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Iisawniqw Honani

Aliksa'i. Yaw orayve yeesiwa. Noq pu' yaw orayviy tatkyaqöyve honansikve piw yaw honani kiy'a. Noq pu' yaw ismo'walpe iisaw piw kiy'ta. Noq yaw i' honanwuutaqa amum a'ni naakwatsim'u. Pu' yaw puma pay sutsep naami kiikinumtongwu...

 

Coyote et Blaireau

 

Aliksa'i.

On dit que le peuple vivait à Oraivi. Au sud d'Oraivi, à Honansikya, Blaireau avait élu domicile, et a Ismo'wala demeurait Coyote. Le Vieux Blaireau et le Vieux Coyote étaient de très bons amis. Ils se rendaient toujours visite.

Un jour, alors qu'ils étaient tous les deux dans le terrier de Coyote, discutant ensemble, l'un d'entre eux suggéra, "On devrait aller chasser."

"Bonne idée", répondit l'autre. Les deux étaient d'accord. "Vraiment, allons chasser. Il y a longtemps que je n'ai pas mangé de lapin," dit Blaireau.

"Nous irons vers le nord," proposa Coyote.

"D'accord," répondit Blaireau. "Peu m'importe. Il doit y avoir beaucoup de lapins de garennes et de lièvre variable dans ce coin." Alors les deux se préparèrent pour partir vers le nord.

Ils rassemblèrent leurs affaires, et plus particulièrement les battes à lapin. Aucun doute, ils allaient les utiliser pour leur chasse. Rapidement, ils prirent une direction nord, vers Mowaapi. Toutefois, leur chasse fut infructueuse. De temps en temps, ils débusquaient un lapin ou deux, mais ceux ci leur échappaient. Ils finirent par atteindre Mowaapi sans aucune prise. Là, les deux compères se mirent de nouveau en chasse, mais sans plus de succès que précédemment. Mais maintenant, ils étaient quelque peu fatigués et affamés.

Il y a longtemps, Coyote était venu chasser seul dans cette région et était tombé sur quelque chose par hasard. Une fille Koonina avait péri de tout évidence ici quelque temps auparavant, et il avait découvert son cadavre. Elle était encore reconnaissable. Et maintenant; le souvenir de cette fille remontait à la mémoire de Coyote. Il fit remarquer à son ami Blaireau, " je crois que nous n'attraperons rien. Allons voir par là où j'ai trouvé quelque chose il y a longtemps."

"qu'est-ce que c'était?" demandé Blaireau.

"Une fille Koonina a perdu la vie dans ce coin," répondit-il à son ami. "Je propose qu'on aille là-bas pour vois si on ne peu pas faire quelque chose avec elle."

"Qu'est-ce que tu as dans la tête?" demanda Vieux Blaireau.

"Et bien, si nous la retrouvons, je pense que nous pourrons essayer de la ramener à la vie. Après tout, tu es un homme médecine ; je suis sûr que tu sais comment faire," dit Coyote.

"Où est-elle?"

"Pas très loin d'ici. Viens, allons-y! Je t'y conduirai," dit Coyote en montrant le chemin à son ami le Vieux Blaireau.

Vieux Blaireau, bien sûr, ne marchait pas très vite. Parce qu'il se dandinait lentement, Coyote fut rapidement devant lui. Mais, comme il avait avancé un peu trop vite, il attendrait ce Vieux Blaireau. Quand Blaireau eut rejoint Coyote, ils continuèrent leur route. Et c'est ainsi qu'ils arrivèrent finalement à destination. "C'est là!" déclara Coyote.

Les deux compères regardèrent autour d'eux. Elle était là, mais il ne restait que son squelette éparpillé. Alors ils se mirent à ramasser les os de la fille Koonina. Ils les rassemblèrent tous et en firent un tas. Puis Coyote dit, "Bon, tu est homme -médecine. Tu dois savoir comment ramener quelqu'un à la vie. Je suis persuadé que tu sais le faire."

"Oui, bien sûr, je sais faire," dit Blaireau. "Et parce que tu le veux, je vais faire une tentative."

A présent, Vieux Blaireau enleva la jupe noire qu'il portait. Il en recouvrit le tas d'ossements. Puis il parla à Coyote, "Tu ne peux pas rester ici avec moi. Pourquoi n'irais-tu pas faire un tour un petit moment. Si tu me regardes, ça ne marchera pas," dit-il. Si je suis seul pour le faire, peut-être que ça réussira. Alors, laisse-moi pendant un moment et revient plus tard."

