COYOTE ET ARAIGNEE

Raconté par Ike Willard

 

Alors qu'il chassait, Coyote vit quelque chose bouger au sommet d'un arbre, aussi, il s'arrêta et regarda. Très vite, il vit que c'était Araignée étendue sur le dos et qui tournait très très lentement. "Araignée, Hé Araignée! Qu'est-ce que tu fais là-haut?" demanda Coyote.

"Je ne fais que regarder le paysage" répondit Araignée. "Descend donc qu'on puisse faire un brin de causette" suggéra Coyote. Alors Araignée glissa vers le sol sur un fil de sa toile.

Coyote était amusé de voir qu'Araignée était capable de se déplacer sur la toile. "Comment fais-tu?" questionna-t-il? Araignée expliqua qu'elle avait une pelote de toile qu'elle laissait s'échapper pour grimper dessus. "Je vais essayer de l'imiter" pensa Coyote en lui-même.

Coyote grimpa dans l'arbre et s'étendit sur le dos au sommet des branches. Il tourna, tourna jusqu'à ce qu'il eut assez contemplé le paysage. Il utilisa sa fourrure en guise de toile et se laissa glisser dessus, mais à mi-chemin, il fut bloqué.

A ce moment là, Araignée arriva et vit Coyote suspendu qui se balançait dans l'arbre. "Coyote, quand les hommes viendront vivre sur cette terre, ils trouveront ta fourrure accrochée dans les branches, et ce sera la mousse du pin noir. Les hommes la récolteront et la feront cuire pour la manger."

 

traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen


 

 

 

COYOTE ET BISON

 

raconté par Aimée August

 

 

Un jour, alors qu'il traversait la prairie, Coyote se sentit fatigué et affamé. Il tomba sur un tas d'ossements, mais comme ils étaient entièrement nettoyés de leur viande, il leur donna des coups de pieds et continua son voyage. Il trouva un autre os, mais lui aussi était entièrement raclé. Cela le fit tellement enrager qu'il lui donna des coups de pieds, puis il continua son chemin.

Alors qu'il marchait, il entendit comme le bruit du vent qui souffle dans le ciel. Il se demandait ce que c'était. Il regarda derrière lui. La quatrième fois où il regarda en arrière, il vit un animal énorme qui le suivait. Celui-ci gagnait du terrain sur Coyote, aussi se mit-il à courir pour grimper dans un arbre.

C'était Bison qui poursuivait Coyote. Bison chargea l'arbre à coup de tête. Finalement, l'arbre craqua. Alors Coyote sauta à terre et courut. Il continua ainsi d'arbre en arbre. Les arbres devenaient de plus en plus petits, le dernier était vraiment minuscule. Avant que bison ne charge, Coyote dit :"Qu'est-ce qu'il se passe? les temps sont-ils durs pour toi? Ils le sont pour moi aussi, je suis très pauvre."

"Tu donnais des coups de pieds dans les os de mes ancêtres. Ils ont tous été tués, et mes frères et mes soeurs ont été enlevés. Je suis le dernier qui reste." rétorqua Bison.

Nous devrions nous entr'aider. Je ferai des cornes puissantes pour ta tête." Répondit Coyote.

Bison resta silencieux un long moment. Puis il dit à Coyote de descendre de l'arbre car il n'avait plus le désir de se battre. "Tu as bien parlé, mettons-nous au travail."

Coyote dit à Bison :"Va et ramène-moi un érable. Je le taillerai en forme de cornes pour toi." Bison fit comme Coyote le lui avait demandé et Coyote lui fit une paire de cornes. "Frappe ce grand arbre avec tes cornes et vois si tu peux l'entailler." Lui dit Coyote. Quand Bison eut fait ce que lui demandait Coyote, celui-ci lui dit que ces cornes n'allaient pas très bien. "Va et ramène-moi un érable bien sec." Dit Coyote à Bison. Bison alla chercher un érable bien sec et Coyote sculpta des cornes longues et effilées. "Parfait, essaye de nouveau, vois si tu peux entailler cet arbre."

