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Poètes aborigènes

 

 

 

 

 

 


Bobbi Sykes

 

Prière à l'esprit de la nouvelle année

Prayer to the spirit of the new year

 

Cher esprit,

Nous sommes là -à la fin d'une longue année de lutte

Contre les vieux adversaires - oppression, colère, souffrance,

Et nous voilà de nouveau à l'orée d'une Nouvelle Année...

 

Fais qu'elle ne soit pas semblable à la précédente,

Fais que je n'entende pas encore le cri d'angoisse

qui monte de la prison -

 

Fais que je n'entende pas encore les cris de douleur

de nos jeunes parents... de nos jeunes enfants.

 

Fais que je n'entende pas encore les larmes contenues

qui montent dans les yeux de mes soeurs noires

Quand elle constate la mort du plus tenu de leur

Rêve.

 

Et

Fais que je ne voie pas le voile de la défaite

Au fond des yeux drogués de temps du rêve

Sur les visages tendus de mes frères.

 

Et à la place

Si je pouvais voir commencer l'aube lente

l'aube de la compréhension

 

commencer la lente ouverture

des yeux et des coeurs

 

commencer la lente mort

de l'hypocrisie

 

commencer la lente fin

du racisme

car la légende nous dit, cher Esprit,

qu'au commencement...

 

 

 

 

 

 

 

 

Comptes définitifs

Final Count

 

 

Les enfants meurent

En nombre terrifiant de

Malnutrition et

De maladies et

Nous ne les comptons pas

Parmi les braves morts de

Notre révolution

Pourtant leur sang aurait sûrement été versé

Avec celui des nôtres tués dans la rue

S'ils avaient vécu

Assez longtemps pour mourir.

 

Nous devons les compter/

Nous devons les compter/

Car si nous ne le faisons pas

Ils seront morts en vain.

 

 

 

 

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Mudroroo Narogin (Colin Johnson)

 

 

 

 

Ils accordent les droits à Jacky[1],

They give Jacky Rights

 

Ils accordent les droits à Jacky,

comme le serpent tigre donne des droits à sa proie :

Ils accordent les droits à Jacky,

Comme le fusil vise sa victime.

Ils accordent les droits à Jacky,

comme ils accordent des droits à l'enfant à naître,

arraché aux entrailles de sa mère indifférente.

 

Ils accordent à Jacky le droit de mourir,

le droit de consentir à creuser des mines sur sa terre.

Ils accordent à Jacky le droit de voir

le lieu sacré du rêve devenir un trou _

Son âme meurt, ses ancêtres pleurent;

Son âme meurt, ses ancêtres pleurent :

Ils accordent ses droits à Jacky -

Un trou dans le sol!

 

Justice pour tous, Jacky s'agenouille et prie ;

Justice pour tous, ils creusent des trous dans la terre ;

Justice pour tous, ils lui accordent ses droits -

un flacon de mauvais vin pour engourdir sa peine,

et sa femme doit ce vendre pour cela.

Justice pour tous, ils lui accordent ses droits -

Un trou dans le sol pour cacher sa méfiance et sa peur.

Que peut faire Jacky sinon lutter encore et toujours :

Les esprits de son Rêve lui conservent sa force!

 


 

 

 

 

 

 

Jacky chante ses chants

Jacky sings his songs

 

1

 

Je sais ce que je suis -

Pas de baragouin, s'il vous plait -

Je sais ce que je suis,

Eau et terre

mêlé d'un peu de vin.

 

Ne me dites pas qui je suis :

Un enfant pleure trop souvent en moi,

pour avoir beaucoup d'illusions

ma bouche se plisse,

de tristesse en ces temps.

 

Je sais ce que je suis

comme un enfant perdu,

enfermé dans un placard noir,

ayant renoncé depuis longtemps à sortir ;

blotti dans le coin le plus obscur, le plus redoutable.

 

Ne me dites pas qui je suis -

Une chambre d'hôtel déserte,

un évier dans un coin,

une armoire, un lit, une chaise :

pas de poésie, seulement un Rolling Stone

ouvert à Random Notes.


 

2

 

Si je vous manque, voyez dans vos prisons,

dans la solitude, une bible pour mon amour.

 

Si je vous manque, marchez dans une rue

débouchant devant entrée d'usine,

Rien, sinon votre peur de bien pensant de la classe moyenne ;

Puis arrêtez-vous, baissez les yeux, bien bas -

Une bouteille vide, un corps noir étendu,

des traînées rose d'urine puant votre vin.

