nam. En échange

de bonbons il cachera

les hélicoptères.

Franco doit être ici

dans le coeur d'un copain. J'ai

entendu beaucoup de choses sur lui.

La dernière fois c'était lorsque

je mitraillais

les gens caché jusqu'à la ceinture

dans le marais tâché

de brun. Le château où nous bûmes

le vin fin dans d'énormes bocaux à poisson

qu'on nous avait envoyés. Nous sûmes ce que c'était

quand nous les tuâmes ils buvaient

le sang de quiconque se tenait

à leur portée. Quelques uns d'entre nous

pensaient à leur famille.

Le mescal chauffe nos

entrailles. Le vieux château

où son ami jouait

aux cartes a tué son frère

et nous voyons le couteau planté

droit dans l'embrasure de la porte.

Pendant que je courais je fis une chanson

avec le vent. Je n'ai pas retenu

ce dieu à mes côté. Seulement

cette pierre que j'ai souvent entendue

autour des étais et parfois, je pense

que c'en était vraiment une. Ses mots

sont comme mes rêves. Ils mangent

des boulettes de riz, en face de nous.

Je les entend parler quelques mètres

devant nous. Les jets volaient

en formation et me rappelaient

les canards sauvages de chez moi. Une fois,

alors que je me méprisais, je m'ouvris les poignets

et j'essuyai le sang sur un arbre.

Je ne peux que m'asseoir là et imaginer.

Ils n'entendaient pas. Le jour suivant

je portai mes doigts brisés

à la ceinture. Mon petit frère

et moi chassâmes jusqu'à ce que quelqu'un de proche

ait été enterré sur la montagne où

nous nous étions arrêté. Nous le connûmes à peine,

arrivant dans sa famille douze ans

trop tard. C'était lorsque

les fraises n'avaient pas la même

signification qu'aujourd'hui. Les couleurs

éclatantes de nos vêtements d'enfants

se détachaient dans le brouillard

Une maison parle

par la bouche et la pensée

de l'orfèvre. Nous vîmes le sable

rouge sur ses bottes. De quoi

nous rappelons-nous à son propos. Je me souviens

qu'il disait au revoir cette fois-ci.

C'était un dimanche. Il était mince.

La brûlure d'un tonneau de poudre tachetait

la moitié de son visage.

Avril noir est quelque part.

Je rejetais violemment ses idées toutes faites

sur le sacrifice. les enfants

grandissent alcooliques.

 

 

traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen.


Ralph Salisbury

 

 

VOICI MON REVE DE MORT

 

J'ai trois ans, je balance

la grange familiale

sur mon pouce,

je grandis dedans

mon cerveau aussi

mes pensées aussi

grandissent

 

Voilà le médecin

qui a fait tout ce qu'il a pu

ma fièvre tombera ou je mourrai

 

voilà mon père

une tempête de larmes glacées sur le pare brise de la Chevrolet

parti à la ville chercher une crème glacée

bien que les routes en pleine nuit soient déviées et obstruées par la neige

bien qu'il n'y ait pas assez d'argent

il fit ce dur voyage mais

je suis inconscient et je ne peux pas manger

laisse-le poser la crème glacée sur ma tombe jusqu'au printemps

qui la fera fondre laisse s'épanouir en lui ma reconnaissance

bien qu'en moins d'une année de boisson

il fasse pousser un cercle de démons autour de mes pieds

le vieux bois fait éclater le jeune bois blanc

le plancher de la cuisine

s'agite sous mes orteils

des esquilles jaillissent comme les épines de la couronne

sur la gravure au-dessus du miroir dans le hall

 

voilà mon souvenir

la grange chancelle énorme sur la terre qui est aussi

une lune noire qui croît sans cesse

sous l'ongle de mon pouce

comment les animaux terrifiés

peuvent-ils croire qu'un enfant de trois ans

les bombardera pour les anéantir au milieu de l'embrasement

comment peuvent-ils savoir que les éclairs

que la fièvre des cieux

enflammera la grange avant que je sois adolescent

et que le seul moyen

possible pour eux d'être sauvés

est que je survive, frappé

par l'éclair juste avant de partir pour la guerre

une barricade de foudre instaurée pour protéger l'avoine

du bétail qui l'aime autant que j'aime la crème glacée

et seul moyen pour moi de me souvenir

 

voilà où ça se corse

c'est peut-être comme si toute la durée de ma vie

tournoyait, comme l'amour pour l'autre dans un poème ou comme les citadins qui fuient la ville qui va être bombardée

 

sur les B-24 je volerai pendant 26 mois 3090 heures

verrai 90 hommes d'équipage morts et 27 ans plus tard je me sens

encore dans un

avion nommé "grange volante" qui se balance sur un pouce invisible

 

 

traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen.