Quand Bison échoua à nouveau dans sa tentative d'entailler l'arbre avec ses cornes, Coyote lui dit que celles-ci n'étaient toujours pas très bonnes. "Apporte-moi du bois de pin et je sculpterai des cornes pour toi. " Coyote peaufina une belle paire de cornes et la posa sur la tête de Bison. "Essaye encore de frapper l'arbre." lui dit Coyote. Bison abattit l'arbre, mais les cornes se cassèrent encore une fois. "Ca par exemple, c'est épouvantable, il faut que nous essayons autre chose!" commenta Coyote.

Il réfléchit un moment puis il demanda à Bison de lui apporter des racines de pin. Il les tailla en forme de cornes. Elles étaient si brillantes qu'elles semblaient mouillées. Alors il demanda à Bison de charger un arbre une nouvelle fois. Bison galopa et galopa, et frappa l'arbre de sa tête. La deuxième fois qu'il frappa, l'arbre se fendît, et ses cornes ne se cassèrent pas. "Voilà qui est parfait!" dit Coyote.

"Vois-tu cette haute montagne? Les gens qui ont réduit mes frères et mes soeurs en esclavage vivent sur l'autre versant. Nous devons grimper là-haut." dit Bison.

Ils grimpèrent sur la montagne jusqu'à ce qu'ils puissent voir les gens au pied de l'autre versant. Ils virent beaucoup de feux, ce qui signifiait qu'il y avait beaucoup de gens pour retenir captifs les frères et les soeurs de Bison.

Coyote réfléchit à un plan. "J'attendrai avec ma lance dans ce ravin profond. Toi, contourne le camp. Quand tu auras rejoins tes frères et tes soeurs, ils t'aideront à conduire les gens dans ma direction."

Bison contourna le camp et commença à chasser les gens dans le ravin où Coyote était caché. Ses frères et ses soeurs l'aidaient. Coyote tua beaucoup de personnes avec sa lance, mais certains s'enfuirent.

Bison avait retrouvé ses frères et ses soeurs.

"Je suis très heureux pour toi" dit Coyote.

"Que puis-je faire pour toi en retour? Je te donnerai une de mes soeurs pour femme." répondit Bison.

"Si c'est ce que tu désires, je la prendrai" dit Coyote.

"Chaque fois que tu auras faim, envoie ta femme au devant de toi sur la piste. Quand elle sera hors de ta vue, suis-la. Elle sera étendue à terre. Tu pourras prélever un morceau de sa viande, mais tu dois aller derrière la montagne avant de la faire cuire." dit Bison à Coyote.

Coyote avait faim, alors il dit à sa femme de partir en avant. Quand elle fut hors de vue, il la suivit et la trouva étendue, endormie sur la piste. Il préleva un morceau de viande de son corps et alla derrière la montagne pour la faire cuire. Par la suite, il fit souvent la même chose. La quatrième fois que Coyote lui demanda d'aller au devant, il la suivit et préleva un morceau de viande de son corps, mais il décida de la cuire sur place. Parce qu'il n'alla pas derrière la montagne pour cuire la viande, sa femme mourut. Il creusa une fosse, y fit un feu et la mit à rôtir, puis il s'endormit.

Lorsqu'il s'éveilla, toute la viande avait disparu, il ne restait plus que les os. Alors il mit les os à bouillir et s'endormit à nouveau. Quand il s'éveilla, il s'aperçut que les os, eux-aussi, avaient disparu. Il n'avait plus rien à manger!

"Ce doit être mon frère Renard qui m'a fait ça", pensa Coyote. Il chercha partout aux alentours, mais il ne trouva pas Renard. Coyote était sans femme et sans nourriture!

traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen


 

 

 

COYOTE JONGLE AVEC SES YEUX

 

Raconté par Ike Willard

 

 

Coyote, sa femme Moles et leur fils Ca THAL-st vivaient près des lacs où ils passaient leur temps à déterrer des racines et à cueillir des baies. Un jour ils furent à court de nourriture, aussi Moles fit-elle un casse-croûte à Coyote et l'envoya à la chasse.

Alors qu'il marchait, il entendit un bruit étrange. Il s'arrêta et écouta. Il entendait quelqu'un qui disait: "Hip hul hul ACK, hip hul hul ACK".

"Je me demande ce qu'il se passe là-bas?" se dit Coyote. Il rampa de l'autre côté de la colline. Là, en face de lui, Tétras Bleu était étendu sur le dos, jonglant avec ses yeux. Quand ses yeux étaient projetés en l'air, il leur ordonnait: "Hip hul hul ACK, hip hul hul ACK" et ils revenaient dans leurs orbites. Coyote ne se lassait pas de regarder.

