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Iasawniqw Angwusi

Aliksa'i. Yaw ismo'walpe yeesiwa. Noq yaw pep iisaw kiy'ta. Niiqe yaw pam pangqw pay naap haqamiwat maqtongwu. Niiqe yaw pam hisat hoopoq maqto. Pangsoqwat pi yaw tuutukwiy'yungwa. Noq yaw pam hisat pang tupkye' maqnumniqe yaw pam oovi tupo...

 

 

 

Coyote et Corbeau

 

Aliksa'i.

On dit qu'ils vivaient à Ismo'wala. Coyote y avait sa maison et il avait coutume de chasser dans cette région. Un jour il partit vers l'est. Il y avait des collines dans cette région, et il allait chasser à leur pied, aussi décida-t-il de les franchir et d'aller voir de l'autre côté. En se rapprochant, il découvrit un gros rocher, et au sommet, à sa grande surprise, on pouvait y voir quelque chose de noir. Il regarda la chose attentivement et constata que c'était assis. Il s'avança furtivement pour tenter de voir clairement ce que c'était.

Quand il fut plus près, il était presque évident qu'une créature était perchée là-haut. Mais étrangement, cette créature n'avait pas de tête. Et ce qui était encore plus surprenant, c'est qu'elle se tenait de toute évidence sur une patte. Coyote se frotta les yeux. IL se glissa plus près, et une fois encore inspecta la chose sur toute les coutures. Aucun doute, il y avait quelque chose là-haut, mais il ne savait fichtre pas ce que c'était. Il ne pouvait tout simplement pas comprendre ce que c'était.

Pour finir, il se décida à l'appeler. "Eh, vous là-haut, qui êtes-vous?" Mais il ne reçut aucune réponse. Alors Coyote s'accroupit. Il se gratta la tête se demandant ce que cette chose qui se tenait confortablement sur une patte pouvait bien être. A l'évidence, ce n'était pas un rocher. Pas plus que de l'herbe ou un buisson. Comme il n'arrivait pas à mettre un nom dessus, il repartit au trot vers chez lui.

De retour chez lui Coyote était entièrement préoccupé par ce qu'il avait vu. "Que diable peut bien être cette chose perchée là-haut? Bon, j'irai revoir ça demain." Décida-t-il. Cette nuit-là, il s'endormit en pensant à cette chose.

Le lendemain, il se mit en route de bonne heure et l'esprit clair. Sans se soucier de chasse, il se dirigea droit vers sa destination. Quand il arriva enfin, la créature était toujours perchée en haut du rocher. Coyote se dirigea vers un endroit situé juste en dessous d'elle et il cria une fois encore. "Eh, vous là-haut, qui êtes-vous?"

Cette fois on lui répondit. "Oui." Fut la seule chose que dit la voix. Elle venait de l'intérieur.

"Qui êtes-vous et que faites-vous là-haut?" Continua Coyote. Une fois encore la créature bougonna quelque chose, mais Coyote ne comprit pas ce qu'elle disait. Maintenant il essayait de grimper sur le rocher, mais il n'y arrivait pas. Alors, ayant échoué pour la deuxième fois, il rentra chez lui. Il réfléchissait à un moyen de grimper jusqu'à cette créature perchée sur le rocher.

Le lendemain matin il courut au même endroit. Une fois encore il posa sa question. Et à son grand étonnement on lui répondit. "Oui, bien sûr", lui répondit la voix, "je suis bien, assis là-haut. C'est pourquoi je suis dans cette posture."

"Mais comment pouvez-vous être bien sur une seule patte?" insista Coyote.

"Et bien, oui, j'avais très envie de le faire, alors je l'ai fait," dit la voix. D'où venait la voix, personne ne le savait : la chose n'avait pas de tête. "J'ai toujours eu le désir impérieux de me tenir sur une seule patte," continua la voix.

"Eh bien, il m'est arrivé aussi d'avoir des pensées comme celle-là," répondit Coyote. "Quand je vous ai vu dans cette posture, l'idée m'est aussi venue. N'êtes-vous jamais fatigué?" questionna-t-il.

"Oh oui, je suis vraiment fatigué, mais parce que je n'ai qu'une patte je ne peux pas faire autrement. Autrefois j'avais deux pattes, mais j'avais tellement envie d'en avoir qu'une que je m'en suis coupé une," dit la voix.

Coyote médita sur ce qu'il venait d'entendre. Puis il demanda, "Vous avez une tête?"

"Pourquoi cette question. Oui," répondit la voix, "mais j'avais froid à la tête alors je l'ai repliée." Sur ses mots, la créature sortit la tête. Elle était sous son aile.

Alors Coyote reconnut la créature : c'était Corbeau. Coyote s'exclama, "Ça alors, c'est toi?"

Oui, j'avais la tête gelée, alors je l'ai gardée sous mon aile tout ce temps," répondit Corbeau.

"Mais bien sûr, c'est ça! Mais comment as-tu coupé ta patte?"

"Oh, ça a été facile. On est tellement mieux sur une patte."