Elisabeth Woody

 

 

UN GUERRIER ET LES PRISONNIERS DU VERRE

 

 

I La fille de verre - rêve

 

J'aime ce que donnent les soldats

si cela brille ou si je peux y voir mon visage.

Terré dans l'herbe.

Je n'ai pas de nom. Ma famille est morte.

J'ai oublié que c'est la cause de ma tristesse.

Cernée, les soldats m'appellent.

Ils me nommèrent Mona Verre, "Mona Verre,

reviens, toi et les autres femmes!

Nous ne tirerons pas. Vous feriez mieux

de revenir plutôt que de courir."

C'est un brave homme. Il a beaucoup de jolies choses.

Quand il me touche

il ne pense pas à quelque femme au loin.

Peut-être suis-je sa femme.

Il me dit que tous les hommes

ont été mis en cage,

quelque part, et qu'ils chantent à la mort.

Les femmes disent que si nous partons nous trouverons une autre pays. Si nous restons

rien ne peut être fait.

A attendre les cadeaux et la nourriture de ces Hommes Bleus.

A écouter les enfants pleurer, à être expédiés.

A bêcher dans la crasse.

Le mort est mort, sans l'esprit.

Je sais que cela est contre moi. Je ne bêche pas dans la crasse.

J'ai l'esprit et ma beauté et mes cadeaux.

Je sais que rien ne peut être fait sans les hommes.

Je me tiens debout et j'agite les bras dans sa direction.

Les femmes courent et l'herbe s'écrase sous notre poids.

Je rassemble le devant de ma robe

et tous les miroirs que j'ai cousus dessus

étincellent et se brisent.

 

 

II. Ne me touche pas lorsque je dors.

 

Je l'appelais "Femme" en cheyenne.

Elle était vietnamienne et jeune, très jeune.

elle tenait ma cahute propre et elle me faisait la cuisine

Elle me massait les épaules.

Je m'appelle John Hawk

J'ai bu et je lui ai parlé dans ma langue

Elle paraissait si familière

dans la nuit moite

Elle semblait faire ma cahute avec trois fois rien.

Elle la faisait ressembler à un sauna.

J'ai pas mal sué, mais je ne suis pas encore propre

J'ai tué tant de gens.

J'ai tué une Ancienne parce que mon officier commandant m'a dit,

 

"Tue-la! vise ou fait viser dans le dos, Hawk!"

Elle aurait pu porter une bombe dans son ballot.

Je la visai. Je tremblait tellement que j'espérais la manquer.

Il y avait des petites boîtes de rations militaires dans son sac,

des boîtes qu'elle avait mendiées auprès de braves soldats

comme moi. Ma femme ne pleura pas.

Qu'est-ce que la bataille, de toute façon? Y suis-je maintenant?

Il fait sombre. Ses cuisses sont douces et semblent saines.

Je pense aux filles indiennes que j'effraie,

à mon retour.

.

Dans leurs os, je sais qu'elles se souviennent.

Un jour je suis rentré et elle était partie.

Toutes les filles autour desquelles je tourne ressemblent à ma plus jeune soeur.

Je me suis saoulé et j'ai canardé la petite cahute.

Je l'ai abandonnée complètement détruite.

Je parle vietnamien aux femmes.

Je suis sûr qu'elles se souviennent de 'Nam

et que j'ai tué leurs grands-mères.

Je porte des treillis quand je danse traditionnel

à l'assemblée des vétérans.

Ma musette est bourrée de tout ce que je possède.

J'attends que quelqu'un m'arrête

et me dise de rentrer.

 

 

III. Ne touche pas la Fille de Verre.

 

 

Il y a des miroirs partout.

Quand je marche je vois des ombres

floues de moi-même,

La capture est rapide.

Je suis inclus dans le verre,

intact.

 

Pas tant que ça, quand les camions ralentissent,

tard dans la nuit, pour me prendre

alors que je marche vers la maison.

On m'appelle.

Grand-mère me dit de rentrer à la maison.

 

Il y a deux cents milles de route,

par delà les montagnes, par-delà les neiges?

Il y a des cascades dans les précipices

où les femmes écoeurées se jettent

et atterrissent avec leurs os vierges

 

Si j'avais su que la chair connaissait cette douleur

je serais resté dans les maisons brûlantes

de mon enfance.

Et j'en suis sorti en courant, enfumé.