 

Si je vous manque, suivez la sirène hurlante

des flics accourant pour écraser notre colère -

frère contre frère jusqu'à ce qu'ils arrivent

et entraînent les débris de nos espoirs.

 

Si je vous manque, voyez dans vos parcs sans herbe,

dans la solitude, des vieux boivent la vie perdue.

 


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Archie Weller

 

 

 

 

 

Du trou d'eau sans fond

j'appelai Pidja! Pidja!

et tu vins, comme le vent trompeur,

tu t'installas dans mes cheveux.

Aussi silencieux qu'une pensée

tu rampas le long de mes jambes de femme

et nous rêvâmes ensemble le même rêve.

Comme un kangourou marteleur

tu lui donnas des coups de pied pour que nous sachions

alors je pus me souvenir

de cette nuit, endormi après la chasse.

J'étais seul, devant ton bassin.

Combien nous étions heureux alors ;

combien nous sommes heureux maintenant,

mon esprit-soeur.

 

 

Et maintenant nous te regardons ramper, tu rampes.

Dans les cendres du feu mourant

tu quittes tes traces.

Il est temps que ta grand-mère vienne

pour te donner le nom du totem de ta mère

car maintenant, enfant, tu es une femme.


 

 

Je suis waetch.

Je cours vite.

Rapide comme le vent.

Mon coeur bondit

sur un ton triomphant.

Ris maintenant, si tu oses.

Regarde moi bondir et jaillir,

car dans mon esprit

je suis chez moi.

Et dans mes rêves

je suis libre.

Depuis la massive foule courageuse de Grandstand,

le doux murmure de la voix de ma mère

et la paix du camp du lagon.

 

Les enfants jouent comme Yukana

comme le peuple joyeux des coquillages

des temps anciens.

Dans les eaux de notre pays

comme des vagues ils s'écrasent sur la plage.

Ils vont et viennent. Garçons puis hommes.

 

La pluie arrive au dessus des montagnes,

comme un vol d'oiseaux, elle vient.

Je suis dans les larmes de mon frère

heureux comme le torrent.

 

Ho! Frère

chemine dans les grandes plaines.

les rudes montagnes solitaires

gouvernent le paysage.

 

 

Gerriers Pinjarra, où étiez vous ce jour-là

lorsque l'éclair d'acier et le tonnerre cruel naquirent?

Je pleure ma femme.

Je pleure mon fils mort

tués par des hommes aussi blancs que les nuages d'été.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oh, Domjum!

Mon frère.

Je te pleure.

Enfant nous jouions ensemble

et tu gagnais toujours.

Tu frappais

ta poitrine

et criais ta joie

grande comme le soleil -

grande comme la vie.

Mais,

la nuit dernière

ils t'ont étendu aussi mort

que peut l'être un mort.

Le sang aussi rouge que le jour nouveau

coulant de ton dos noir

et tes mains brunes blanchies

de la poudre de la farine volée.

 

 


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Charmaine Papertalk-Green

 

 

 

 

 

 

Sommes-nous semblables

Are we the same

 

Etes-vous mort de faim?

Avez-vous vu votre mère battue?

ou votre père saoul par désespoir?

 

Votre monde n'est pas le mien

Votre ventre a toujours été plein

vous voyez la violence à la Télé

jamais dans la rue

votre mère était battue derrière la porte close

où elle était trop honteuse

pour appeler à l'aide

qu'auraient pensé les voisins!

On vous cache tout

 

Je viens d'un autre monde

que vous ne connaîtrez jamais

vous pouvez essayer de comprendre

mais vous ne le pourrez jamais

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Il veut être blanc

Wanna be white

 

 

Mon homme est parti hier

avec une waagin[2]

il m'a abandonnée avec les enfatns

pour être quelque chose dans ce monde

il dit qu'il est malade d'être

noir ,pauvre et moqué

Il dit qu'il voudrait être blanc

avoir de meilleurs vêtements, une voiture rutilante

et des repas agréables

il m'a dit à moi et aux enfants

que nous lui donnerions une mauvaise réputation

parce que nous sommes noirs aussi

alors il est parti avec une waagin.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le jour des allocations

Pension Day

 

 

Ils sont assis sous les gommiers

attendant l'ouverture de la Poste

plus propre que les autres jours

certains bavardent et rient

alors que d'autres sont assis en silence

Ils ne parlent pas

de ce qu'ils vont faire

avec leur argent

Il n'y a aucun besoin

Ils finissent tous au club

à rire, à boire et à se battre

 

C'est le jour des allocations.