"Vraiment? Comme je t'envie de pouvoir te tenir sur une seule patte. Peut-être que tu pourrais me montrer comment faire. Peut-être que tu aurais la gentillesse de me dire comment se couper la patte," interrogea Coyote.

"Si tu veux," répondit Corbeau. "Si tu reviens demain, je te dirai comment je me suis débarrassé de la mienne."

"d'accord," cria Coyote. Coyote cette fois-ci avait l'esprit joyeux en rentrant chez lui. Il attendait le lendemain avec impatience. Lui aussi, il pourrait se tenir confortablement sur une patte, comme Corbeau.

Quand Coyote fut parti, Corbeau sortit sa deuxième patte. Bien évidemment, il n'avait pas coupé sa patte. Il l'avait simplement repliée contre son corps pour qu'elle soit invisible. "Quel naïf, et facile à berner que se Coyote!" Corbeau riait sous cape. "Je vais en avoir la preuve dès demain." Sur ce, il s'envola du rocher et se mit en quête d'un caillou tranchant. Il en trouva un très fin avec un bord tranchant comme un rasoir. Plus tard, il en aperçut un autre plus petit. "Bien, c'est là que ça se passera." Corbeau réfléchit et rangea soigneusement les deux cailloux qu'il avait trouvés. Quand ce fut fait, il attendit le lendemain.

Le lendemain matin, Coyote avait hâte de partir. Ce serait la quatrième fois qu'il allait à cet endroit. A la minute même où il se réveilla, il se mit en route. Quand il arriva, il remarqua que cette fois-ci Corbeau n'avait pas caché sa tête. Mais il était toujours debout sur une patte, comme les jours précédents. "Voilà, je suis là," s'exclama Coyote. "N'oublie pas que tu dois me dire comment se couper la patte," rappela-t-il à Corbeau.

"Bien, bien, Je vais venir à toi, car je ne vois pas comment tu pourrais monter ici," répondit Corbeau. Il sautilla d'abord sur une patte puis plana jusqu'à Coyote. "Viens ici, c'est là que je me suis coupé la patte."

Ils montèrent un peu la colline jusqu'à l'endroit où se trouvait le petit cailloux au bord tranchant. A côté, il y avait l'autre que Corbeau avait trouvé la veille. Ce jour là, Corbeau avait tué quelque chose pour manger et avait écorché sa proie à cet endroit, sur le rocher. Le sang de sa proie avait coulé sur elle et rendait plus crédible sa mise en scène. "Viens près de moi," dit Corbeau à Coyote d'un ton enjôleur.

Coyote se dirigea vers lui. Quand il fut tout près, Corbeau continua de donner ses directives. "Monte là-dessus et pose ta patte sur le tranchant." Coyote, obéissant, sauta sur le rocher et posa sa patte sur le bord tranchant du caillou. "Mets la bien en travers," Corbeau continuait gaiement à donner ses instructions, toujours sur une seule patte. "Allonge ta patte bien en travers."

Coyote fit ce qu'on lui disait et plaça sa patte par dessus le bord effilé du caillou. "Et voilà l'autre caillou avec lequel tu peux la trancher. Vas-y de toute tes forces maintenant. Si tu y mets tout ton coeur, tu ne sentiras rien, et ta patte sera coupée en moins de deux." Sur ce , Corbeau lui donna le caillou. En le lui tendant, il ajouta, "Celui-là c'est pour frapper." Coyote le prit, et Corbeau l'encouragea, "Maintenant, allez, mets-y toute ta force:!"

Coyote hésitait maintenant. Il hésitait à donner le coup. Au lieu de frapper, il recula. Mais ensuite, il ferma les yeux et fit une nouvelle tentative. Une fois encore il n'osa pas frapper. Corbeau le pressait, "Allez, ça ne fait pas mal. Tu perds ton temps. Après tout, c'est ce que tu voulais. Moi, j'ai frappé ma patte une seule fois et elle est tombée d'un coup."

Cette fois, Coyote alla jusqu'au bout. Les yeux fermés, les dents serrées, il porta le coup sur sa patte. Elle fut coupée instantanément, et tomba sur le sol. Le sang jaillissait.

Voilà ce que fit Coyote. "Quel crétin tu fais! Je n'arrive pas à y croire!" Corbeau sortit son autre patte en se moquant. Puis y alla se percher de nouveau sur le rocher. Il riait et riait, parce qu'il avait réussi à tromper Coyote.

Et voilà notre misérable Coyote avec une patte en moins. Le sang giclait. Tout ce qui lui restait à faire c'était de saupoudrer une poignée de sable sur sa blessure. Il n'avait ne pouvait que se traîner jusqu'à chez lui, sur trois pattes. C'était drôle de voir le pauvre infortuné claudiquer. Et c'est pour cela qu'aujourd'hui on nomme un tel coyote le Coyote Sautillant. Chaque fois qu'un Hopi en voit un, il dit, "Voilà un Coyote Sautillant." Et l'histoire finit là.

 

traduction MVT

 

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