 

Grand-mère est minuscule, incapable de marcher,

et ne sais pas comme c'est difficile

de respirer.

Je tiens ses mains,

froides et agrandies

par le dur labeur.

 

Vous savez ce que c'est que d'être sans maison.

Chaque fois que je me réveille

je reste immobile jusqu'à ce que je réalise

où je suis.

Je suis en train de bêcher dans la crasse,

pour elle, je bêche

pour la maison.

 

Les chauffeurs disent que j'ai de beaux cheveux.

Je suis osseux et froid à force d'avoir dormi dans les feuilles.

Chacun me donne un nom à ne pas oublier,

des numéros à appeler quand je pourrais.

Déposé, je suis un verre

gisant sur l'asphalte.

 

Nous prenions des cafés ensemble dans la Longue Maison.

Elle me parlait des Chants du Rêveur

et des gens revenus de la mort.

La lumière est pure.

Nos coeurs sont purs.

Dans cette lumière nous voyons Dieu.

Nous sommes pure lumière en nous-mêmes.

Il n'y a que la photographie qui sourit

dans la maison de ma mère,

la joue creuse, le menton pointu,

mes os luisent au cours de la descente.

 

La nuit, j'erre sur la route.

lorsqu'appelé

j'entends Celilo

qui chante sous les eaux du barrage.

 

La route I-84 est le serpent le plus froid

sur lequel j'aie jamais marché

Ses yeux s'arrêtent pour moi.

Je rampe entre les mâchoires

et frissonne en descendant le dos aplati

de l'autoroute.

 

traduit de l'anglais par Martine Chifflot et Manuel Van Thienen.


Lance Henson

 

 

HIER APRES-MIDI, SUR UN LIEU OU

DES PARTISANS ITALIENS FURENT PENDUS

PAR LES NAZIS

 

 

le long de la rivière italienne les hiboux

dorment maintenant

perdus dans la lumière noire de leurs cris

 

à bassano les arbres ont vieilli avec une croyance sacrée

les fils ne peuvent passer ici sans ressentir le vent

calme qui chante

 

chaque nuit, leurs pères crient à pleins poumons

dans les montagnes

chassent avec les hiboux

 

ils sont partis

paix sur leurs dernières paroles

paix sur vous

et moi.

 

 

traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen.


Jim Barnes

 

 

SOLDATS DE PLOMB

 

Pendant la guerre

nous attirâmes toutes les troupes vers nous.

 

nous nous complûmes dans notre réalité

de mensonge, marchâmes des milles à travers

 

des plaines en désordre, sur des ponts

au-dessus d'abîmes infernaux inimaginables.

 

Il y avait une tactique

dans nos déplacements d'hommes.

 

Nous rasions des villes.

Le territoire était notre jeu;

 

pour prendre et porter,

les ordres et les derniers commandements.

 

Trop petit,

nous ne pouvions penser à un Buchenwald:

 

pas plus que nous ne sauvâmes

un seul Juif.

 

Maintenant près de quarante ans plus tard,

je retourne vers ces collines de poussière ravinées,

 

parcourant tout notre champ de bataille

en trois enjambées-

 

Les fortifications à peine discernables,

les routes justes carrossables.

 

Les cicatrices que nous laissâmes

grandissent invisibles:

 

L'herbe tumultueuse

monte vers la lumière,

 

alors qu'à ses racines

J'entends le roulement de petites choses perdues.

 

 

traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen.


Jim Barnes

 

 

BOMBARDIER

 

1. SE BAIGNER DANS LE LETHE

 

Il revint de l'étranger, plus grand que dans mon souvenir,

ses poches pleines de choses étonnantes

qu'il me donna: un compas, une maquette de B-17,

des médailles, des rubans, et des ailes d'argent. En plus,

il me coiffa de sa casquette d'aviateur.

 

Nous avons pêché, pendant les deux mois verts de ce court été

dans la crique montagneuse, au-delà des vastes champs

où notre père a travaillé sans cesse la guerre durant.

Il insistait pour que nous rejetions l'écorce de tilleul

que nous avions attrapée, pour garder le courant vif

comme il disait. Je me demandais

 

pourquoi nous parcourions les rives, à sonder les mares profondes

ou les bancs de sable et pourquoi, au crépuscule, chaque jour, il

se déshabillait, se baignait avec vénération dans le jeune courant

pendant que moi j'y pataugeais, torpillant

un banc de vairons ou une grenouille. Maintenant

 

Je vois que j'ai raté le coche. Nous nous baignons chez nous

régulièrement. Mais le courant était plus

que le bain, plus que l'instrument

de la propreté. L'eau célébrait une manière d'être;

le vent dans les frissons de l'eau a dessiné nos vies

 

de traits et de contours que nous ne pouvions voir. Mon frère

partit ensuite. Le bourdonnement quotidien des avions à Tinker

Field me dit qu'il était retourné à la guerre

alors qu'en pensée je le savais se baignant toujours

dans un courant frais qui purifiait de bien des soucis.