"D'accord," acquiesça Coyote. Et parce qu'il était d'accord, il s'éloigna. Mais évidemment il n'avait pas vraiment envie d'être tenu à l'écart. Il décrivit un cercle, revint sur ses pas, et s'arrêta là où il ne pouvait pas être vu -pas très éloigné de Vieux Blaireau. Une fois arrêté là, il n'avait rien de plus à faire que de lever la tête de derrière la butte où il était et de regarder Blaireau. "Je me demande bien ce qu'il va faire," pensa-t-il. Pour finir il revint au petit trot. Mais Blaireau n'avait encore rien fait. Il réfléchissait toujours. Il avait réalisé que la fille aurait besoin d'un corps, et aussi d'un visage. Ces pensées avaient surgi en lui. Quand il remarqua que Coyote était revenu, il le réprimanda, "Souviens-toi que je t'ai dit de rester à l'écart pendant un moment. Tu ne peux vraiment jamais obéir. Si tu es là, ça ne peut pas marcher!" Vieux Blaireau était furieux. Mais il poursuivit, "La fille aura un corps et un visage. File à Sohootuyqa et rapporte moi un peu d'herbe!"

D'accord," consentit Coyote. Sohootuyqa est un grand à pic un peu au sud ouest de Mowaapi, et c'est là que Vieux Blaireau l'envoya. Là, il trouva du millet et en arracha quelques touffes qu'il rapporta à Blaireau. Il les lui tendit, qui le remercia. "Merci d'avoir rapporté ces herbes," dit-il. C'est vraiment nécessaire." Il déposa doucement les herbes sur les os. Quand il les eut arrangé comme il faut, il rappela à Coyote que la fille aurait besoin d'un visage. "Va vers l'ouest et cherche de l'ocre," commanda-t-il. "Tu en trouveras sûrement."

Alors Coyote bondit vers l'ouest, presque jusqu'à l'endroit situé au sud de la Little Colorado River. Là, la terre est rouge. Et il trouva de l'ocre. Il en ramassa un peu, puis retourna vers Vieux Blaireau. Quand il arriva, il la lui tendit. Comme la fois précédente, Blaireau le remercia. "Ça devrait aller," dit-il. Maintenant ça devrait marcher. In manque encore une chose, je crois," ajouta-t-il. "Cours à Na'uy Spring en rapporte un peu d'eau. Nous en aurons aussi besoin," dit Blaireau.

Coyote alla rapidement chercher de l'eau à Na'uyva. Quand il revint avec l'eau, Blaireau dit, "Très bien, on a tout ce qu'il faut. Maintenant tu dois t'en aller. Tu ne peux pas rester ici avec moi. Si tu restes, ça ne marchera pas. Aussi avant tout, contrôle toi et patiente avant de revenir. Tu reviendras seulement quand je te le dirai."

Coyote, qu'il le veuille ou non devait s'en aller. Vieux Blaireau avait placé les herbes et les os comme cela était supposé être. Il saupoudra aussi un peu d'ocre sur les restes de la fille. Parce qu'il était un homme-médecine, bien sûr, il avait toujours par devers lui son attirail. Quand il eut achevé les préparatifs, il versa l'ocre dans un petit récipient et y ajouta de l'eau. Puis il remua le tout. Quand il eut fini cette opération, il commença de chanter sur les os recouverts de sa jupe. Il y avait beaucoup de mots Koonina dans son chant.

Coyote, qui s'était éloigné, décrivit à nouveau un cercle et revint lentement vers Blaireau. Quand il l'entendit chanter, il dressa les oreilles. Mais il ne comprenait pas ce que disait Blaireau. Couché à plat ventre, Coyote entreprit de ramper vers lui. Il gardait la tête dressée, mais Blaireau n'était pas visible. Etant un homme-médecine de grande renommée, Blaireau sentit que Coyote était de retour. A ce moment là, Vieux Blaireau chantait le chant pour ramener à la vie. chaque fois qu'il s'arrêtait, il aspergeait les choses placées sous la couverture avec un peu de son eau médecine. C'est ainsi qu'il procédait.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Coyote ne s'approcha pas trop près. Il respectait ce que faisait Blaireau. "Si j'étais là, c'est sûr que ça ne marcherait pas. Il vaut mieux que je reste là." se dit-il. Toutefois, il n'était pas vraiment à l'aise. Vieux Blaireau chanta quatre fois. chaque fois qu'il finissait son chant, il aspergeait le tas. Quand il eut fini de chanter quatre fois, quelque chose remua. Il chanta alors une cinquième fois et enleva la couverture. Une fille était assise. C'était une très belle jeune fille. "Que me voulez-vous?" demanda-t-elle à Vieux Blaireau.

il répondit, "Ce n'est pas moi qui désire quelque chose. Mon ami Coyote, m'a prié de faire ce que j'ai fait." Et finissant sa phrase il cria, "Hé, mon ami!"