Coyote voulait imiter Tétras Bleu, alors il s'éloigna, s'étendit sur le dos au soleil et commença à jongler avec ses yeux. Il les projetait dans les airs puis les rappelait, jusqu'à ce qu'ils reviennent dans leurs orbites. "Quel jeu merveilleux" se disait-il. Et il recommença à projeter ses yeux en l'air et leur ordonna: "Hip hul hul ACK, hip hul hul ACK" et les yeux de Coyote revinrent à leur place. La quatrième fois que Coyote lança ses yeux, Corbeau fondit sur eux et les lui vola avant qu'il puisse avoir la moindre possibilité de les rappeler. Coyote appela encore et encore, mais ses yeux ne revinrent pas.

Coyote erra, aveugle. Il eut très soif. Alors qu'il cherchait de l'eau, il se cogna contre un arbre et lui demanda quel sorte d'arbre il était. L'arbre répondit à Coyote qu'il était un pin ponderosa. "Oh, je dois être près de l'eau" pensa Coyote aveugle.

Il continua à chercher de l'eau. Puis il se cogna contre un autre arbre et lui demanda qui il était. "Je suis un sapin" répondit-il. Coyote était extrêmement heureux, car il savait qu'il s'approchait de l'eau. Bientôt il se cogna contre un autre, qui était un pin dont on fait les maisons. Il erra jusqu'à ce qu'il se cognât contre un autre arbre.

"Quel sorte d'arbre es-tu?" demanda Coyote. "Je suis un saule" lui répondit-on. "Je dois être très proche de l'eau, car les saules poussent dans les terres humides" se dit Coyote en lui-même.

Il s'arrêta et écouta, mais il n'entendit rien, alors il continua de marcher. Puis Coyote butta contre un buisson. "Quel sorte d'arbuste es-tu?" demanda-t-il. "Je suis un saule rouge" répondit celui-ci à Coyote aveugle. Coyote s'arrêta et écouta de nouveau. Cette fois-ci il entendit un ruisselet couler au loin. Il marcha dans la direction d'où venait le bruit que faisait le ruisselet. "Oh! si je trouve ce ruisselet, je vais le mettre à sec!"

Enfin il trouva l'eau. Coyote bu, bu et bu jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus. Il était tellement empli d'eau qu'il s'étendit sur son estomac et fit un somme avant de continuer son chemin.

Lorsque Coyote reprit son voyage, il entendit le battement d'ailes d'un lagopède. Il se dirigea vers le bruit. Bientôt Coyote arriva au tipi de la vieille lagopède. Il entra et parla à la vieille femme, mais il ne lui fit pas face, parce qu'elle aurait vu qu'il n'avait pas d'yeux. "Je pile un peu de nourriture pour mon petit-fils qui va bientôt arriver". Dit-elle.

Coyote s'assît un moment en silence avant de dire. "Avez-vous peur des hommes?"

"Non" s'esclaffa la vieille femme "je n'ai pas peur des hommes!" Coyote lui demanda s'il y avait quelque chose qui lui fasse peur, mais la vieille femme lui répondit que non. Coyote réfléchit, réfléchit encore. "Avez-vous peur des orties?" demanda Coyote.

"Oh, ne prononcez pas ce mot! J'ai très peur des orties!" hurla la vieille femme lagopède. Elle s'agita et sanglota. "Je suis terriblement effrayée par les orties!"

Coyote sortit et rôda alentour jusqu'à ce qu'il trouve des orties. Il en cueillit une poignée et retourna dans le tipi où la vieille était assise à même le sol. A peine eût-elle vu les orties que le lagopède mourut. Coyote l'empoigna par le nez et la secoua jusqu'à ce que son corps sorte de sa peau. Il lui enleva les yeux et les plaça dans ses propres orbites, puis il se couvrit le corps avec la peau de la vieille. Les yeux de la vieille femme n'étaient pas très bons, mais Coyote s'assit et commença à piler la nourriture.