 


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Oodgeroo Noonuccal (Kath Walker)

 

 

 

 

 

La race malheureuse

The Unhappy race

 

Le Myall parle

 

Ami blanc, tu es de la race malheureuse.

Toi seul abandonna la nature et fit des lois civilisées.

Tu t'es réduit en esclavage comme tu réduisit en esclavage le cheval

Et d'autres choses sauvages.

Pourquoi, homme blanc?

Ta police enferme ta tribu dans des maisons et des bars,

Nous voyons de pauvres femmes frottant les planchers des femmes plus riches.

Pourquoi, homme blanc, pourquoi?

Tu ris des "pauvres nègres", tu dis que nous devrions être comme toi.

Tu dis que nous devrions quitter la liberté et le loisir anciens,

Que nous devrions être civilisés et travailler pour toi.

Pourquoi, ami blanc?

Laisse-nous tranquille, nous ne voulons ni de ton collier ni de ta laisse,

Nous n'avons pas besoin de tes habitudes et de tes contraintes.

Nous voulons nos anciennes liberté et la joie qu'ont toutes choses sauf toi,

Pauvre homme blanc appartenant à la race malheureuse.

 


 

 

 

 

Le temps est en marche

Time is running out

 

Les mineurs violent

Le coeur de la terre

De leur pelle violente.

Volant, embouteillant sont sang noir

Pour l'intérêt d'un commerce cupide.

Sur son trône métallique de destruction,

Il travaille avec la volonté,

D'entasser les minéraux des montagnes

A l'aide d'outils géants et de foreuses d'acier.

 

Dans son avidité de pouvoir,

Il détruit l'ancienne volonté de la nature.

Pour l'intérêt de l'obcène dollar,

Il salit le nid qu'il bâtit.

Il sait bien que la violence

Destructive de cette espèce

Sera écrite durement

Sur le sable du temps.

 

Mais le temps est en marche

Et le temps est proche,

Car les amis du Temps de Rêve s'attroupent

Pour défendre leur terre éternelle.

Viens, homme noir paisible

Vois ta force ;

Il est temps de prendre position.

Fais que le mineur violent sente

Ton violent

Amour de la terre.

 


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Joy Williams

 

 

 

 

 

Il y a mille ans je t'ai aimé,

J'ai tendu mes mains et

utilisé des millions de mots pour te courtiser,

Lentement tu t'ai rapproché et, un court instant, tu m'as tenu.

 

Puis vint une tempête entre nous,

je t'ai cherché et ne t'ai trouvé nulle part,

J'ai crié ton nom mais ma voix était emportée par les vents et

j'ai pleuré                     seule.

 

J'ai attendu que l'orage se calme et à travers la brume j'ai vu

  ton visage,

j'ai frémi quand j'ai vu tes yeux -si froids- si perfides et

je t'ai haï d'être un humain.

 

Il y a mille ans, je t'ai aimé,

Dans mille ans, je serai toujours avec toi.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Parfois je regarde l'aiguille

emplie de rêves argentés,

alors je pense à toi, mon fils, mon fils.

 

Quel avenir pour toi

avec quelqu'un comme moi?

 

Je te vois à travers le culot d'une bouteille,

je ressens ta colère, ta haine-

pourtant tu m'aimes.

 

Si nous pouvions être loyaux l'un envers l'autre,

peut-être pourrions nous dire combien nous sommes blessés.

Nous n'avons pas grand choix, n'est-ce pas, mon amour?

 

 


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Errol West

 

 

 

 

 

 

 

Il n'y a personne pour m'enseigner les chants qui appellent l'Oiseau de Lune, le poisson et tout ce qui fait ce que je suis.

 

Pas de vieilles femmes pour corriger mon esprit en me prêchant ma culture -

Pas de vieil homme sage pour peindre mon être.

Le spectre du passé y habite-

Je cherche ma mémoire des premiers temps pour tenter de donner à ma présence réalité, sens, totalité.

 

Je me sers de mes souvenirs d'enfantce des lieux, des gens et des mots pour recréer mon identité.

Oncle Leedham, un bel homme noir est mon souvenir le plus doux -

il pouvait chanter, danser et jour de l'orgue à bouche ou de la feuille de gommier.

 

Ses larges épaules me portaient et, autant que je me souvienne, j'y prenais un grand plaisir.

