Paula Gunn Allen

LE DANSEUR DE CERCEAUX

C'est difficile d'entrer

dans le sens des aiguilles d'une montre

et dans le sens inverse sans tenir

compte du temps, les mesures

étant incongrues dans cette danse où la souffrance

est le principal compteur, où les

pas feutrés célèbrent l'eau des cieux:

 

J'ai vu le visage triomphal

les lignes mouvantes interdisant

tout mouvement de profanation

les tripes au bout des bras, les doigts

joints aux pensées,

le Ciel et l'Eau dansant de concert,

le cercle des milliers de lignes

tournoyantes au-delà de la marche

des ans.

Hors du temps, hors du

temps, hors

du temps.

 

 

traduction M.V.T.

 


 

Phil George

 

PLUME D'AIGLE I

 

Quand je porte une plume rectrice

enroulée dans une peau de loutre

le messager des prières et des chants

élève mon être, en alerte.

 

PLUME D'AIGLE II

 

L'été dernier sa grande rémige solitaire

attira l'oeil des danseurs guerriers.

 

Aujourd'hui elle porte deux Aigles Noirs

elle ne peut pas honorer la Danse des Cygnes.

 

Et sa robe virginale en peau de daim

a été rangée pour sa fille. 

 

PLUME D'AIGLE III

 

Sur le coeur de l'Oiseau Medecine

j'ai choisi trois plumes-de-vent.

 

Même Coyote reconnaît

les plumes-de-vent.

 

Il n'ose plus me jouer de tours.


 

 

PLUME D'AIGLE IV

 

Relève-toi!

l'Esprit est vivant :

les nuages sont les taches de l'hermine

les rayons du soleil sont les crins du cheval

le rouge et le jaune sont pour les Jours Nouveaux.

 

Relève-toi!

Aigle est Liberté :

scintillant au-dessus des nuages...

captant la lumière du soleil...

annonçant notre devenir...

 

RELEVE-TOI!

 

 

traduction M.V.T.


 

Oandasan

 

 

LOI NATURELLE

 

Dans l'ombre profonde

De la forêt, une chasseuse

Armée pour la survivance,

Et sa victime, un vieil ours...

Il mâche des morceaux d'écorce,

Avançant pas à pas

contre le vent, à vingt pas d'elle

Sans rien savoir du dénouement. Elle

Epaule son fusil,

Vise au coeur.

Son doigt glisse

Vers la gâchette, presse lentement

Pour libérer le percuteur.

Personne pour témoigner

De cette mort sinon les arbres,

L'herbe et les insectes absorbés

Par leur propre lutte.

Même la nature,

Impuissante à précipiter

La fin, est comme

Endormie,

Comme se protègeant.

La lumière de la vie,

Haut dans le ciel,

Illumine le drame.

 

 

traduction M.V.T.


 

Lance Henson

 

 

VIEUX PAYS

 

 

le temps nous oublie

nous livre à nos maisons blêmes

 

comme du pain rassis nous nous asseyons

dans la moîteur

habitués à la pluie sur le toit

 

tôt le matin dans la rue

quelqu'un chante

 

une vieille femme dans un châle

avec un panier

crie le nom de son

chat perdu

reviens

 

reviens

 

 

traduction M.V.T.

 


 

Duane Big Eagle

 

 

FLEURS D'HIVER : QUATRE CHANTS

 

 

Chant du Noyé :

            Je veux aller

            où rien ne peut me blesser.

 

Chant de la Jeune Mariée :

            Tout ce que je touche tombe en poussière,

            son plaisir est un mystère pour moi.

 

Chant du Mari :

            Mes flèches ratent le coeur du cerf,

            son désir n'est pas égal au mien.

 

Chant du Nouveau Né :

            Je viens de la vallée des achèvements,

            il n'y a nulle part où aller sinon plus loin.

 

 

traduction M.V.T.

 


 

Norman H. Russell

 

 

LES MOTS

 

 

Ce ne sont pas les mots de la mélopée

qui font la prière

c'est la façon dont ils sont dits

qui atteint les oreilles des dieux

 

c'est la même chose entre vous et moi

ce ne sont pas les mots

que nous échangeons

c'est la façon dont nous les disons

 

une bonne mélopée

monte et s'amplifie avec le chant

une bonne parole

vient du chant du coeur.

 

 

traduction M.V.T.


 

Robert J. Conley

 

 

AUTO-PORTRAIT:

MICROCOSME, OU, CHANT DU SANG MELE

 

 

                        1.

 

En moi les guerres

cherokee contre le yoneg (blanc)

j'ai des diplômes (2)

toutes les cartes de crédit

paie mes factures dans les délais chaque mois

sur mon mur il y a une photographie

du Grand Esprit

 

 

                        2.

 

Parce que la viande que je mange

est emballée sous cellophane

je ne comprends pas

les réalités premières de la vie.

 

Je n'ai jamais bu de sang

et je chasse

avec la télécommande

face à mon téléviseur


 

 

                        3.

 

Quand je vais au supermarché

j'achète de la viande

pré-découpée et emballée

comment puis-je demander pardon

à l'esprit de l'animal

dont je mange la viande

et où puis-je construire mes feux?

 

 

                        4.

 

Mes poèmes sont mes feux.

Oh, dieux pardonnez-moi toutes

les choses que j'ai oubliées

de faire. Les choses que je ne

pourrais pas faire. Pardonnez la viande

que j'ai consommée sans prière

sans demander pardon pardonnez

les autres prières que je n'ai pas

dites lorsque je l'aurai voulu,

oh, dieux, petits ou

grands je ne connais pas

les rites anciens. Mes poèmes

sont mes feux et mes prières.

 

 

traduction M.V.T.


 

Linda Hogan

 

 

LES MOUSTIQUES

 

 

Pour les éloigner,

peignez-vous

en rouge comme les indigènes.

Ils ne boivent pas

le sang exposé à l'air

seulement le sang pur

enfoui profondément dans la chair.

 

Si vous les détestez,

fredonnez en Ré mineur, le chant de la

reproduction

ils seront attirés vers vous

oublieront de s'accoupler

et n'aimeront que le son

de votre voix.

 

Ou encore si l'un d'entre eux atterrit

et boit à la rivière de votre bras,

fermez le poing, serrez-le et

poussez le sang dans la fine trompe

du moustique jusqu'à ce qu'il se gonfle

de votre vie et éclate

rouge dans l'air.

 

Je ne dormirai pas avec une moustiquaire

une lampe jaune

ou une bougie à la citronnelle.

Quand un moustique bourdonnera en silence

autour de mes oreilles


ploiera ses genoux sur mon bras,

je resterai aussi immobile qu'une pierre

au bord de l'eau,

regardant mon sang transporté dans l'air.

Je ne gratterai pas la trace blanche

qui grossit où il s'est nourri.

 

 

traduction M.V.T.