Quatre jeunes femmes entrèrent dans le tipi et s'assirent en bavardant de ce qu'elles venaient d'apprendre. Coyote écoutait chaque mot tout en continuant à piler la nourriture. Elles parlaient de la manière dont Coyote avait perdu ses yeux. Tout en remuant la nourriture, Coyote pensa "J'aurai de la chance et je récupèrerai mes yeux!"

"Grand-mère" s'écria une des jeunes filles, pourquoi cela brûle-t-il? Je pense que vous ne l'avez pas assez remué!"

"Oh, vous savez bien que mes yeux ne sont plus très bons" répondit la vieille femme, qui était pour le moment Coyote. Une des jeunes filles servit la nourriture et ils mangèrent tous.

Après le repas, un messager vînt au tipi et dit aux jeunes filles que Corbeau les invitait à une fête où il se vanterait du vol des yeux de Coyote. "Oh, je voudrais y aller aussi! "dit la vieille femme.

"Non, vous resterez ici, vous êtes trop vieille" répondit une des jeunes filles. Mais les autres dirent qu'elles l'aideraient et la porteraient à la fête. D'abord, une des jeunes filles porta Coyote, mais celui-ci se glissa dans son corps, alors sans rien dire elle donna la vieille à sa soeur. La vieille femme cria à tue tête quand on la releva pour la porter. Coyote s'amusait comme un fou.

Quand ils arrivèrent à la fête, elles mirent Coyote, la vieille femme, dans un coin près de la porte. Tout le monde se mit à danser en se lançant les yeux de Coyote. Lentement la vieille femme se releva et se mit à danser autour de la pièce. "Regardez la vieille! Regardez danser la mémé!" hurlaient les invités. "Laissez donc mémé tenir les yeux de Coyote en dansant! ". Coyote prit les yeux dans ses mains et dansa autour de la pièce.

Brusquement, il cria très fort et se rua vers la porte. Il fourra ses yeux dans leurs orbites et rejeta au loin la peau du lagopède. Puis Coyote courut à toutes jambes jusqu'en haut du côteau. Il s'assit et rit de tous les gens dont il s'était moqué.

traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen

 

COYOTE PARLE DU MYTHE DE L'HUMANITE

Deuxième cours d'histoire

 

 

Peter Blue Cloud

 

 

Vous me demandez de vous parler des premiers hommes? Peut-être serait-il plus approprié de me demander de vous parler des derniers. Une espèce en voie de disparition: ils vont en ce moment vers leur extermination. Aucune créature connue dans la Création ne s'est autant empressée de s'auto-détruire. Ils s'enorgueuillissent de la destruction de toute chose et plus particulièrement d'eux-mêmes.

"C'est la quatrième manche et peut-être bien qu'il n'y en aura pas de cinquième. J'ai aidé à créer le premier couple il y a bien longtemps déjà, juste après que la terre fut couverte d'une beauté verdoyante. nous avions créé tous les animaux, et dans la foulée nous décidâmes d'essayer ces créature à deux jambes, notre plan à ce moment là les accordait parfaitement dans l'équilibre de la vie, en faisait une partie intégrale du Tout

Ah! si nous avions su! Peut-être bien qu'on les aurait fait marcher sur leurs quatre pattes, rendu leurs yeux plus occupés à chasser et rechercher leur subsistance plutôt que de leur donner cette position verticale qui les poussa immédiatement à se croire au-dessus des autres. Ou peut-être aurions-nous dû leur donner une longue queue qui les aurait humiliés ou vexés en accrochant les teignes de bardane et autre petits divertissements.

Oui, en voilà un couple, mâle et femelle, créés dans le but de se multiplier et d'exister dans l'équilibre. Nous leur donnâmes des mains munies de doigts capables de produire des objets utiles et beaux. Et, encore plus important, nous leur donnâmes une grande intelligence pour qu'ils soient capables d'inventer des choses comme les paniers, les bols, et si possible, de magnifiques dessins pour enchanter l'oeil et l'imagination.

Et, bien qu'ils soient les premières créatures de cette sorte, leurs pensées commencent immédiatement à jouer avec les concepts d'inceste, d'auto-satisfaction et de cupidité. Ils s'enlacèrent, reniflant, prenant  de l'assurance, chacun désirant ce qu'il y avait de meilleur à gagner des secrets de l'autre. Oh, ils aimèrent, oui, ils aimèrent, mais dans leur amour, chacun ne regardait qu'en lui-même, se demandant: Qu'est-ce que je désire?