 

 

2. SOUVENIRS

 

Il envoya une centaine de photos du Blitz sur Londres

ou plus encore, les cartes postales d'une pâle sépia

ficelées par un ruban de gaze de la Croix Rouge.

Quand il écrivait, la V-lettre arrivait tamponnée

par tant de mains, à travers tant de pays. Une fois

même, elle portait un timbre du Maroc

 

et une estampille de Rome. Nous ne savions jamais où il était

ni comment il y était arrivé. Il nous fit parvenir une Iron Cross

d'une base aux alentours de Bruxelles en 45.

Juste avant la fin, il m'expédia un autre

B-17 que quelqu'un avait sculpté dans le bois

d'un pin de la Forêt Noire, ses hélices de métal

 

découpées dans une boîte de tabac d'avant-guerre.

Ma mère aimait le linge irlandais. Mes soeurs

retenaient leur respiration devant les merveilles

qu'il leur envoyait, de petites choses qui faisaient que le merveilleux

semblait vrai.  Nous placions les souvenirs

sur la cheminée et l'appui de fenêtre

 

et nous lisions ses lettres à propos d'un monde lointain

qu'il nous aidait à voir. La guerre nous faisait peur

comme l'époque dans laquelle nous grandissions. C'était

sa façon à lui de nous rendre l'espoir, les souvenirs, signes

de ce qu'il était bien là, où qu'il ait pu être

avant de disparaître, au-dessus des Pays-Bas.


 

 

3. MIA *

 

Les lettres n'arrêtaient pas, et les paquets

périodiquement arrivaient des mois après

le télégramme. Nous savions que la poste était lente

mais en y pensant sans cesse, nous le voyions toujours vivant

quelque part là-bas au-dessus des nuages, en route

pour des endroits d'où il nous enverrait des bricoles.

 

Brusquement tout cessa, et nous nous prîmes à penser

aux camps de la mort dont auparavant nous doutions de

l'existence, à la façon dont il aurait pu, en planant,

s'y écraser, dans les clôtures, y creusant une brèche

par laquelle eussent pu fuir les souffrances ou tout simplement

être là et passer dans les souvenirs du monde.

 

Aucune preuve n'arriva qu'il eût été retrouvé ni

n'est venue. Une quarantaine d'années s'est écoulée et toujours

je le sens en l'air, entends le vacarme

des hélices, affaibli, qui ne meurt pas mais ronronne

jusque dans les rêves que j'ai de cela, ma vie

est aussi sa vie. Quelque part le long des

 

traînées de sang, clairement l'on doit écrire

que nous ne manquerons jamais de célébrer la poésie

qui journellement alors donnait forme à ces vies:

les enfants abandonnés de l'Holocauste chantant à travers les flammes béantes

le retour tant attendu au pays pour ceux qui endurèrent ces épreuves

le bombardier toujours en sa dernière mission.

 

 

 

 

MIA: missing in action. (disparu en opération)


 

 

4. LIENS

 

A travers le labyrinthe des années, j'ai trébuché sur

tant de souvenirs en jonchée comme des os

et vu trop peu du monde, qu'il voulait illuminer

je pense. Dans les bruits qui s'éloignent

des avions volant loin au-dessus de son

 

domaine perdu, ce n'est pas seulement la perte

de mon frère éphémère que j'ai ressentie

mais quelque chose d'autre, des tambours

dans le vide, une fois encore si puissants

que je sus que cela ne finirait jamais. J'aimerais

que le passé toujours revienne: une rivière, un océan

 

une tendre brume d'atmosphère. Je pensais

que je me rappellerais les routes que nous parcourions

le chemin du retour après la promenade, les portes ouvertes.

Ces phénomènes que j'espérais privés appartiennent maintenant

aux autres. Je les vois dans les maisons des

 

étrangers, ou, déformés, aux fenêtres des prêteurs sur gages

leur mystère éclatant terni par des mains sans pitié

qui s'en débarrassent pour vivre. Quelque part

il doit y avoir des liens pour les rapiécer, des liens

conduisant en retour à ce temps complexe et simple.

 

traduit de l'anglais par Eric Brogniet.