Comme Coyote s'empressa! Sa queue était droite derrière lui. "Qu'est-ce qu'il y a?" demanda-t-il.

Oh là! Coyote ne savait pas que faire. Sa queue s'agitait dans tous les sens et il ne pouvait pas rester en place. Il s'agitait dans tous les sens et dansait d'une patte sur l'autre. "est-ce que tu l'as ramenée à la vie?" hurla-t-il.

"Oui," répondit Blaireau.

"Mais pourquoi avez-vous besoin de moi?" demanda la fille.

"Et bien voilà," dit Coyote, "il y a quelque temps déjà, je vous ai vue ici. Quelque chose vous était arrivé, et vous étiez morte. Mais je vous ai trouvé et par conséquent j'y ai amené mon ami. il sait comment ramener les gens à la vie," expliqua Coyote à la fille. "J'ai insisté pour qu'il le fasse, alors il vous a ramené à la vie."

"Voulez-vous venir chez nous?" demandèrent les deux.

"Oui, volontiers," répondit la fille.

"si vous nous accompagnez, vous pourrez nous faire la cuisine. Vous pourrez entretenir notre feu," dirent-ils.

"Entendu, je viendrai avec vous."

et sur ce, ils se mirent en route. Voilà qu'ils étaient chanceux après tout. Oubliés les lièvres, rien à faire des lapins! Ils étaient fiers de ramener la fille. Mais il n'était pas plutôt en chemin que Coyote commença à comploter, parce que la fille était très très attirante. Coyote prétendit ne pas pouvoir marcher en compagnie des deux autres et resta en arrière pour pouvoir reluquer les jambes de la fille. Quel tableau que ces deux jambes blanches qui marchaient! Ce faisant, une étrange sensation commença à s'agiter dans Coyote. Il était évident qu'il avait des intentions... Son ami le prévint, "Arrête de désirer cette fille!" gronda-t-il," "Je ne l'ai pas ramenée à la vie pour ça. "N'essaie pas de faire des choses dégoûtantes!" Blaireau suppliait son ami.

Et donc, ils faisaient leur chemin. Et le coeur de Coyote bondissait dans sa poitrine. Quelle fille ravissante c'était! Pendant qu'il marchait Coyote ne pouvait pas s'en empêcher. S'accoupler avec cette fille était la seule pensée qui occupait son esprit. Aucun doute, il devait le faire. Il faudrait trouver un moyen d'éloigner Vieux Blaireau. Mais celui-ci ne les quittait pas des yeux. Ils finirent pas arriver à Wupatsmo, après avoir marché un bon moment. En arrivant, Coyote ne put plus se contrôler. Il eut une terrible érection. Il ne pouvait plus lutter contre. Ils marchaient encore quand il monta soudain sur la fille par derrière et la prit rapidement par le cou. Dans son excitation il serra la fille au cou avec tant de force, qu'il la tua instantanément - son pénis en érection encore en elle. C'est ainsi que le vieux débauché tua la fille.

Vieux Blaireau était hors de lui. " Quelle brute tu fais! Tu ne peux pas obéir! Je t'ai prévenu plusieurs fois, mais tu n'écoute pas. Dis-toi bien que je ne l'ai pas ramenée à la vie pour ça. Et on ne peut plus rien faire maintenant," Blaireau pleurait. " Alors tu restes là pendant que je vais l'enterrer."

Vieux Blaireau chargea la fille sur son dos et prit la direction du sud. "Tu as intérêt à rester où tu es," siffla-t-il à Coyote, "créature de malheur!"

Quand il eut chargé la fille sur ses épaules, Blaireau laissa Coyote et partit en se dandinant vers le sud. Il n'avait pas fait beaucoup de chemin lorsque Coyote entreprit de la suivre. "Je vais venir avec toi," cria-t-il à son ami.