J'étais écoeuré d'avoir aidé à créer ça. Non, j'étais horrifié! Oui, c'est ça, horrifié! Imaginez un peu ce qui pourrait arriver si ces créatures effroyables pouvaient développer et répandre leurs concepts égocentriques. Alors, je les tuai! Mort. Puis je fis un feu, car il ne faut pas gaspiller une bonne nourriture, pensai-je. Et pendant qu'ils cuisaient, je respirais les douces odeurs. Leur graisse et leurs chairs grésillaient et pétaient dans le feu et j'avais l'eau à la bouche. Puis je remarquai une autre odeur, une bouffée âcre dans un filet de fumée jaune mêlée de gris. L'odeur devint abominable. Elle me fit vomir. Un arbre tout près de là perdit ses feuilles, et bien que nous soyons au printemps, les arbres se vêtirent d'automne.

Non, je n'ai pas mangé les créatures. Il y avait dans cette fumée âcre des éléments qui pénétrèrent mon cerveau et étaient destinés à me donner mes premiers cauchemars. J'allai m'asseoir sur une petite colline en attendant que les corps soient consumés par le feu. Et quand tous les restes furent réduits en cendres, je les recouvris de terre et de pierre et quittai l'endroit rapidement.

Nous nous disions: essayons de nouveau. Ecrivons ces mots! Nous avons relevé un défi sans le réaliser, notre adversaire est notre propre erreur, ou mieux...: ce filet de fumée jaune âcre empoisonnée a infiltré dès à présent le merveilleux nouveau monde de la Création et la graine du doute, de la crainte et autres formes de constipation a été plantée profondément.

Alors oui, et encore oui, nous relevâmes (nous le pensions, ou quelque chose comme ça) le défi. Et à la même image que le premier que nous créâmes, nous créâmes une autre sorte de créature à deux jambes avec exactement les mêmes attributs sinon que les deux étaient des mâles. Notre excuse, ou au moins notre génie, (ou peut-être notre dessert, mais pourquoi continuer à fabriquer des mots en ou sur des mots? Atteindre à la chair des mots, n'est-ce pas ce que nous voulons entendre?)nous décida à créer deux mâles, ainsi en leur donnant du temps pour s'habituer l'un à l'autre, pour se connaître              mutuellement, c un peu d'expérience de la vie, peut-être que ceci devrait les apaiser et leur assurer leur propre place dans l'équilibre de la vie. Et puis plus tard, nous créerions les femelles.

"Ah, que de rêves, que de manipulations pour apaiser l'ego. Inconsciemment (vraiment?) oui, j'avais développé l'ego. Oui, sans m'en rendre compte, j'étais devenu Coyote. La vanité, la détermination et l'obstination étaient entrées en scène. Je ne peux me souvenir, mais peut-être ai-je déjà oublié mon rôle d'aide à la création. L'humble aide, moi-même, était devenu l'agressif, auto désigné, connaisseur de la vérité: "Je le ferai comme il faut cette fois-ci!" C'est ce que je jurai à la Création. (Oui, je me souviens maintenant. La Création sourit une fois avant de s'en aller vers d'autres endroits et de sortir de derrière une pensée, une de celles qu'à ce moment là, je m'attribuais lorsque je pensais: La Vie est dans la vie, la mort dans la renaissance: c'est tout, rien d'autre.)

Et j'étais tellement occupé, que je n'accordai que peu d'attention aux jumeaux à deux jambes, qui en ce moment s'essayaient à l'argile, se peignant de manière très voyante. Puis ils trouvèrent la voix et commencèrent à fabriquer ce qu'ils considéraient comme des chansons. Ils grimaçaient et hurlaient. Et leurs progrès étaient très rapides, qu'il s'agisse de crier ou de brandir des pierres et des bâtons, et même de se donner des coups dans des combats simulés. Mais bien sûr, les combats simulés n'étaient pas faits pour les satisfaire très longtemps, et ils tombèrent très vite dans les affaires beaucoup plus sérieuses:l'abattage, ou si vous préférez, le meurtre . Et c'était vraiment étrange de voir le vainqueur semblable à la victime à terre, debout sur elle. Et non, bien sûr, il n'était pas satisfait de cette manifestation singulière de mutilation, et marchait à grands pas de long en large regardant alentour, cherchant sa prochaine victime.