J'ai une dette envers lui et ses contemporains -je la paierai-

Mais il n'y a personne pour m'enseigner les chants qui appellent l'Oiseau de Lune, le poisson et tout ce qui fait ce que je suis.

 

Le peuple de l'Oiseau de Lune est comme la poussière balayée à travers la plaine -

Whitey disait, "Vous feriez mieux d'aller là-bas, vous croîtriez de nouveau!"

Oh, comme il se trompait -pourquoi les tombes des enfants à quatre pieds sous terre - tous victimes de maladie de l'étranger.

Ils n'avaient pas de résistance à l'héritage de l'invasion blanche-

 ils auraient mieux fait de penser

je suis leur héritage et je ne les déshonorerai pas,

 

Mais il n'y a personne pour m'enseigner les chants qui appellent l'Oiseau de Lune, le poisson et tout ce qui fait ce que je suis.

 

En moi, un guerrier d'antan surgit - mon âme est possédée, son indignation justifiée est la coupe à laquelle je bois -

Je ne veux pas de sang -seulement la possibilité - pour être.

 

Mais même avec lui en moi il n'y a personne pour m'enseigner les chants qui appellent l'Oiseau de Lune, le poisson et tout ce qui fait ce que je suis.

 

Bien que les envahisseurs fussent misérables -pour moi, ils générèrent une misère encore plus grande car toujours ils parlaient leur langue, comprenaient leur rôle, bien qu'il n'y eut rien à chercher.

 

Mes arrières-grands-parents connaissaient leur culture et on ne pouvait pas leur enlever,

A travers chaque minute écoulée depuis leur vie elle m'a été enlevée -bien que le guerrier en moi pense différemment-

 

et il n'y a toujours personne pour m'enseigner les chants qui appellent l'Oiseau de Lune, le poisson et tout ce qui fait ce que je suis.

 


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Kevin Gilbert

 

 

Arbre

Tree

 

 

Je suis l'arbre

la maigre terre dure et affamée

le corbeau et l'aigle

soleil et lune et mer

je suis l'argile sacrée

qui forme le fondement

les lianes et l'homme

je suis toute chose créee

je suis vous et

vous n'êtes rien

sans moi

sans passer par moi l'arbre

vous êtes

et rien ne m'atteints

sinon par celui qui vit au passage

pour être libre

et vous n'êtes rien encore

pour toute la création

terre et Dieu et l'homme

n'est rien

avant de fusionner

et de devenir un tout

unifié dans la conscience totale

et chaque partie sacrée consciente

vivante dans une véritable affinité

 

 


 

 

 

 

Toujours le même vieux problème

Same Old Problem

 

 

Souviens-toi de la haine

du taux de mortalité

des baraques délabrées et de la pluie

des enfants que tu enterres

de la douleur que tu caches

du désespoir et de la négation de l'out-back[3]

tu es anéanti et fourbu

une lueur d'espoir

passe comme un soupir dans le vent

tu ne sais pas l'expliquer

mais

tu es encore leur problème

par ton refus obstiné de mourir

ta gourde est vide

les moqueries des Mineurs près de

leur Toyota la poussière brûle ta gorge

Elections de Novembre

les résultats sont Noir

Il y a du fer là où le Dieu-Coeur ne veut pas plier

souviens-toi des rivières

ton chant

tombant mort avec les cavaliers en vue

tu "pues" le bétail

"tu ne peux pas boire ici"

les membres de ta tribu sont assoiffé cette nuit

les membres de ta tribu assoiffent cette nuit.

Tu regardes les Pléïades

soeurs et serpent, le dingo chien diabolique à la poursuite

des esprits éternels qui illuminent le ciel

et voilà -une zébrure flamboyante marque leurs visages

un satellite tourbillonne là où seuls marchent les dieux

un autre endroit où creuser

tu essayes énergiquement d'être perspicace et retiens ta colère dans

une torrent de larmes pour la camoufler

tu te penches sur la pelle sagement sachant quel soupir

un johnny du gouvernement pousserait

"encore un mort, raye son nom de la liste;

en ce moment ils tombent comme des mouches."

 

traduction MVT

 

 

 



[1]Jack ou Jacky, le "pauvre bougre" qui travaille de ses mains. Celui qui est en bas de l'échelle sociale.

 

[2] waagin : mot de la Côte Est pour "femme blanche" dérivé de "White gin"

 

[3] l'intérieur du pays