"Mais je t'ai dit de n'en rien faire! N'oublie pas que je dois être seul. Lorsque on porte quelqu'un de mort sur son dos, personne ne doit le suivre," protesta-t-il. Tu devrais savoir ça. Je te le dis encore une fois, retire-toi!"

Coyote n'avait pas d'autre choix que de faire demi-tour et de retourner à l'endroit où il avait tué la fille. Mais il n'était pas à l'aise à cet endroit là alors que Blaireau continuait son chemin avec son fardeau. "Je suis certain qu'il va se remettre à me suivre," pensa Blaireau. "Mais la prochaine fois qu'il me suit, je ne lui dirai rien. Ça sera tant pis pour lui."

Evidemment, peu de temps passa avant que Coyote entreprit de la rejoindre encore une fois. Vieux Blaireau venait juste de poser la fille et creusait un tombe pour l'enterrer, quand Coyote apparut encore une fois derrière lui. Cette fois, Blaireau resta silencieux. Bien qu'il soit furieux et bout intérieurement. "Coyote ne peut tout simplement pas obéir." quand il eut creusé la tombe, il y déposa la fille et l'enterra. Sur ce, les deux compères retournèrent chez eux. "Allez, en route. rentrons chez nous," dut Vieux Blaireau à Coyote, encore bouillant de colère.

Et c'est ainsi qu'ils ne ramenèrent pas de fille avec eux. Vieux Blaireau était plongé dans ses pensées pendant le trajet : "Je me demande ce que je pourrais faire pour Coyote pour qu'il ne se comporte plus jamais ainsi." Voilà à quoi il pensait. Quand ils arrivèrent à la maison de Coyote, il faisait nuit, aussi y restèrent-ils tous les deux pour dormir. Blaireau, toutefois, rumina ce problème toute la nuit. Il continuait à se demander ce qu'il pourrait bien faire pour que Coyote n'agisse plus aussi mal. Aucun doute, Coyote était très mauvais.

Le lendemain matin ils prirent un petit déjeuner ensemble avant que Blaireau rentre chez lui. "Je vais rentrer chez moi," dit-il. "Viens me voir quand tu veux," dit-il à Coyote, et il partit.

"D'accord," répondit Coyote, "Je viendrai te voir un de ces jours."

Blaireau retournait chez lui. Sur la route, il continuait à se creuser la tête. IL était encore absorbé dans ses pensées quand il tomba sur un serpent et s'arrêta brusquement. Le serpent était allongé, et parce que Blaireau pensait à autre chose, il lui avait pratiquement marché dessus avant de le voir. "Voilà peut-être la solution" pensa-t-il en tuant le serpent. Parce que Blaireau est très fort, il se contenta de l'attraper par le cou avec ses dents et de mordre fortement. Ce qui tua le serpent. Il continua sa route, tuant encore quatre serpents avant d'arriver chez lui.

Une fois chez lui, il alluma un feu dans le foyer et y posa une bouilloire. Il coupa délicatement ses proies en morceaux et les jeta dans un chaudron. Les morceaux rissolait joliment pendant qu'il les remuait. Ils rissolait. Les serpents étaient beaux et gras. Quel délice! ils doraient et crépitait.

Bien sûr, Blaireau était arrivé tôt ce matin, et il avait le temps de cuisiner. Ce même jour, en début d'après-midi, Coyote vint lui rendre visite. Quand il atteignit la maison ce Blaireau il cria "Ho! mon ami est-il chez lui?"

"Oui, je suis là. Entre! viens jusque là et nous pourrons manger. J'allais prendre mon dîner," dit son ami Blaireau de l'intérieur de la maison.

Coyote entra et se mit à renifler. En inhalant il s'exclama, "Quelle odeur merveilleuse!" IL remarqua que Blaireau éminçait quelque chose, et il demanda, "Qu'est-ce que tu coupe là? Ça sent vraiment bon."

Mais Blaireau ne révéla pas de quoi il s'agissait. "Oh, rien de spécial." marmonna-t-il.

Un moment plus tard, quand Blaireau eut terminé, il disposa la nourriture pour le repas. Quand tout fut posé sur le sol,, il dit à Coyote de s'asseoir et de manger. "Bon, allez! On peut manger," dit-il.

ils s'assirent tous les deux. Vieux Blaireau avait fait aussi beaucoup de hurusuki[1] qu'il plaça à côté de Coyote avec la viande grillée. de plus il avait de l'eau salée. Ils se mirent donc à manger. Vieux Blaireau mangea surtout du huruzuki, alors que Coyote, son ami -qui était un vieux gourmand de viande- se servit uniquement de la viande avec de l'eau salée. Il adorait tremper sa viande dans l'eau salée. Il ne tarissait pas d'éloge sur la nourriture, la suçait avec délice et l'avalait avidement. Blaireau encourageait son ami à manger, "ne te gêne surtout pas, mange tout ce que tu veux. Je suis content qu'il y ait beaucoup à manger. Allez, mange tout ton content."