"Et quand finalement je revins à moi et remarquai sa perfidie, je toussai doucement pour attirer son attention, (pensant lui demander ses motivations, maintenant que j'étais Coyote; le grand arbitre et la créature de sagesse), et il se tourna, se préparant à me foncer dessus.

Eh oui, je l'ai tué aussi, sans penser à rien. Car j'étais à ce moment tellement imbu de moi-même que le reste importait peu.

Et sans réfléchir une nouvelle fois, je pris sur moi de créer un nouveau mâle et une nouvelle femelle de cette espèce, non pas par curiosité, mais comme un défi à mon propre génie. Oui, cette fois-là, j'aurais voulu leur montrer qu'ils devaient vivre dans l'équilibre, en obéissant à mes lois. Vous vous imaginez? Obéir? Moi?

Oui, je vous vois, vous tous, assis là mal à l'aise et jetant des regards de colère vers l'entrée de la maison ronde. Je sais que vous voulez partir, et que vous commencez à en avoir assez de ma récitation, mais je vous en prie, écoutez-moi jusqu'au bout.

Vous devez comprendre qu'ils étaient comme des jouets, des joujoux fascinants. Je n'avais pas idée de la façon dont je m'en débarrasserais. Je projetai de les remettre à leur place dès que j'aurais fini avec eux.

J'étais convoqué à l'autre bout de la Création pour une consultation. La Création était si polie qu'elle prit beaucoup, mais beaucoup de temps pour arriver: C'était parce qu'elle, la Création, pensait que j'avais fait une grande erreur en recréant ces deux-jambes. Je la priai de m'excuser et promis de ne plus refaire ces erreurs. "Mais non" dit la Création "c'est trop tard".

Ainsi, nous sommes envahis, comme toute cette terre. Et tous, je vous prie de m'excuser. Et je vous promets que ces deux jambes s'en iront bientôt. Livrés à eux-mêmes, ils ont inventé des bâtons et des cailloux encore plus gros et meilleurs pour s'entre-détruire.

Et quand ils seront partis, je vous assure et vous promets, non pas en tant que Coyote, mais comme le premier aide au début de tout chose: cela n'arrivera plus. Non, cela n'arrivera plus, cette plaie, qui se nomme humanité.

traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen.

 

 

 

 

LES PREMIERS MISSILES

OU

N'OUBLIEZ JAMAIS LES AUTRES FACETTES

DE VOTRE PERSONNALITE

 

Peter Blue Cloud

 

 

Dans ce désert, il n'y avait de l'eau que dans des sources claires et scintillantes par-ci par-là. Les plantes vertes qu'elles attiraient les rendaient faciles à trouver et à utiliser.

Coyote s'inquiétait pour cette eau de peur qu'un jour elle s'enfonce et disparaisse tout simplement. Que se passerait-il alors? Peut-être que trop d'animaux buvaient cette eau, des animaux comme les cerfs et les antilopes, qui buvaient beaucoup sans rien lui apporter en retour. Par contre il tolérait les lapins, les rats palmistes et les autres petits animaux qui, après tout, étaient sa nourriture. "Oui, c'est ma nourriture", pensait-il, "donc c'est mon eau aussi!"

Ah, pauvre Coyote. Il souffrait du syndrome des yeux plus gros que le ventre. Tout cela parce que ce Coyote-ci était devenu un penseur et un calculateur. Et oui, il était devenu un être pensant et il avait vite oublié l'utilité des bains de sueur ainsi que le sens de la Création. Il s'était même arrêté de danser, et évidemment si vous ne chantez et ne dansez pas de temps en temps, votre sang ne circule pas comme il faut.

Donc, voilà Coyote, s'inquiétant pour l'eau. Mais comme il était un penseur de grande envergure, il a vite trouvé une solution. Il ordonnerait aux sources de se déssécher de temps en temps et de réapparaître ailleurs, dans un endroit que lui seul connaîtrait. Alors, c'est ce qu'il fit, mais il n'était toujours pas satisfait.

Ensuite, il entoura chacune des sources avec beaucoup d'arcs pointés dans tous les sens. Chaque arc était très tendu et portait une flèche qui était retenue par un dispositif déclencheur très sensible.

Ah! Maintenant, voyons qui oserait boire sans ma permission.

Ce territoire étant sous contrôle de façon sûre, il décida de traverser jusqu'à la vallée de l'Est et de faire la même choses avec les sources là-bas. "Et bien", pensait-il, "si je continue à faire cela pendant longtemps, je contrôlerai toute l'eau du désert".

Donc, il se dirigea vers les montagnes de l'Est et les traversa la nuit même. Lorsqu'il approcha la première source, une volée de flèches surgit, transperça son corps de nombreuses fois et le tua sur le coup.

Et oui, il avait oublié que son frère jumeau, là-bas dans la vallée de l'Est, était aussi un grand penseur, comme lui.

Et bien sûr, la même choses arriva au ce frère au même instant, là-bas dans la vallée de l'Ouest.

Vieil Homme et Petit-Fils Coyote, venus rendre visite peu de temps après, ont trouvé les dépouilles des deux frères disposées exactement de la même façon. Le vieil homme interpréta les signes et raconta au Petit-Fils exactement ce qu'il s'était passé. "Et oui", dit-il, "c'est arrivé parce qu'ils ont utilisé les arcs et les flèches en tant qu'armes. Ils ont oublié que l'arc et la flèche sont des outils, à utiliser avec beaucoup de précautions.

"Et regarde par ici, la broussaille envahit le cercle de danse; il n'a pas servi depuis longtemps. Et là-bas, tu vois la cabane de sudation abandonnée qui s'effondre? Oui, je pense que ces deux jeunes hommes sont devenus fous. Tu sais, je ne pense pas que je les ferais ressusciter, car ils sont capables de recommencer".

"Et bien, mon Petit-Fils, autant rentrer à la maison, hein?"

"Oui, Grand-Père, allons-y." Puis le Petit-Fils marqua un temps d'hésitation. "Euh, Grand-Père, avant de partir, si l'on prenait un bain de sueur et que l'on dansait un peu?"

Et comme c'était une très bonne idée, ils l'exécutèrent.

traduit de l'anglais par Jacqueline Hecht, revu par Manuel Van Thienen.


 

 

 

LA PUNAISE DES BOIS

 

Peter Blue Cloud

 

 

"Il y a beaucoup d'espèces de punaises des bois dans ce monde," disait Coyote à ses petits-fils. "La création doit avoir un penchant pour les punaises parce qu'elle en a fait plus que de n'importe quelle autre créature."

"Bien sûr, les punaises ont vraiment quelque chose de commun avec nous: certaines sont de belle apparence, d'une certaine apparence. Et il y en a même quelques unes qui sentent mauvais."

Coyote était si absorbé par ce qu'il racontait qu'il ne remarqua pas qu'une punaise était juste sous son pied. "Attend un peu" dit la punaise, "ce n'est pas parce que tu penses ne pas sentir mauvais que les autres créatures sont d'accord avec toi. En l'occurrence, toi, Coyote, tu sens plutôt fort pour moi!"


"Et nous les punaises, nous aimons notre propre odeur."

Coyote ne put rien répondre à cela et fut gêné par ce qu'il avait dit. Il voulut sortir de cette histoire au plus vite.

A ce moment là, il entendit les chuchotements de Vieille Femme Coyote agitant un panier de bouillie de gland. "Ca se mange?" demanda-t-il. Voilà enfin une chose qui mettra tout le monde d'accord. "Pourquoi n'allons nous pas tous manger de la bouillie de gland?"

L'idée plut à Punaise. Elle aimait la bouillie et oublia volontiers la récente insulte de Coyote. "Oui" dit-elle," J'aimerais vraiment cela." Nous, les punaises aimons la bouillie de gland, mais vous savez, il est très difficile pour nous de préparer ce plat. Nous devons attacher des cailloux à nos pattes et fouler les glands pendant longtemps pour les moudre."

A ce moment là, un gland qui traînait par là dit d'un ton aigre et un peu acerbe, "Et je suppose que vous, les créatures pensez que nous les glands nous aimons être moulus et foulés? Vous savez, nous ne voulons que devenir de jeunes arbres."

Coyote pensa que cette histoire avait assez duré et commençait à devenir un peu compliquée.

Alors il l'arrêta là, tout net!

 

traduit de l'anglais par Manuel Van Thienen