Coyote n'ayant plus aucune gêne se resservait en viande. Le plat était un vrai délice. Chaque fois que Coyote avalait la viande, il se léchait les babines. Il enfournait tant de viande dans sa bouche qu'il manquait d'étouffer. IL mangea pratiquement toute la viande à lui tout seul. De temps en temps, Coyote demandait ce qu'ils étaient en train de manger et ce qui avait un si bon goût. Mais Blaireau ne lui répondait pas.

Quand ils furent rassasiés, Blaireau débarrassa le couvert. Puis ils parlèrent de choses et d'autres, plus particulièrement de leurs aventures avec les personnes de l'autre sexe. Souvent Coyote demandait ce qu'ils avaient mangé pour dîner. "Quel plat as-tu préparé? C'était vraiment délicieux."

"Oh, oui," répondait Blaireau, "il y a longtemps que nous n'avions pas mangé quelque chose de bon. C'est ce que j'ai pensé quand je suis rentré chez moi ce matin," dit-il. "Je me demandais ce que je pourrais faire qui te ferait plaisir. C'est pourquoi j'ai pas arrêter de ruminer sur le chemin du retour, lorsque soudain une idée m'est venue : et si je prenais mes intestins et que je les coupais en morceaux? Ça nous donnerait un plat plein de goût," dit Blaireau à Coyote. "C'est l'idée qui m'est venue, alors je me suis ouvert le ventre, j'ai prélevé mes entrailles et je les ai coupé en petits morceaux. Voilà ce que nous avons mangé ce soir : mes boyaux."

"C'est pas possible!" protesta Coyote. "Je n'en crois rien. Si tu avais vraiment fait ça, tu serais mort," dit-il.

"Non, je ne suis pas mort. Dès que j'eus prélevé mes entrailles, je me suis recousu le ventre. regarde par toi-même!" Et Blaireau montra son ventre à Coyote. Et Blaireau qui avait tout préparé s'était fait une écorchure avant. Il y avait encore un peu de sang. "Regarde, ce n'est pas encore totalement guéri. Mais je ne mourrais pas," dit-il, en montrant son ventre à Coyote.

Coyote était convaincu maintenant. "Très bien," dit-il. Et il ne t'ai rien arrivé d'autres quand tu as fait ça?" s'enquit Coyote.

"Non, il n'y a pas d'effets secondaires. Rien ne t'arrive quand tu n'as plus d'intestin. Les boyaux sont vraiment un grand délice : c'est pourquoi nous les avons tant appréciés."

C'est alors que Coyote décida de refaire cette recette. "Eh bien, j'ai lui suis reconnaissant d'avoir pu goûter à ce plat. Dès que je serai chez moi, je ferai le même, " pensa-t-il. Et à voix haute il ajouta, "Pourquoi ne me dirais-tu pas comment tu l'as fait? Si je pouvais le faire, tu pourrais venir en manger chez moi demain."

Pour satisfaire sa demande, Blaireau expliqua :Tu ouvres le ventre avec un couteau très bien aiguisé. Il doit être très propre. Puis tu extrais rapidement tes intestins et tu recouds l'incision avec des fibres de yucca. Voilà tout. Mais il ne faut pas t'ouvrir le ventre avant d'être prêt à cuisiner. Les intestins ont meilleur goût quand ils sont frais. S'ils sont sortis trop longtemps à l'avance, ils perdent leurs qualités rapidement."

"Très bien," dit Coyote, "Je vais faire ce plat, moi aussi. Ne t'inquiètes pas pour ce que tu vas manger demain. Viens manger chez moi."

"D'accord," consentit Vieux Blaireau.

"Mais je n'ai pas de couteau," dit Coyote à son ami. "Je n'ai pas de chaudron non plus. Tu voudrais bien me les prêter? Je te les rendrais quand j'aurai fini."

"Bien sûr. Allez, prends ce qu'il te faut. quand je viendrais chez toi, je sais que je les retrouverai. Garde-les tant que tu en as besoin," et il lui tendit les ustensiles.

Coyote retourna chez lui avec le couteau et le chaudron de Blaireau. Quand il arriva, il avait le ventre si plein qu'il l'allongea sur quelque chose et s'endormit. Il dormit toute la nuit.

Le lendemain il s'éveilla tôt car il avait un grand projet en tête. Il fit ses préparatifs avec attention. D'abord il alluma un feu. Quand ce fut fait, il posa le chaudron dessus. L'ayant disposé comme il faut sur le feu, il attrapa une pierre à affûter et commença à aiguiser le couteau. Enfin ,quand l'acier fut bine propre et bien tranchant, il s'appuya contre le mur situé au nord de l'emplacement du foyer. En tendant le couteau, il se répéta, "Oh oui, c'est comme ça qu'il m'a dit de faire." Avec cette pensée en tête, Coyote s'appuya confortablement contre le mur et appliqua le couteau sur lui. D'abord il hésitait et coupait à peine sa peau. Chaque fois qu'il se perçait, il hurlait de douleur. Chaque fois qu'il se faisait une petite entaille, bien sûr, il avait mal, et il voulait frotter la blessure et s'asseoir pour l'examiner. Il ne put pas se résoudre à continuer, il ne se trancha pas le ventre et finit par poser le couteau à côté de lui.

Quelque temps plus tard, il était déterminé à recommencer, alors il saisit de nouveau le couteau. Il se releva et s'appuya contre le mur,  prêt à essayer une seconde fois. Cette fois, Coyote posa le couteau sur son ventre et , même si cela lui faisait mal, il le perça sans se préoccuper des conséquences.

Ayant fait une petite boutonnière il s'arrêta encore une fois. "Ouh là, ça fait vraiment mal!" s'exclama-t-il. Il arriva la même chose à sa troisième tentative. Cette fois ci, il coupa un petit peu plus. "Aïe aïe aïe! Ouh là!" hurlait-il en sentant la douleur. "Ouh là!," il continuait de hurler en maintenant le couteau en place. A sa quatrième tentative, il fit une large incision. Il saisit alors fermement son estomac et tira d'un coup sec. Instantanément, ses intestins sortirent et s'empilèrent en face de lui formant un gros tas.

Coyote était occupé maintenant et entreprit d'extraire ses intestins. Prévoyant, il avait mis de côté quelques fibres de yucca. Il n'avait pas encore sorti tous ses intestins quand il s'effondra. Coyote roula sur le sol, et voilà comment il finit. Il mourut tout de suite. Voilà donc où il en était, ses boyaux empilés devant lui. Le feu dans le foyer produisait de grandes flammes, et le chaudron posé dessus devenait de plus en plus chaud.

Blaireau, lui aussi avait été occupé près de sa maison. En attendant midi approchait, alors Vieux Blaireau pensa, "Bien, il a probablement commencé à l'heure qu'il est." Voilà ce qu'il pensait, alors se pressa un peu pour aller lui rendre visite. Quand il arriva au terrier de Coyote, il appela :" Ho là! mon ami est-il chez lui?"

Il n'y eut pas de réponse, alors Blaireau entra. Il entra même s'en y avoir été invité. quand il fut à l'intérieur, et qu'il regarda vers l'endroit situé au nord du foyer, il vit son ami, pauvre de lui, assis avec ses entrailles répandues autour de lui sur le sol. Les intestins de Coyote faisait un gros tas devant lui, et le sang dégoulinait. A côté de lui, il y avait le couteau de Blaireau. Blaireau rit avec malice et plaisir. "Regarde-toi un peu," cria-t-il, "Quel imbécile tu fais! Qui aurait pu le croire. Aussi pourquoi as-tu tué notre ménagère? Si tu n'étais pas ce que tu es, tu n'en serais pas là. Cette femme nous aurait fait la cuisine. Maintenant tu peux rester comme tu es. C'est de ta faute si tu es si pervers." Voilà comment Blaireau le réprimanda.

Puis il récupéra son couteau, la bouilloire, et s'éloigna de son ami. Il prit la graisse, les intestins, et l'estomac dans son chaudron et rentra chez lui ainsi chargé. Et rentré chez lui, il les mangea. Il se régala. Vraiment. Et , je suppose, Blaireau vit toujours quelque part, sans son ami. Et l'histoire s'arrête là.

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[1]Bouillie de farine de maïs blanc et de maïs bleu.